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Point de saturation
L’addiction aux Smartphones, ça existe, et ce sont désormais ceux qui les conçoivent dans la Silicon Valley qui s’en inquiètent
Publié le 12 octobre 2017
Certains ingénieurs de chez Facebook et Google tirent la sonnette d'alarme quant à l'utilisation des réseaux sociaux. Si le but initial était d'améliorer le monde, leur utilisation peut être source de stress et de dépression.
David Fayon est consultant Web pour des entreprises et organisations françaises depuis la Silicon Valley, co-fondateur de PuzlIn et membre de l'association Renaissance Numérique. « Il est l'auteur de Géopolitique d'Internet : Qui gouverne le...
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Certains ingénieurs de chez Facebook et Google tirent la sonnette d'alarme quant à l'utilisation des réseaux sociaux. Si le but initial était d'améliorer le monde, leur utilisation peut être source de stress et de dépression.

Atlantico : Des ingénieurs issus de la Silicon Valley prennent position pour avertir les gens sur les dangers des applications et des smartphones pour les utilisateurs. Selon eux, ces applications peuvent dégrader la santé mentale et le discours politique. Quel est le constat de ces ingénieurs sur le fonctionnement des applications ? Que reprochent-ils à ces applications ?

David Fayon : On parle de plusieurs ingénieurs, dont Justin Rosenstein, qui est à l’origine du bouton « Like » sur Facebook. Ils se rendent compte que les choix technologiques, au lieu d’être neutres, ce qui devrait être le cas, modifient les comportements. Ce qui est recherché, c’est le clic, la dépendance à certains outils. Les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) sont en situation de quasi-monopole, du moins dans les pays occidentaux. Je ne parle pas de la Chine ou des marchés asiatiques. Ils ont des profitabilités à l'exclusion d'Amazon qui sont à deux chiffres, le premier chiffre étant un 2. Facebook et Google génèrent plus de 20% de résultats. On est dans une logique capitaliste où plus l’application est utilisée et mieux c’est parce que les utilisateurs vont interagir et cela permettra de générer des publicités ciblées sur Google et sur Facebook qui vont correspondre aux souhaits supposés de l’internaute, en fonction de ses contacts, de ses interactions sociales… Il y a un phénomène d’accoutumance, avec des zones du cerveau qui sont mises en exergue et qui vont déclencher un effet de bien-être, qui est dû à la dopamine, qui vont pousser l’internaute dans un cercle vicieux : la culture du scoop, de relayer une information, de tweeter, de sur-tweeter qui peut être épuisant à la longue, susceptible de déboucher sur une dépression, un burn-out…

Tous ces outils sont des outils capitalistiques qui recherchent des retours sur investissement à travers la publicité, en allant visiter des pages de sites en sites, en passant des commandes sur un site marchand. On est vraiment dans l’économie de l’attention où il y a une masse considérable d’informations qui sont disponibles. Ce qui est nécessaire pour Google et Facebook, c’est d’atteindre des objectifs. Pour ça, ils utilisent des algorithmes qui font que sur sa timeline Facebook, il n’y a que 10 ou 12% de ses contacts qui sont visibles par rapport aux dernières interactions sociales. Ceux qui sont le plus visibles, ce sont ceux avec qui on interagit le plus souvent. Cela crée des réseaux de relations privilégiés au sein des réseaux sociaux. L’internaute est guidé par un sentiment de gratification immédiate, il est « nez dans le guidon » et il va devenir dépendant de ses applications. Il va avoir avec sa dépendance du mal à s’arrêter. Le droit de déconnexion est l’apanage du monde des riches ou des plus auto-critiques. Celui qui est plus esclave du système va utiliser Whatsapp, Snapchat, Facebook de façon quasi permanente et dès qu’il aura une notification sur son smartphone va devoir se sentir obligé de regarder, que cela soit important ou pas. Ce sont ces notifications en temps réel qui ont été introduites dans les nouvelles fonctionnalités des réseaux sociaux qui sont dénoncées. Les réseaux sociaux se copient les uns les autres, une fonction de l’un des réseaux est récupérée par un autre. De plus, il y  a une certaine consanguinité des ingénieurs qui vont travailler d’un réseau à l’autre. Il y a un état d’esprit Silicon Valley qui existe dans le formatage des outils pour une course à la dépendance numérique. Un internaute doit se connecter plus d’une heure et demie par jour sur Facebook sachant qu’il n’est pas connecté que sur Facebook. Et de nouveaux usages se développent comme l’utilisation en mobilité dans les transports en commun pour meubler les temps morts. On se retrouve guidé par l’idée d’avoir son smartphone mais jamais de rester déconnecté pour voir le paysage, rêver, penser à autre chose, pour s’ennuyer, ce qui favorise la créativité. Ça peut être dangereux sur le long terme parce que cela génère des comportements de panurge où l’on suit les moutons. Tout le monde est sur Whatsapp, il y a des groupes de discussion et si on y est pas, on est marginal, on ne peut pas communiquer avec les autres. C’est un phénomène de société qui est intéressant à étudier. Il n’est pas facile pour des ingénieurs de chez Google de critiquer ce modèle. Maintenant, il y a une prise de conscience. Certains se disent qu’ils ont peut-être été trop loin.

