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Natalité
Démographie : ces nations européennes qui rétrécissent comme peau de chagrin (et oui, il y a bien pire que l’Europe de l’Ouest...)
Publié le 12 janvier 2018
Plusieurs Etats européens voient leur population décliner depuis une vingtaine d'années à cause d'une faible natalité et de l'immigration des jeunes de l'Est vers l'Ouest.
Laurent Chalard est géographe-consultant, membre du think tank European Centre for International Affairs.
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Plusieurs Etats européens voient leur population décliner depuis une vingtaine d'années à cause d'une faible natalité et de l'immigration des jeunes de l'Est vers l'Ouest.

Atlantico : Selon un article publié par Politico, la Lettonie serait une nation connaissant un  processus de "disparition, suite à chute de 20% de sa population entre 2000 et 2015. Quels sont les autres Etats européens connaissant la même infortune ? Quelles en sont les causes et les mécanismes ? Faut-il parler de "disparition des nations" ? 

Laurent Chalard : Plusieurs Etats européens, principalement situés en Europe orientale, voient leur population diminuer plus ou moins fortement depuis une vingtaine d’années. Deux principaux grands ensembles géographiques sont concernés. Le premier comprend des pays de l’ex-Urss, dont, outre la Lettonie, deux autres d’entre eux connaissent aussi un très fort déclin démographique : la Lituanie, pays voisin, et l’Ukraine, qui a perdu près de 8 millions d’habitants depuis son maximum de 1993 (près de 10 millions en incluant la Crimée devenue russe en 2014). La population diminue aussi, mais moins fortement, en Estonie et en Moldavie. Le déclin démographique touche un second grand ensemble géographique, les Balkans au sens large, c’est-à-dire la Roumanie, la Bulgarie, la Hongrie (qui n’est pas balkanique), la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, la Serbie, l’Albanie et, plus récemment, la Grèce. Enfin, le Portugal a rejoint récemment le club des Etats se vidant.

La démographie déclinante s’explique, en règle générale, par une évolution défavorable des deux facteurs d’évolution de la population d’un territoire, c’est-à-dire la combinaison d’un déficit naturel et migratoire. Le premier est la conséquence d’une fécondité très abaissée, très largement inférieure au seuil de remplacement des générations, d’où un nombre de naissances moindre que de décès. Par exemple, en Bosnie-Herzégovine, l’indice de fécondité est inférieur à 1,3 enfant par femme, l’un des plus faibles du continent. Le second facteur est le produit d’une émigration massive des jeunes actifs vers l’Europe de l’ouest, où les salaires sont sensiblement plus élevés et les conditions de vie meilleures. Par exemple, environ un tiers des albanais ont quitté le pays depuis 1990.

Le terme de disparition des « nations » est exagéré. Ce n’est pas parce que la population d’un pays diminue qu’elle va disparaître. Pour cela, il faudrait que le niveau de départ soit très bas et que les facteurs défavorables d’évolution démographique le demeurent pendant plus d’un siècle. La question peut éventuellement se poser pour un Etat faiblement peuplé comme la Lettonie, qui a rarement été indépendante au cours de l’histoire, mais pas pour l’Ukraine (sous réserve qu’il existe réellement une « nation » ukrainienne », ce qui est une autre question…) ou la Roumanie ! Par contre, il est indéniable que ces Etats sont affaiblis par leurs mauvaises performances démographiques.

Dans un tweet répondant à ce sujet, l'économiste américain Branko Milanovic déclare "L'ironie est que les nations baltes ont survécu à l'occupation soviétique, mais pourraient ne pas survivre à leur appartenance à l'UE". En quoi ce processus est-il inhérent à l'UE ?

L’une des conséquences de l’extension de l’Union Européenne à l’Europe Orientale a été l’émergence d’un processus de « Mexicanisation » de cette partie de l’Europe par l’ouest du continent, qui s’en sert de réservoir en main d’œuvre bon marché, comme le font les Etats-Unis avec les mexicains. Il s’en suit que plutôt que de travailler au développement de leur pays, de nombreux jeunes actifs cèdent aux sirènes de la facilité et préfèrent émigrer vers l’Europe de l’Ouest, qui offre des salaires plus élevés, d’autant que certains Etats de l’Ouest manquant de main d’œuvre les accueillent à bras ouvert, dont l’Allemagne.

Quelles sont les conséquences politiques pour ces nations en "déclin" démographique ? Ne peut-on pas voir une forme de "durcissement" politique de ces nations dans leur rapport à l'UE ? 

La principale conséquence politique du déclin démographique de certains Etats de l’Europe orientale est la baisse de leur poids dans les décisions d’une Union Européenne dominée par les grands Etats d’Europe de l’Ouest, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni (jusqu’au Brexit), et l’Italie. Ces Etats se dépeuplant ont de moins en moins voix au chapitre, d’autant que le processus d’élargissement a multiplié le nombre d’Etats faiblement peuplés. Parallèlement, concernant les Etats de l’ex-URSS et ses anciens satellites, leur faible démographie les fragilise par rapport à une Russie résurgente, qui, même si sa situation démographique n’est guère brillante (sa population stagne ces dernières années), apparaît cependant comme un « ogre » en comparaison. Par exemple, la Lettonie pourrait être conquise en quelques jours par l’armée russe.

Il n’est pas sûr que ces tendances démographiques défavorables conduisent à un durcissement politique vis-à-vis de l’Union Européenne des pays concernés, étant donné les bénéfices économiques évidents qu’ils ont retiré de leur adhésion à l’Union et la « peur-panique » qu’ils ont des velléités d’expansion de l’ogre russe, que seule leur appartenance à l’Union (et, plus qu’accessoirement, à l’OTAN pour certains d’entre eux) leur permet d’espérer contrecarrer.

 

 

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vangog
- 10/01/2018 - 11:04
« L’Europe périphérique »!
Decidemment, chaque demi-siècle, l’Allemagne a le don de foutre le bordel en Europe...avant de réaliser le marché unique, a-t-on mesuré la perte humaine qu’il signifirait pour des pays introduits aux forceps dans un « espace économique non optimal »?...ben, non! Car les socialos de l’époque croyaient bêtement que tout ça s’uniformiserait, après...ces inconscients n’avaient pas prévu ces diffusions mortelles de peuples dues à la plus faible osmolarité de l’Allemagne...encore raté!
philippe de commynes
- 10/01/2018 - 10:33
correction
avec participation financière
philippe de commynes
- 10/01/2018 - 10:31
Deux exceptions
ou la natalité remonte, la hongrie, avec un dispositif d'accession à la propriété pour les couples ayant au moins trois enfants (amis avec participation financière minimale des familles, de telle sorte que dans les faits on évite de subventionner la natalité rom), et la pologne, allocation de 200 zlotys/120 euros à partir du 2ème enfant. Le tout avec des dirigeants populistes qui font aussi avoir à leurs pays les finances les plus saines.