En direct
Best of
Best of du 12 au 18 janvier
En direct
© Reuters
Affrontement
Etats-Unis/Russie, la guerre des services secrets
Publié le 10 juillet 2017
Les Etats-Unis traversent actuellement une période de paranoïa aiguë en matière d’espionnage et de trahison qui rappelle les plus belles heures du Maccarthysme (ou la « peur rouge ») des années 1950.
Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Alain Rodier
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Les Etats-Unis traversent actuellement une période de paranoïa aiguë en matière d’espionnage et de trahison qui rappelle les plus belles heures du Maccarthysme (ou la « peur rouge ») des années 1950.

Dans les faits, les Démocrates qui ne parviennent pas à encaisser leur défaite à l’élection présidentielle de 2016 accusent l’équipe Trump d’avoir été aidée par les services secrets russes afin d’influencer les votes. Après sa victoire, ils vont encore plus loin tentant de l’accuser, lui et son entourage, de « haute trahison » au profit d’une puissance étrangère. Le problème réside dans le fait que pour l’instant, aucune preuve formelle recevable par la justice n’a été apportée par les différents responsables des services de renseignement US. Même le « dossier » rédigé par l’ancien Officier Traitant du MI-6 (les services de renseignement extérieurs britanniques) Christopher Steele qui concernait en particulier de supposées dérives sexuelles de Donald Trump à Moscou n’a pas pu être recoupé. D’ailleurs, l’avis des professionnels américains du renseignement sur ce fameux rapport reste pour le moins prudent.

Force est de constater que dans presque toutes les démocraties, aujourd’hui les perdants ne veulent plus reconnaître leurs propres erreurs et attribuent leur échec à des « forces obscures » qui ne peuvent qu’avoir forcé la décision des d’électeurs. Pour eux, le système démocratique est bon quand il leur permet de parvenir au pouvoir mais pas quand les électeurs, forcément « sous influence » ou/et ignorants, plébiscitent leurs adversaires. Dans ce cas, le perdant prétend qu’il y a eu « magouille ».

Lors de la dernière élection présidentielle de 2016, si les services russes ont été effectivement impliqués, leurs homologues américains ont aussi fait partie du jeu politique renforcés par le fait que, même au sein du camp républicain, beaucoup de responsables - dont le sénateur John McCain - ont vécu l’arrivée de Donald Trump au pouvoir comme un échec.

La réalité est prosaïque : les neoconservateurs soutenus par le lobby militaro-industriel qui craint pour ses profits gigantesques et la communauté du renseignement jalouse de ses prérogatives, voyaient l’élection de Trump à la présidence comme une menace pour leurs intérêts. Durant sa campagne, il n’a en effet cessé de prôner un désengagement militaire américain, une diminution de programmes d’armements tout en critiquant durement les services de renseignement.

Un peu d’Histoire (récente)

Après la chute de l’URSS, l’ennemi principal et puissant de l'Occident a disparu au grand dam des Etats-Unis. Les neoconservateurs ont profité des désordres qui ont suivi en Europe centrale pour commencer par étendre leur influence au vieux continent en utilisant des groupes d’influence (comme la National Endowment for Democracy, NED) majoritairement financés par des fonds publics. Cela a été appelé le triomphe du soft power, certes appuyé quand c’était nécessaire par quelques bombardements bien sentis.

Même si ces mêmes groupes n'ont pas été à l’origine des révolutions arabes de 2011 que personne n'avait vu venir - et surtout pas les services de renseignement -, ils les ont au minimum « accompagné » en espérant aider à l’installation de pouvoirs favorables à Washington sous couvert d’extension de la « Démocratie », la nouvelle « religion » qui justifie les « croisades » modernes. Pour ce faire, ils se sont surtout appuyés sur l’organisation des Frères musulmans jugée comme fréquentable car acceptant de participer au sacro-saint processus des élections. Ils ont volontairement ignoré que le but ultime des Frères musulmans est aussi l’établissement du califat où règnera la charia. Seuls les moyens pour y parvenir diffèrent de ceux d’Al-Qaida et de Daech.

