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Cryptomonnaies : l’étape suivante ?
Publié le 30 octobre 2017
Avec H16
Révolution capitaliste et libérale majeure, l'avènement des cryptomonnaies : depuis que Bitcoin a montré qu’il était possible de faire de tels échanges monétaires, rien n’interdit plus maintenant d’imaginer des solutions techniques pour garantir des échanges avec plusieurs centaines, plusieurs milliers de transactions à la seconde.
H16 tient le blog Hashtable.Il tient à son anonymat. Tout juste sait-on, qu'à 37 ans, cet informaticien à l'humour acerbe habite en Belgique et travaille pour "une grosse boutique qui produit, gère et manipule beaucoup, beaucoup de documents".
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Révolution capitaliste et libérale majeure, l'avènement des cryptomonnaies : depuis que Bitcoin a montré qu’il était possible de faire de tels échanges monétaires, rien n’interdit plus maintenant d’imaginer des solutions techniques pour garantir des échanges avec plusieurs centaines, plusieurs milliers de transactions à la seconde.
Avec H16

Cela fait plus d’un mois qu’est paru le dernier billet concernant les crypto-monnaies. Alors que des phases décisives de la croissance de Bitcoin se jouent en ce moment (et j’aurai l’occasion d’y revenir prochainement), il me paraît nécessaire de prendre un peu de recul et de brosser un panorama rapide de ce qui nous attend dans ce domaine.

Et ce recul est d’autant plus nécessaire que Bitcoin et les cryptomonnaies commencent à gagner en notoriété. À la suite de la bulle de 2013 et de son éclatement, quelques journaux spécialisés et plusieurs magazines s’étaient pourléché les babines dans des petits articles revenant à la fois sur la valorisation insensément rapide de la cryptomonnaie et sur l’effondrement qui avait suivi, en insistant sur les utilisations frauduleuses (forcément frauduleuses) que cette nouvelle monnaie permettait alors : trafics d’arme ou de drogue, contrats ciblés, que sais-je encore, tout était bon pour bien rappeler au péquin lambda que ce genre d’initiative, non correctement régulée par l’Etat et correctement sanctionnée par de belles et grandes autorités légales, ne pouvait aboutir qu’à une catastrophe financière et morale évidentes.

Les années qui suivirent furent particulièrement calmes puisque l’augmentation qui eut lieu ensuite prit deux années, faisant repartir Bitcoin de 200€ environ en 2015 vers plus de 900€ en janvier 2017. Passant le cap de 1000€ en janvier 2017, les médias recommencèrent à s’intéresser à cette monnaie. Depuis, l’augmentation quasi-continue du cours et les nouveaux sommets atteints récemment ont défrayé la chronique (Bitcoin flirte régulièrement au dessus de 5000€ pièce actuellement).

De façon intéressante, pendant toute cette période, les Etats du monde entier ont régulièrement hésité entre l’interdiction, l’indifférence et l’enthousiasme vis-à-vis de cette nouvelle économie qui se met en place. De la même façon, les grandes entreprises spécialisées qui dans la finance, qui dans la monnaie, qui dans les échanges inter-bancaires, se sont prononcées régulièrement pour soutenir ou condamner l’existence de ces nouvelles crypto-monnaies.

Un consensus semble cependant s’établir : si la valorisation de Bitcoin continue pour certains à faire penser à une fièvre irrationnelle, il n’en reste pas moins que la technologie générale qui permet à tout le monde d’échanger des valeurs monétaires en pair-à-pair, quasi-instantanément et à des frais extrêmement modiques, le tout sans tiers de confiance, marque un développement fondamental, réellement révolutionnaire, des principes bancaires tels qu’on les connaît depuis les Médicis.

Ce qui n’empêche pas les Etats de faire des boulettes, amusantes une fois pris le recul : on se rappelle en effet que les Etats-Unis avaient, en 2010, forcé les grandes compagnies de cartes de crédit à refuser toutes transactions avec la fondation Wikileaks, obligeant cette dernière à accepter les dons en Bitcoin pour survivre. Les avoirs de la fondations, conservés depuis tant bien que mal en cryptodevise, n’ont pas arrêté de fructifier bien au-delà des espérances les plus folles de ses fondateurs. Comme l’expliquait Assange récemment, la fondation a vu ses gains enregistrer une croissance de 50.000% libellés en dollars.

Bref : non content d’avoir donné à Bitcoin une vraie utilité (ici, permettre à une fondation de continuer à fonctionner), cette interdiction étatique aura aussi enrichi la fondation en question. Mieux : elle aura montré à tout le monde l’étendue réelle des pouvoirs étatiques et la collusion permanente de l’Etat avec les organismes financiers (ici, Visa et Mastercard) qui lui permet de leur tordre le bras à chaque fois qu’il l’estime nécessaire.

Excellent rappel qu’« en matière de monnaie, les Etats ont tous les droits et les particuliers aucun », comme le disait fort justement Gabin dans « le Cave se rebiffe » :

… Ou tout du moins, jusqu’à Bitcoin.

