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Ce risque énorme que prend Donald Trump en partant en guerre contre les services de renseignements américains
Publié le 03 avril 2017
Bien que Donald Trump semble avoir remporté la première manche du match l'opposant à ses services de renseignements, aucune des deux parties n’a intérêt à entrer dans un conflit ouvert et durable qui nuirait à la sécurité et à l’influence internationale des Etats-Unis.
Eric Denécé, docteur ès Science Politique, habilité à diriger des recherches, est directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R).
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Bien que Donald Trump semble avoir remporté la première manche du match l'opposant à ses services de renseignements, aucune des deux parties n’a intérêt à entrer dans un conflit ouvert et durable qui nuirait à la sécurité et à l’influence internationale des Etats-Unis.

Atlantico : Après les révélations de Wikileaks au début du mois sur la CIA, Donald Trump a enfoncé le clou en ajoutant que ces services étaient "obsolètes". Quels sont les risques qu'encourt le président américain en se mettant à dos les services de renseignement ? Stratégiquement, est-ce bien judicieux ?  

Eric Dénécé : Il convient de rappeler dans quel contexte a lieu cet "affrontement" entre le nouveau président et ses services. Depuis son élection, Donald Trump a décidé de remettre au pas les agences de renseignement extérieur américaines (NSA, CIA, DNI) , car - avec l’aide de son conseiller le général Mike Flynn, ancien directeur de la DIA - il a parfaitement mesuré la manière dont celles-ci ont dérivé au nom de la guerre contre le terrorisme, s’arrogeant sans cesse des pouvoirs supplémentaires, bafouant lois et libertés civiles et allant jusqu’à influencer et contraindre les deux derniers présidents, afin qu’ils fassent ce qu'elles jugeaient bon. Trump a très tôt déclaré que cela ne serait pas le cas avec lui. D’où une hostilité ouverte de ces services qui représentent la majorité de la communauté américaine du renseignement.

Ensuite, il faut rappeler que la victoire de Trump a surpris tout l’Establishment américain - Démocrates comme Républicains - qui ne goutent guère le fait de voir quelqu’un qui n’est pas "de leur monde" - "un boutiquier" - accéder à la magistrature suprême. N’étant pas issu de ce milieu, le nouveau président va remettre en cause et contrarier la politique internationale que les diverses composantes de cet Establishment conduisent depuis deux décennies, quel que soit le président élu. Leur vision du monde et leurs intérêts - commerciaux et financiers - sont donc remis en cause.

Ainsi, une grande partie de l’Establishment du renseignement, de la politique et des affaires a tout fait pour déstabiliser le nouveau président entre son élection et son investiture. Donald Trump semble l’avoir compris très rapidement, ce qui explique que c’est la première fois que l’on a vu un président non encore en fonction s'exprimer ouvertement, prenant position sur de nombreux sujets et tweetter régulièrement. Il lui fallait prendre l’initiative pour ne pas laisser ses adversaires développer leur stratégie de décrédibilisation. Cela a parfaitement marché. Malgré quelques attaques sans guère de résultats, Trump, entre novembre 2016 et janvier 2017, a constamment gardé l’initiative, obligeant constamment ses adversaires à réagir à ses déclarations et prises de position, les prenant constamment de court.

Que pourraient faire très concrètement les services de renseignements des Etats-Unis pour porter atteinte au président ?

Il est bon de rappeler ce qu’ils ont déjà fait, car leurs actions, bien que non couronnées de succès, ont été nombreuses : accusations de liens avec Poutine ou les diplomates russes - pour Trump comme pour ses conseillers - ; affirmation que Trump était "contrôlé" par les services russes suite à une sextape tournée dans un hôtel de Moscou;  tentative de remise en cause de la victoire électorale suite à une soit-disant ingérence de hackers russes ; mise sur écoute de Trump et de son équipe pendant et après les elections, etc. Dans ces trois affaires, les services ont véritablement tout tenté pour déstabiliser le nouveau président, fabriquant des faux, transmettant des documents à la presse avant la Justice, instrumentalisant les médias hostiles à Trump, se livrant à des déclarations mettant en cause ses capacités et sa politique, salissant ses conseillers. Le Director of National Intelligence, James Clapper, et le patron de la CIA, John Brennan, semblent avoir été les principaux instigateurs de cette cabale. 