Globalement, l’action américaine a été couronnée de succès pour les neocons qui ont profité de la faiblesse de la Russie pour avancer leurs pions via l’OTAN en grignotant progressivement les marches de ce qu’ils considéraient comme étant l’« empire russe ». La plus grande intoxication menée par les Américains a concerné l’établissement d’un réseau de surveillance anti-missiles basé en centre-Europe pour éviter que les Etats-Unis ne soient un jour frappés par des missiles iraniens. En dehors du fait que ce pseudo réseau de surveillance ne protège pas l’Europe elle-même contre une menace potentielle iranienne, il semble évident que ce sont surtout les Russes qui, l’air de rien, sont visés.

Par contre, la désillusion de Washington a été grande au Proche-Orient où le chaos a remplacé les dictateurs qui avaient été renversés. L’apparition de Daech, une branche ultra-radicale d’Al-Qaida « canal historique » qui a rompu avec la « maison mère », a été une surprise. Puis, une autre surprise non anticipée par les services, certains responsables politiques n’ont pas plié ou ont refusé de suivre la ligne de conduite prônée par Washington : Bachar el-Assad et le maréchal Sissi.

Enfin et surtout, l’« ours russe » qui avait entre-temps retrouvé quelques forces, a fini par réagir à la stratégie d’influence de Washington en menant des contre-offensives particulièrement efficaces sur le terrain. L’Ukraine, la Géorgie et le Belarus sont aujourd’hui des points de friction où Washington ne parvient plus à progresser.

Vladimir Poutine a alors été désigné comme le « diable » par les neoconservateurs. Un ancien « Tchékiste » (du nom de la Tcheka ancêtre du KGB) à la tête de la Russie ne peut être que soupçonnable de tous les maux. En plus en 2015, il s’est permis de faire l’apologie des « espions » russes : « des gents forts et courageux, de vrais professionnels qui protègent efficacement la souveraineté, l’intégrité et les vies de nos concitoyens ». Leurs homologues occidentaux attendent toujours un tel soutien de leurs hautes autorités politiques… Les Américains à la mémoire toujours courte ou/et exclusive ont oublié un peu vite que George H.W Bush, avant d’être élu président des Etats-Unis (1989-93) fut un temps directeur de la CIA.

Le suivisme de l’intelligentsia européenne

 Une grande partie des intellectuels d’Europe occidentale(1) qui dans le passé avait baigné dans une ambiance marxiste-léniniste - voire maoïste pour les plus radicaux - a effectué une « révolution culturelle » obligée, leur « modèle » soviétique s’étant effondré(2).

Ils ont été gagnés par une « Obamamania » qui les a fait glisser progressivement dans un atlantisme assumé. Depuis, ces mêmes intellectuels qui occupent des positions éminentes et surtout, qui sont omniprésents dans les medias, le « cinquième pouvoir » qui aimerait bien grimper dans le classement, suivent peu ou prou les orientations concoctées à Washington.

Dans le passé, histoire de briller, ils étaient plus communistes que les membres soviétiques du parti, aujourd’hui, ils sont plus néocons que leurs homologues américains. Que ce soit dans le passé ou maintenant, ils mettent en avant la « morale démocratique » pour justifier leurs choix. C’est extrêmement pratique car cela permet de rejeter toute contestation - sans même à avoir à discuter sur les idées - car les contradicteurs sont désignés au choix comme des imbéciles qui n’ont rien compris, comme des « fascistes »(3) ou des malades mentaux qu’il faudrait rééduquer - c’était très à la mode en URSS -. Leur arrogance n’a d’égale que leur attitude méprisante pour leurs contradicteurs et, plus grave encore, pour le peuple qu’ils considèrent secrètement comme ignare. Le pire, c’est qu’ils sont sincères et ne semblent absolument pas douter. Et pourtant le doute, c’est le début de la sagesse…

L’action des services russes

Certes, les services russes se sont « intéressés » - et de près - à l’élection américaine, l’arrivée éventuelle au pouvoir d’Hillary Clinton étant jugée comme une menace par le Kremlin en raison de ses convictions neoconservatrices qui confinaient à un bellicisme inquiétant. Il est même vraissemblable qu’ils aient mené des opérations d’influence, pas pour amener Trump aux manettes, mais pour faire barrage à Mme Clinton.

