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Révolution : la baisse de la natalité en Chine ne doit désormais plus rien au gouvernement et à son contrôle des naissances
Publié le 21 janvier 2018
Pour la première fois depuis la fin de la politique de l'enfant unique, la Chine a vu en 2017 le nombre de ses naissances décroître par rapport à l'année précédente. Cela pourrait être une bonne nouvelle pour l'augmentation du niveau de vie des Chinois.
Laurent Chalard est géographe-consultant, membre du think tank European Centre for International Affairs.
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Laurent Chalard
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Pour la première fois depuis la fin de la politique de l'enfant unique, la Chine a vu en 2017 le nombre de ses naissances décroître par rapport à l'année précédente. Cela pourrait être une bonne nouvelle pour l'augmentation du niveau de vie des Chinois.

Atlantico : Pour la première fois depuis la fin de la politique de l'enfant unique, la Chine voit le nombre de ses naissances décroître par rapport à l'année précédente (17,23 millions de naissances en 2017 contre 17,86 millions en 2016). Faut-il en conclure que la politique de l'enfant unique n'a fait que masquer une tendance à la baisse qui se serait produite malgré tout ? Quelles ont été les dynamiques de ce processus ? 

Laurent Chalard : Oui et non, dans le sens que si la baisse de la fécondité est traditionnellement corrélée à l’augmentation du niveau de vie, ce qui, au premier abord, laisserait à penser que la politique de l’enfant unique en Chine n’a effectivement fait que masquer une tendance baissière déjà enclenchée avant sa mise en place, il n’est pas sûr que l’amélioration du niveau de vie aurait eu lieu si la politique de l’enfant unique n’avait pas accéléré la tendance à la diminution de la fécondité, moteur du fort ralentissement démographique chinois.

En effet, même s’il est très difficile de le prouver de manière définitive, le développement économique étant plurifactoriel, un nombre non négligeable d’experts considère que la politique de l’enfant unique a été un des moteurs du boom économique chinois à partir des années 1980, la Chine bénéficiant pendant plusieurs décennies d’un optimum démographique, avec peu de personnes âgées et moins de jeunes, réduisant d’autant les coûts inhérents à l’éducation pour les jeunes et aux retraites et frais de santé pour les personnes âgées. D’ailleurs, si l’on compare les évolutions de la Chine avec l’autre géant démographique de la région, l’Inde, on voit bien que la lenteur de la réduction de la fécondité dans ce dernier pays a constitué un frein à son développement économique, le niveau de vie de l’indien moyen progressant faiblement.

Aussi contestable que cela puisse paraître pour nos sociétés occidentales opposées à toutes politiques coercitives dans tout domaine relevant de la sphère privée, il convient de reconnaître que la politique de l’enfant unique, imposée par la force au peuple chinois, avec de nombreuses dérives (comme l’infanticide des filles avant la généralisation de l’avortement sélectif), a eu néanmoins un impact économique plutôt positif. D’ailleurs, elle n’est plus utile aujourd’hui, d’où son abandon, puisque les chinois font désormais mécaniquement peu d’enfants, ayant bien compris l’intérêt financier personnel qu’ils ont à réduire leur descendance.

Comment s'inscrit la démographie chinoise en comparaison de ses voisins ? Qu'est-ce-que peuvent nous apprendre les éventuelles divergences ou similitudes ? 

En 2017, la démographie chinoise, qui repose sur une dynamique structurelle de fécondité sensiblement inférieure au seuil de remplacement des générations (il y a des désaccords selon les statisticiens sur le niveau réel de la fécondité chinoise, étant donné l’opacité des statistiques démographiques de ce pays « communiste »), ne se distingue guère de la démographie de l’Asie Orientale, qui se caractérise par des niveaux de fécondité parmi les plus bas de la planète, très largement en-dessous du seuil de remplacement des générations (2,1 enfants par femme), apparaissant encore plus faibles qu’en Europe méridionale. La Corée du Sud, le Japon ou Taïwan ont tous connu un effondrement de leur fécondité et de leur natalité depuis les années 1980 (les années 1970 au Japon).Par exemple, la Corée du Sud et Taïwan affichent en 2016 des indices de fécondité inférieurs à 1,2 enfant par femme, Taïwan étant même descendu en-dessous à 0,9 enfant par femme en 2010 !Au Japon, la fécondité se situe autour de 1,4 enfant par femme ces dernières années.