Ces ingénieurs expliquent que tout est fait par l'utilisation de techniques dans la conception de ces applications pour que les utilisateurs y restent accrochés et y retournent le plus souvent. Pourquoi s'inquiètent-ils de ces dangers en décidant de faire part de leurs états d'âmes ?

Plusieurs choses. Il y a certains ingénieurs qui sont devenus des pères de familles et qui s’aperçoivent que leurs enfants n’ont connu que la civilisation numérique et ne peuvent pas comparer avec le monde physique d’avant. Tout le monde est le nez dans le guidon et il y a cette addiction avec les notifications en temps réel qui poussent inconsciemment à avoir l’information qui nous vient. L’information par les algorithmes est un peu biaisée compte-tenu de nos interactions avec nos contacts. Les algorithmes ne sont pas neutres et seront un petit peu personnalisés sur mesure en fonction de ses contacts, son expérience du site, de son historique pour essayer d’avoir le meilleur rendement en termes de temps de connexion. La volonté qui consistait à rendre le monde meilleur n’est pas réalisée. Il y a certes plus de fonctionnalité, mais est-ce qu’avec toutes ces fonctionnalités, est-ce qu’on est plus heureux ou pas, est-ce qu’on communique mieux, est-ce que finalement, ce n’est pas une menace par rapport au fait qu’il faut jouir de bons moments dans la vie physique ? On n’a pas la possibilité, pour les gens qui sont les plus faibles, de profiter d’un droit à la déconnexion et de savoir l’utiliser. Ces notifications contribuent à nous rendre dépendant. Il appartient à chacun de mettre le curseur là où il l'entend pour ne pas devenir cyberdépendant tout en étant performant. La technologie est un moyen qui permet d'étendre le champ des possibles mais pas une fin. Certains ingénieurs qui œuvrent au sein des GAFA ou des mastodontes de la Silicon Valley l'ont compris et ont vu les limites d'un système où la rentabilité des géants de la tech constitue une nouvelle forme de capitalisme 2.0.

Voici une matrice où je positionne dans chacune des cases quelques avantages de chacune de ces positions. Pour montrer les complémentarités. Le risque étant dans le trop numérique et personnel qui peut se révéler une addiction comme toute drogue.

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Ces mécanismes sont également basés sur la récompense et la frustration. Plus on a de « j’aime », plus on a de feedback et plus on se sent bien. Et si on n’en a pas, on est frustré et on va devoir utiliser d’avantage les réseaux sociaux pour pouvoir avoir ce mécanisme de gratification derrière. Il y a une double pression, de la part de ses contacts pour interagir, avoir du feedback et une pression de la part des actionnaires de ces outils qui veulent une meilleure rentabilité même si à 20%, c’est déjà remarquable. Par ailleurs, les GAFA réalisent des montages complexes pour échapper à l'impôt, notamment en Europe pour optimiser encore plus leurs résultats et ce qui est dénoncé par la commissaire européenne à la concurrence Margrethe Vestager.

Il y a des interrogations à se poser. Est-ce que l’on n’est pas en train de façonner un monde qui nous échappe ? Les émotions du moment priment sur le rationnel, le regard critique. On est plus dans l’impulsion du scoop que l’analyse approfondie. Avec ces applications et ces réseaux, nous avons faire face à des dépêches qui se suivent plutôt qu’à un mensuel qui va faire une critique plus sensée avec une profondeur historique sur les événements en Catalogne par exemple. Désormais, on aime, partage et on réfléchit ensuite. C’est une déformation de la façon de se comporter et d’agir qui peut être préjudiciable sur le long terme, qui peut avoir des conséquences sur la société, les élections… On va préférer la forme au fond. C’est ce qu’il s’est passé par exemple avec l’affaire Fillon pendant les élections. Depuis, plus personne n’en parle. On a de plus en plus de mal à différencier le vrai du faux.

Roger McNamee, l'un des investisseur dans Google et Facebook compare ces géants de la tech à l'industrie du tabac et aux trafiquants de drogue. Cette comparaison est-elle pertinente pour qualifier à quel point les réseaux sociaux accaparent notre esprit ?

Les réseaux sociaux ne sont pas une drogue en eux-mêmes mais c’est l’utilisation intensive avec accoutumance qui en est faite qui peut être assimilée à la drogue. Il y a un comportement d’addiction qui est fort. Quelqu’un qui se retrouvera sans son téléphone ou sans réseau aura un comportement de celui qui est en manque de sa dose. Il va devenir facilement irritable. Cela nécessitera un traitement parce que cette personne déprimera plus facilement. Les effets physiques sur la santé ne sont pas aussi marqués que le tabagisme sur les poumons notamment.

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