En effet, depuis son arrivée (rapidement suivie par la multiplication de nouvelles moutures plus ou moins inventives), les tentatives des Etats de mettre le holà se sont essentiellement soldées par des échecs rigolos : au fur et à mesure que leur emprise semble vouloir se rapprocher des points de contact avec ce qu’ils maîtrisent (le cash traditionnel, les comptes en banque habituels), de nouvelles initiatives voient le jour qui permettent de se passer tous les jours un peu plus d’intermédiaire. On pourra citer OpenBazaar (qui évolue sagement et permet de faire des transactions directes, en pair-à-pair, sans point centralisé), ou même Shapeshift.io qui autorise les échanges monétaires intra-cryptos ou avec les monnaies « fiat » traditionnelles là aussi sans passer par une plateforme centralisée. Notons que ces développements sont d’autant plus vivaces que le besoin s’est fait sentir à chaque intervention étatique brouillonne.

Oui, c’est bel et bien une révolution majeure, et une révolution capitaliste et libérale par essence : depuis que Bitcoin a montré qu’il était possible de faire de tels échanges monétaires, rien n’interdit plus maintenant d’imaginer des solutions techniques pour garantir des échanges avec plusieurs centaines, plusieurs milliers de transactions à la seconde. Or, si l’on compare avec les établissements traditionnels (qui offrent actuellement des performances comparables en terme de transactions directes), la différence est criante : ces établissements, centralisés, sont à la fois bien plus coûteux et bien moins sécurisés que les crypto-solutions proposées. Les banques traditionnelles ne peuvent pas prétendre, même de loin, à ces rapidités de traitement (envoyer des fonds à l’autre bout du monde en moins de 10 minutes est une réalité praticable pour plusieurs cryptos actuelles et pour aucune banque internationale).

Enfin, il existe dorénavant plusieurs protocoles (zk-snarks, MimbleWimble par exemple) et plusieurs monnaies (Monero, ZCash, Dash) qui garantissent un niveau élevé de confidentialité et d’anonymat dans les échanges. On peut fort raisonnablement penser que les recherches et développements continueront dans le domaine pour garantir des échanges sécurisés et impénétrables pour les Etats… Ce qui garantit par construction que ces derniers verront leur échapper leur plus grand pouvoir : celui de battre (et dévaluer) monnaie et avec, de fiscaliser leurs citoyens.

Oui, par construction, la révolution qui se joue actuellement va profondément remettre en cause la position et la puissance des Etats, en minant par la base leur puissance financière et fiscale. Dans ce cadre, il n’est pas du tout invraisemblable de penser à la remise en cause de l’hégémonie du dollar qui ne pourra pas survivre à un basculement rapide de l’économie vers les cryptomonnaies. Ne perdez pas de vue qu’en tous temps, les capitaux sont toujours allés là où ils sont les mieux traités : la fiscalité devenant de plus en plus délirante ou paranoïaque, il y a fort à parier qu’on assistera, dans les prochaines décennies, à une véritable hémorragie de capitaux traditionnels au profit de crypto-capitaux que les Etats auront toutes les peines du monde à évaluer, taxer ou même saisir. Au passage, cette fuite des capitaux du fiat vers les crypto entraînera (et entraîne déjà) un accroissement de l’utilité (et donc des prix) de ces cryptos.

Cette perte de pouvoir assure, avec évidence, d’âpres combats à venir entre les Etats et les cryptomonnaies, leur développement, les équipes qui les soutiennent, les sociétés qui les sécurisent : on peut s’attendre à des batailles frontales (interdictions, régulations plus ou moins intelligentes, etc…). Mais tout comme les paradis fiscaux n’ont jamais cessé d’exister alors même que les Etats disposent, s’ils le veulent, de tous les outils pour les fermer, on peut déjà parier sur leur impossibilité de contrôler les cryptos (rappelons que les centaines de millions d’euros dépensés par de nombreux pays pour stopper les échanges P2P de MP3 puis de films n’ont abouti à absolument rien de concret).

Lorsque les batailles ne seront pas frontales, elles seront indirectes avec la disparition du liquide, qui a déjà commencé, et les tentatives (qu’on pressent déjà pathétiques) des institutions étatiques de produire leurs propres versions de cryptomonnaies : compte-tenu des succès « retentissants » des firmes étatiques en matière d’informatique et de projets logiciels flamboyants, on peut là encore parier sur des développements … hasardeux et peu propices au succès et dont la concurrence avec les cryptos privées promet de donner toujours plus de crédit aux dernières au détriment des premières dont les coûts de recherche, de développement et de production, forcément financées en fiat, finiront d’achever la trésorerie malade de nos Etats défaillants.

Le monde, toujours en mouvement, n’a jamais paru évoluer aussi vite. Les nouvelles technologies (biotechs du type CRISPR/Cas9, impression 3D, intelligence artificielle) apportent déjà, en elles-mêmes, des promesses de progrès absolument incroyables en elles-mêmes, mais indubitablement, avec les crypto-monnaies, nos sociétés et nos organisations sociales changeront plus dans les 20 prochaines années qu’elles n’ont pu évoluer sur les 2000 précédentes.

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