Ces similitudes, dans des contextes politiques très différenciés, s’expliquent principalement par deux principales raisons. La première, universelle, est l’élévation du niveau de vie, qui conduit mécaniquement les sociétés développées, quelle que soit l’origine ethnique de leur population, à adopter des comportements de faible fécondité. La seconde raison, spécifique auxmodèles familiaux extrême-orientaux, concerne la répartition des tâches entre les hommes et les femmes. En effet, dans ces pays, une femme mariée doit s’occuper de sa famille et donc renoncer à une carrière professionnelle au profit de son mari. Il s’en suit que les jeunes femmes ne sont guère pressées de se marier, et donc d’avoir des enfants, la vie en couple étant perçue comme une « prison », en particulier pour les femmes diplômées, aspirant à une vie libre.

Quels sont les effets de ce tassement de la démographie chinoise pour le pays ? Quels en sont les risques et les "chances", aussi bien pour le pays, que pour la population elle-même ? 

Le premier effet de la faible natalité chinoise est un ralentissement sensible de la croissance démographique, avec la perspective d’une diminution de population à moyen-terme, ce qui constitue plus une « chance » qu’un « risque » pour un pays qui a pendant longtemps était jugé comme surpeuplé. En effet, les élites chinoises considéraient par le passé que pour assurer un niveau de vie à l’occidentale à l’ensemble de leur population, il faudrait que le pays ne compte plus que 600 millions d’habitants, soit plus que moitié moindre qu’à l’heure actuelle ! Or, qui dit croissance économique vive et croissance démographique faible, signifie considérable enrichissement par tête, à l’inverse de ce qui se constate en Afrique par exemple.Les enfants chinois, moins nombreux que par le passé, sont mieux nourris, mieux éduqués et auront des conditions de vie meilleures que leurs parents.C’est donc à court-terme une très bonne nouvelle pour la Chine ! Il faut sortir de l'idée (d’origine religieuse) que plus un pays est peuplé, mieux c'est. En effet, la surpopulation est un frein au développement plus qu'un stimulant.

Le deuxième effet est d’ordre géopolitique, la Chine ayant vocation à laisser le titre de pays le plus peuplé de la planète à l’Inde, ce qui pourrait nuire à son « prestige » international, ou tout du moins à sa perception de géant inégalé. Cependant, il suffit de se balader dans les rues de n’importe quelle ville indienne pour comprendre assez rapidement que le surpeuplement est plutôt une calamité qu’une chance…

Un troisième effet, déjà très largement médiatisé, en particulier chez les démographes occidentaux obsédés par le vieillissement de leurs propres sociétés, concerne le processus de vieillissement considérable de la population chinoise, déjà enclenché et inéluctable, étant donné l’héritage démographique. Cette évolution sous-entend que la phase d’optimum démographique va prendre fin, la Chine devant faire face à l’enjeu de l’explosion du nombre de personnes âgées. Cependant, la société chinoise étant très différente des sociétés occidentales, les enfants s’occupant beaucoup plus de leurs parents âgés et les systèmes de retraite actuels ne permettant déjà pas aux personnes âgées de survivre sans un emploi d’appoint, l’adaptation à la nouvelle donne démographique devrait s’avérer moins douloureuse qu’en Europe, où les enfants ne s’occupent guère de leurs parents et où les personnes âgées sont habituées à des pensions de retraites généreuses.           

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Deudeuche
- 21/01/2018 - 20:05
Ça se régule sans régulation mortifère
De nos malthusiens misanthropes !