En direct
Best of
Best of du 3 au 9 août
En direct
© Reuters
Tigre de papier ?

Mais pourquoi jouons-nous à nous faire peur en surestimant les capacités militaires de la Russie ?

Publié le 05 mai 2017
Les dépenses militaires de Paris dépasseront celles de Moscou en 2017. Au vu de la chute vertigineuse des dépensses russes en la matière et du contexte économique défavorable du pays, une chose est sûre : les capacités opérationnelles du Kremlin sont bien moindres qu'il n'y paraît.
Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Alain Rodier
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Les dépenses militaires de Paris dépasseront celles de Moscou en 2017. Au vu de la chute vertigineuse des dépensses russes en la matière et du contexte économique défavorable du pays, une chose est sûre : les capacités opérationnelles du Kremlin sont bien moindres qu'il n'y paraît.

Atlantico : La Russie a vu baisser ses dépenses militaires de manière vertigineuse malgré les démonstrations de force en Syrie. Les dépenses sont dix fois moins élevées que les Etats-Unis et proches de celles de la France. Dans ce contexte, n'a-t-on pas tendance à surestimer les capacités militaires opérationnelles du Kremlin ? 

Alain Rodier : Pour être précis, selon le rapport du SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute) publié le 24 avril 2017, les pourcentages des dépenses militaires mondiales pour 2016 ont été de 36% du fait des États-Unis, de 13% pour la Chine et 4,1% pour la Russie. Les chiffres cumulés de la France, de l’Allemagne et de la Grande Bretagne aboutissent à 8,6% soit plus du double !

Les services de renseignement ont toujours adoré comparer les nombres de personnels et de matériels (military balance). Je ne résiste pas au plaisir de me livrer à cet exercice en sachant que ces chiffres sont approximatifs.

Tout d’abord, les populations. Les pays de l’OTAN représentent environ 917 millions de citoyens (dont 317 millions d’Américains) pour un peu plus de 142 millions de Russes. Or, les combattants se recrutent dans ces populations. La ressource des pays occidentaux est donc très supérieure à celle des Russes.

L’OTAN compte 3,6 millions d’hommes (et femmes) sous les armes (dont 1 500 000 Américain(e)s) contre 800 000 Russes. Au plan de l’aviation, l’OTAN est forte de 5 900 avions de combat (dont 3 500 Américains) contre 1 900 Russes.

L’US NAVY possède 10 portes aéronefs (sans compter les portes-hélicoptères) alors que Moscou en aligne un (en cale sèche pour une très longue période)… L’OTAN a approximativement 5 900 chars de bataille (dont 2 300 Américains) contre 2 800 russes.

La seule parité se trouve du côté des armes nucléaires, les Américains ayant 1481 têtes opérationnelles contre 1 735 russes. De quoi détruire plusieurs fois la planète. Bien sûr, ces chiffres ne prennent pas tous les éléments en compte, en particulier la disponibilité des matériels - très souvent en dessous de 50% -, la valeur combative et l'expérience des différents acteurs.

D’où provient cette exagération des capacités militaires de la Russie ? Par qui est-elle le plus entretenue et pour concourir à quel objectif ? 

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, Washington s’est toujours employé à exagérer la menace de l’URSS, puis du Pacte de Varsovie et enfin de la Russie. Ses alliés de l’OTAN qui étaient tributaires (et qui pour beaucoup, le sont encore totalement) du renseignement américain n’avaient pas de raison de douter des affirmations du grand allié US d’autant que les Britanniques abondaient toujours dans leur sens et que leurs services bénéficiaient d'une solide réputation de sérieux.

La France a commencé à douter (un peu, puis plus sérieusement) de ces affirmations en analysant le conflit afghan mené par l’Armée rouge. A savoir que les informations recueillies nationalement ont démontré que la belle mécanique militaire russe n’était pas aussi efficace que prévue.

Mais la réponse à votre question provient du discours prononcé par le président Eisenhower le 17 janvier 1961 avant la fin de son deuxième mandat : « nous devons donc nous garder de toute influence injustifiée, qu'elle ait ou non été sollicitée, exercée par le complexe militaro-industriel. Le risque potentiel d'une désastreuse ascension d'un pouvoir illégitime existe et persistera. [...]. Nous ne devrions jamais rien prendre pour argent comptant. Seule une communauté de citoyens prompts à la réaction et bien informés pourra imposer un véritable entrelacement de l'énorme machinerie industrielle et militaire de la défense avec nos méthodes et nos buts pacifiques, de telle sorte que sécurité et liberté puissent prospérer ensemble. ». Malheureusement, il prévoyait déjà ce qu’allaient développer les néoconservateurs américains suivis par leurs homologues européens. A noter qu’ils se trouvent aussi bien dans le camp Républicain que Démocrate et qu'en Europe la classification droite/gauche n’intervient pas fondamentalement dans cette pensée. Là aussi, il y a des néoconservateurs dans les deux camps.

A quels défis doit faire face l'armée Russe et vers quoi se dirige-t-elle selon vous au vu du contexte économique défavorable dans le pays ? 

