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Stratégie
Pourquoi Donald Trump risque de déchanter dans ses tentatives d’ouvrir une brèche entre la Russie et l’Iran
Publié le 14 avril 2017
Depuis son élection, Donald Trump tente de se rapprocher de la Russie pour, entre autre, affaiblir les relations du Kremlin avec Téhéran. Mais le chemin à parcourir est encore long et semé d'embuches.
Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné...
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Cyrille Bret
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Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné...
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Depuis son élection, Donald Trump tente de se rapprocher de la Russie pour, entre autre, affaiblir les relations du Kremlin avec Téhéran. Mais le chemin à parcourir est encore long et semé d'embuches.

Donald Trump depuis son accession à la présidence des Etat-Unis a voulu œuvrer dans le sens d'un rapprochement avec la Russie pour, entre autre, affaiblir les liens entre Téhéran et Moscou.  Est-ce que cette stratégie est réalisable ?

Cyrille Bret : L'axe Trump-Poutine annoncé en 2016 n'existera jamais. En effet, des affinités personnelles n'ont jamais fait une alliance géopolitique. Pas plus que des propos de campagne n'ont fait de politique extérieure. Le rapprochement avec la Russie n'est qu'un argument de campagne de Donald Trump. Pas sa politique étrangère. Je m'explique. Durant la campagne électorale 2016, le candidat Donald Trump a mis en évidence ses proximités avec le maître du Kremlin : scepticisme envers les organisations internationales fondées sur le multilatéralisme (ONU. OSCE, OTAN), goût de la provocation et refus du politiquement correct, culte de la force verbale, militaire et financière, etc. Mais c'était un positionnement de campagne destiné à distinguer l'offre politique de Donald Trump. Durant les primaires, Donald Trump devait absolument se démarquer de l'establishment républicain très hotile à la Russie. Laisser entrevoir une remise à plat de la relation russo-américaine était une façon d'apparaître clairement comme hors système et pragmatique. Ce fut un succès. Ensuite, il s'est agi, notamment durant la période de transition, de trancher avec la présidence Obama : celui-ci était accusé tout à la fois d'avoir été trop mou à l'égard de la Russie mais aussi de ne pas avoir réussi à établir une alliance anti-terroriste avec Moscou. Le "président élu" Trump, pas encore investi, s'est servi de Poutine comme d'un facteur de différenciation pour se crédibiliser. De nombreux analystes se sont engouffrés dans la rhétorique trumpienne, négligeant les facteurs de dissension structurels entre les Etats-Unis, quel que soit le président, et la Russie : l'Iran, l'Ukraine, la Baltique, l'Arctique ou encore l'OTAN.

Aujourd'hui, alors que les frappes américaines ont instillé une tension nouvelle avec la Russie, le nouveau Secrétaire d'Etat Rex Tillerson se rend à Moscou. C'est là le nouveau dispositif américain envers la Russie : d'un côté le bâton autrement dit des frappes imprévisibles, ciblées et massives sans grand souci de justification juridique, en Syrie notamment. De l'autre, la carotte autrement dit la perspective d'un démantèlement partiel des sanctions américaines.

La solidarité entre la Russie et l'Iran, en Syrie, dans la région et sur la scène internationale est effectivement une cible pour les Etats-Unis. Depuis le début de la campagne russe en Syrie, en octobre 2015, s'esquisse une alliance militaire reposant sur un axe politique Damas, Téhéran, Moscou. Ensemble, ils ont conduit de nombreuses opérations militaires contre les mouvements d'opposition et les troupes djihadistes en Syrie. Selon une division du travail assez nette : aux Russes la couverture aérienne, les transports aériens de troupe, les moyens de détections et d'interception, aux Iraniens appuyés par le Hezbollah libanais l'encadrement des troupes, les opérations commandos et la conduite des grandes batailles et à l'armée syrienne le reste, notamment des crimes de guerre et des massacres. Briser cette alliance serait donc le moyen pour les Etats-Unis de déterminer des convergences partielles dans la région avec la Russie. Mais, pour le moment, malgré les tensions entre Iraniens et Russes (sur le futur du régime, sur la conduite des opérations, etc.) Washington échoue. Mais les Etats-Unis n'ont pas encore brandi l'argument maître : la levée éventuelles des sanctions. Et les tensions endogènes entre l'Iran et la Russie sont encore implicites. Mais elles seront importantes quand la lutte pour le leadership régional s'engagera.

Depuis les bombardements des Etats-Unis la semaine dernière, au contraire, l'union semble se renforcer entre Téhéran Damas et Moscou, est-ce que ce bombardement  indique un point de rupture dans la stratégie de Trump ?

Dans la stratégie américaine, la réaction massive (59 missiles de croisière) au bombardement chimique est moins destinée à manifester une rupture dans la stratégie que de réétablir un rapport de force avec Moscou. Les frappes ont été massives mais circonscrites dans l'espace (une base aérienne) et dans le temps (pas de vague de bombardements). Leur effet est d'envoyer un message clair aux bélligérants : l'Amérique est de retour dans le rapport de force. L'administration Trump, débarrassée de ses éléments supposément les plus russophiles (Flynn, Bannon, etc.)  veut rétablir l'idée que la surprise tactique n'est pas le monopole de la Russie. Depuis qu'elle est engagée sur différents théâtres (Ukraine, Baltiques, Syrie, Libye), la Russie a réussi à exploiter un certain effet de surprise. Aujourd'hui, les Etats-Unis reprennent l'initiative, non pas en proposant une stratégie globale d'évolution de la région, mais en cessant d'être lisibles et prévisibles. Imprévisibilité tactique, rapport de force stratégique et coopération sectorielle avec la Russie, tels sont aujourd'hui les principes d'action qui semblent se dégager. Inutile de dire qu'ils sont bien plus compatibles avec les lignes structurelles de l'action extérieure des Etats-Unis.

D'après vous, comment sont susceptibles d'évoluer les alliances et les rapports de force dans la région ?  Si la stratégie de Donald Trump échoue quant à son rapprochement avec Moscou faut-il miser sur un retour en grâce de l'Arabie Saoudite ? 

Le candidat puis le président Trump ont progressivement réactivé certainses alliances et les lignes de tension traditionnelles de la diplomatie américaines. Ainsi, dans son attitude à l'égard de la Chine, il est revenu à une défense des alliés historiques des Etats-Unis face aux empiètements de la RPC dans son environnement maritime direct : Japon, Taiwan, Corée du Sud et Philippine sont soutenus par les Etats-Unis au moment même où les questions économiques sont un sujet de discussion avec Pékin. De même, au Moyen-Orient, le rapprochement avec Israël est net. Le contraste avec l'administration Obama est sensible : le rapprochement avec l'Iran n'est plus à l'ordre du jour et le soutien à la sécurité d'Israël reprend des couleurs. Les rapports de force dans la région sont aujourd'hui en défaveur des Etats-Unis mais l'administration Trump essaiera de reprendre la main en s'appuyant sur ses réseaux traditionnels : Israël, Arabie saoudite. Quant au rapprochement avec la Russie, il constitue encore une perspective lointaine.

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Texas
- 13/04/2017 - 10:18
Une constante
de la Politique Etrangère Américaine depuis au moins 1996 ( ILSA Act ) , depuis Clinton et tous ses successeurs : faire tomber les Mollahs et reprendre la maîtrise du centre de l' échiquier mondial .