Le reproche qui est fait à la presse russe, en particulier à Russia Today et Sputnik d’avoir « fait campagne » contre Mme Clinton est fondé. Ce sont des medias d’opinion qui sont certainement influencés par le Kremlin comme Radio Free Europe l’était par la Maison Blanche lors des élections russes.

En fait, les services russes sont repartis à l’offensive partout où les intérêts de Moscou sont engagés. Vladimir Poutine sait que le renseignement, la désinformation, la corruption et d’autres méthodes actives permettent d’obtenir des résultats tangibles sans tirer un coup de feu et, en fin de comptes, à moindre coût.

Au risque de choquer, tout cela est parfaitement normal, les services secrets sont payés pour faire du renseignement ET agir à l’étranger pour défendre les intérêts de leur propre pays. Ces actions sont parfois violentes comme dans le cas des centaines d’opérations de neutralisation (opérations homo) ordonnées par le président Obama(4).

La question qui se pose dans le cas des Etats-Unis est : le contre-espionnage américain a-t-il été à la hauteur et les bonnes décisions politiques que devaient entraîner les renseignements qu’il ramenait ont-elles été prises ?

L’existence d’un service spécial permet aux gouvernants, même des pays démocratiques, de sortir du carcan imposé par les lois nationales et internationales pour agir dans l’« intérêt supérieur de la Nation ». Il est possible que certains ne l’admettent pas en raison de l’idée qu’ils se font de la « morale ». S’ils parviennent un jour au pouvoir, qu’ils les suppriment, ce sera une première. En effet, jusqu’à aujourd’hui, aucun gouvernement n’a décidé de se passer d’un « service spécial ». Cela semble démontrer que leur utilité est indispensable à la bonne marche des affaires de l’Etat. Encore faut-il que ce dernier ne serve pas à ses chefs politiques la soupe qu’ils souhaitent entendre, ce qui arrivé à de multiples reprises par le passé !

Une situation de plus en plus incontrôlable

Le dernier rapport de prospective du National Intelligence Council parle de « dynamiques » qui « exacerbent les tensions entre pays, élevant ainsi le risque de conflit entre États au cours des cinq prochaines années […] l’affaiblissement de l’Europe, l’incertitude sur le rôle que joueront les États-Unis sur la scène internationale et la remise en question des conventions de maintien de la paix et de respect des droits humains représentent des opportunités pour la Chine et la Russie. Cette situation encouragera également les agresseurs non gouvernementaux et apportera un nouveau souffle aux rivalités régionales, par exemple entre Riyad et Téhéran, Islamabad et New Delhi ou encore sur la péninsule coréenne. » Le NIC parle d’or puisque la rivalité entre Riyad et l’Iran est à son comble via l’affaire du blocus du Qatar, quant à la péninsule coréenne, il suffit d’un étincelle pour que cela explose au sens propre comme au figuré.

Tout observateur un peu censé se rend bien compte que les tensions sont en train de monter un peu partout dans le monde et que certains décideurs semblent attirés par une fuite en avant vers le précipice.

Bien évidemment les Etats-Unis qui restent la première puissance mondiale - économique et militaire - ont un rôle crucial à jouer. Leur tradition de vraie démocratie les pousse à adopter des attitudes raisonnables. Il est plus que temps qu’ils cessent de jouer la tragi-comédie interne qui prévaut actuellement et qui semble altérer leur vision du monde extérieur. Ils pourront alors revenir sur le devant de la scène pour assumer les responsabilités qui sont les leurs. Encore faudrait-il que Donald Trump soit à la hauteur des enjeux. Là, le doute persiste.

1. Une nouvelle génération d’intellectuels post-soixante-huitarde est désormais en place. Mais elle a été formée par la précédente dont elle a épousé le cheminement.
2. Cela dit, peu ont reconnu leurs erreurs passées et surtout les crimes de masse commis au nom du marxisme-léninisme.
3. Les rappels aux « heures les plus sombres de l’Histoire » sont incessants de la part de la classe intellectuelle qui, globalement, n’a aucune idée de ce qui s’est réellement passé à l’époque car les historiens sont rarement écoutés.
4. Evidemment, les Etats-Unis ne sont jamais intervenus pour fausser des élections en Amérique latine ou en Europe et la France est exempte de tout reproche du même ordre en Afrique.