Le contexte économique problématique de l’économie russe (qui peut être comparée en niveau à celle de l’Italie) oblige Moscou à faire des choix qui handicapent son potentiel militaire malgré la propagande officielle largement diffusée sur les réseaux sociaux. Les programmes de modernisation en souffrent considérablement et sont revus systématiquement à la baisse.

Par contre, il est vrai que leurs intérêts stratégiques sur le plan géographique sont beaucoup plus limités que ceux de Washington. Les Russes entretiennent 12 bases extérieures contre 800 pour les Américains!

Alors, la posture consiste à venir titiller les pays de l’OTAN. Mais la Russie n’a plus les mêmes moyens que ceux connus du temps du Pacte de Varsovie. Sur le plan militaire, on est désormais bien loin du temps de la Guerre froide. Par contre, ils s’orientent vers des conflits "hybrides" sachant que les affrontements ne sont plus que militaires.

 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.

Pourquoi vous devriez éviter le régime keto

02.

Services secrets turcs : les hommes des basses œuvres du président Erdogan

03.

Fleurs et vacheries au G7 : les avis surprenants des dirigeants étrangers sur Emmanuel Macron ; Notre-Dame, victime collatérale de négligence politique ; Julien Dray, mentor repenti d’Emmanuel Macron ; Panne sèche pour la voiture autonome

04.

La guerre de France aura-t-elle lieu ?

05.

Le général iranien Qassem Souleimani, maître de guerre sur le front syro-irakien

06.

Tempête dans les bénitiers : qui de Salvini ou du pape est le plus catholique ?

07.

Jean-Bernard Lévy, celui qui doit faire d’EDF le champion du monde de l’énergie propre et renouvelable après un siècle d’histoire

01.

Cécile Duflot perd le Nord

01.

La guerre de France aura-t-elle lieu ?

02.

Crise de foie, 5 fruits et légumes : petit inventaire de ces fausses idées reçues en nutrition

03.

​Présidentielles 2022 : une Arabe à la tête de la France, ça aurait de la gueule, non ?

04.

Manger du pain fait grossir : petit inventaire de ces contre-vérités en médecine et santé

05.

Jean-Bernard Lévy, celui qui doit faire d’EDF le champion du monde de l’énergie propre et renouvelable après un siècle d’histoire

06.

Services secrets turcs : les hommes des basses œuvres du président Erdogan

01.

La guerre de France aura-t-elle lieu ?

02.

Ces quatre pièges qui pourraient bien perturber la rentrée d'Emmanuel Macron (et la botte secrète du Président)

03.

Record de distribution des dividendes : ces grossières erreurs d'interprétation qui expliquent la levée de bouclier

04.

​Présidentielles 2022 : une Arabe à la tête de la France, ça aurait de la gueule, non ?

05.

Un été tranquille ? Pourquoi Emmanuel Macron ne devrait pas se fier à ce (relatif) calme apparent

06.

Rencontres diplomatiques : Boris Johnson pourrait-il profiter du désaccord entre Paris et Berlin sur le Brexit ?

Commentaires (6)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Eolian
- 30/04/2017 - 12:19
Il serait temps
que les Occidentaux se document sérieusement sur la Russie et lisent les nombreux livres - fort intéressants qui paraissent - ils sont pléthores écrits pas des gens extrêmement bien documentés. "l'invasion de la Crimée" par exemple n'est bien qu'un enfumage qui arrange les Américains qui eux ne se sont pas embarrassés avec l'Otan de faire éclater la Yougoslavie et de s'attribuer le Kosovo avec son "criminel" Takchi (?)
Strong Coffee
- 29/04/2017 - 23:57
Le budget n'est pas tout
J'apprécie dans cet article que l'auteur compare des matériels plutôt que des budgets. La comparaison des budgets n'est en effet pas aussi fiable. La raison est que les coûts de recherche et développement ainsi que de maintenance, les salaires des militaires, le prix des matériels, etc,... sont bien inférieurs en Russie que dans les pays occidentaux. La Russie peut donc se projeter à l'international à des coûts bien plus maîtrisés.
Je suis moins d'accord avec la comparaison des populations. En effet l'Europe occidentale a une population plus nombreuse mais loin d'être aguerrie, physiquement, psychiquement, idéologiquement, ... à part les soldats de métier, la population n'est préparée ni à combattre, ni a souffrir, ni à défendre une démocratie qui n'est plus que l'ombre d'elle même.
Gordion
- 29/04/2017 - 21:31
Désinformation et vraies menaces
La rhétorique otan est effectivement un moyen comme un autre de financer le complexe militaro-industriel et de maintenir les pays membres de L'OTAN captifs. A des fins d'hégémonisme.
La Russie a deux menaces, L'OTAN et la Chine. Les Européens seraient inspirés de se poser la question suivante : devant l'agressivité américaine d'étendre L'OTAN aux pays limitrophes de la Russie contrairement aux engagements après la dissolution du Pacte de Varsovie, la Russie ne va-t-elle pas choisir malgré elle l'alliance avec la Chine plutôt qu'avec l'Europe ?