 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
02.
Comment le Canard Enchaîné a envoyé François Fillon, Jacques Chaban-Delmas et Valéry Giscard d'Estaing au cimetière des éléphants de la politique
03.
Gilets jaunes : l’inexplicable (et énorme) échec des Républicains
04.
L'ancien garde du corps de Lady Di s'inquiète pour la sécurité de Meghan Markle
05.
Grand Débat à Souillac : le Président qui mouillait sa chemise (jusqu’à risquer de la perdre ?)
06.
"Il entend, mais il n'écoute personne" : les conseillers de Macron sont au bout du rouleau
07.
10% des oeuvres d'art de l'Etat portées disparues
01.
Ce sondage dévastateur qui fait le procès de Macron le condamne sans appel
02.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
03.
Patrick Bruel aime une nouvelle femme de (bien) moins de 50 ans; Vincent Cassel : entre sa (très) jeune épouse & sa fille aînée, c’est tendu; Sophie Marceau s’occupe de son fils, René-Charles Angélil-Dion de ses frères, Anouchka Delon de toute la famille
04.
Wauquiez pousse une colère contre la direction de LR, et Thierry Mariani contre Wauquiez ; L'Obs s'inquiète de la crise financière qui vient ; François-Xavier Bellamy en guerre contre le progressisme ; Ces députés LREM attaqués
05.
Gilets jaunes : un syndicat policier s’émeut des ordres de répression et du comptage des manifestants
06.
Et la raison pour laquelle les Allemands commencent sérieusement à s’inquiéter d’un Brexit sans deal est…
07.
Emmanuel Macron est brillant, mais il n’est pas le président qu’il faut à la France
01.
Ce sondage dévastateur qui fait le procès de Macron le condamne sans appel
02.
Gilets jaunes : un syndicat policier s’émeut des ordres de répression et du comptage des manifestants
03.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
04.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
05.
Ce à quoi se condamnent lentement mais sûrement les Gilets jaunes
06.
Sévère répression des gilets jaunes : la justice française est-elle en train de préfèrer l’ordre à la justice ?
01.
Grand débat national : l’équation impossible d’Emmanuel Macron
02.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
03.
Pourquoi Macron, les populistes et les gilets jaunes sont tous le produit de la même vague (et pourquoi ils seraient bien inspirés de le comprendre réciproquement)
04.
Ce sondage dévastateur qui fait le procès de Macron le condamne sans appel
05.
Radioscopie des dépenses de la France : ces nouvelles inégalités qui se cachent derrière la puissance apparente de l'État-providence
06.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
Commentaires (4)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Gordion
- 11/07/2017 - 11:56
Excellent article...
Les Services français sont en pleine restructuration (DRM, DGSE, DGSI), gageons que les relations avec leurs homologues russes et américains n'en pâtiront pas trop. Et que les événements à Mossoul, Raqqa, Deir Ez Zor donneront lieu à des opérations "homo" coordonnées ( forces gouvernementales syriennes et irakiennes)....
Fred69440
- 11/07/2017 - 08:08
Du mal à comprendre cet
Du mal à comprendre cet article. Depuis toujours, on a joué un jeu de dupes avec les services secrets. .
- la rhétorique "les actions des services secrets sont inacceptables" a toujours existé
- ce n'est pas parce que tous les pays ont des services secrets qu'il ne faut pas sévir lorsque l'un de ces services secrets est pris le doigt dans le pot de confiture.
- le fait que les actions de services étrangers aient sciemment servi la cause d'un élu mérite une sanction exemplaire à partir du moment où les faits sont avérés

La principale limite aux actions des services secrets est la médiatisation des actions de ces mêmes services. Qu'il y ait une rhétorique excessive fait partie du jeu
valencia77
- 10/07/2017 - 20:02
US Army
A paye American University, Washington D.C. pour faire des etudes sur la destabilisation de gouvernements Sud Americain. Annee 50 et 60. Reussi en particulier au Chili. Et peut etre Argentine et Bresil?