Il est essentiel de rappeler qu’aucune de ces accusations n’a été accompagnée de preuve ! Il ne s’est agit que de "suspicions", de "convictions"  des services non argumentées, "d’informations secrètes" non révélées à la presse… L’implication et le danger russes ont été également démesurément amplifiés pour rendre les accusations crédibles. Or, Edward Snowden lui-même a révélé, il y a quelques semaines, que la CIA avait depuis longtemps la capacité à mener des attaques informatiques contre ses adversaires en les faisant passer pour des actions venant de hackers russes ! Il est donc très difficile d’accorder crédit aux attaques des services contre leur président. De plus, récemment, suite aux déclarations du président sur les écoutes dont lui et son équipe auraient fait l’objet, des dirigeants du renseignement ont reconnu qu’ils avaient mis "par erreur" Donald Trump et ses principaux conseillers sur écoute depuis son élection… C’est édifiant !

Rappelons toutefois que la situation a été très tendue, l’entourage de Trump allant jusqu’à craindre une action physique (d’un dérangé mental ou d’un "terroriste") visant le président avant son investiture. Est-ce un hasard, mais le général devant assurer la sécurité de la cérémonie de prise de fonction du nouveau président a été "démissionné" quelques jours avant la cérémonie.

Bien sur, quelques coups des services ont porté. C’est ainsi qu’ils sont parvenus à écarter Mike Flynn, l’éphémère conseiller à la Sécurité nationale, qui avait décidé de réformer le renseignement américain en profondeur, de mettre un terme à ses dérives et à ses guerres secrètes, pour le recentrer sur la recherche du renseignement. Mais c’est là leur seule victoire.

Les protagonistes sont-ils forcément irréconciliables ou une amélioration pourrait-elle advenir ? 

Il semble aujourd’hui que Donald Trump ait remporté la première manche. Y en aura-t-il une deuxième ? Peut-être pas s’il s’en tient là et n’essaye pas de secouer davantage la fourmilière du renseignement suite à la démission de Mike Flynn. Les services vont probablement se limiter à un jeu d’influence, surement plus feutré qu’avec ses prédécesseurs, et poursuivre certains de leurs objectifs à l’insu du président. Mais aucune des deux parties n’a intérêt à entrer dans un conflit ouvert et durable qui nuirait à la sécurité et à l’influence internationale des Etats-Unis. Curieusement, Donald Trump a d’ores et déjà déclaré qu’il autorisait la reprise des frappes de drones de la CIA partout dans le monde. Il s’agit probablement là d’un marchandage interne, car le nouveau président - s’il semble être un ferme promoteur de la lutte contre le terrorisme - a d’autres objectifs prioritaires, qui concernent surtout l’économie et l’immigration. Toutefois, on ne peut écarter l’hypothèse que certains cercles particulièrement hostiles à Trump restent à l’affut du moindre de ses faux pas pour reprendre leurs attaques.

Cette déstabilisation orchestrée par une partie de l’Establishment et de la communauté du renseignement est extrêmement préoccupante. Cela confirme que depuis les attentats du 11 septembre 2001 et le Patriot Act (2002), les Etats-Unis ne peuvent plus prétendre être la première démocratie au monde : les deux derniers présidents et leurs équipes de juristes n’ont cessé d’accroître les pouvoirs discrétionnaires de la Maison-Blanche au détriment du Congrès et de la Constitution. Ils ont mis leur population sur écoute, envahi illégalement l’Irak (2003) et créé les conditions de la naissance de l’Etat islamique. Ils ont multiplié les assassinats ciblés et les enlèvements extrajudiciaires (renditions) et  légalisé la torture. Ils continuent de soutenir aveuglement l’Arabie saoudite et le Qatar, deux Etats fondamentalistes qui sont les principaux soutiens idéologiques et financiers du terrorisme djihadiste et qui conduisent une guerre d’agression au Yémen. Et quand un nouveau président élu ne répond pas à leurs attentes, ils s’attachent à le déstabiliser.

Les conspirationnistes de tout bord trouveront dans cette situation de quoi nourrir leurs fantasmes. Mais c’est pourtant là une réalité  et elle est particulièrement inquiétante pour les alliés de Washington comme pour le monde.

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Totor Furibard
- 05/04/2017 - 10:39
Tout a fait d'accord avec cette analyse.
La CIA est l'une des organisations les plus dangereuses du monde et est complètement hors de contrôle de l’exécutif (et encore moins de la volonté du peuple). Un nombre incalculable d’assassinats et de renversements de gouvernement légitimes ont été perpétrés par cette agence avec des conséquences catastrophiques pour les populations et même pour "l'occident" dans la plupart des cas. Ils sont responsables de toutes dictatures sanglantes qui ont sévi en Amérique du sud pendant des années, et de la montée en puissance de l'islamisme partout dans le monde. Vouloir la reformer me semble être une évidence.
Citoyen Ordinaire
- 03/04/2017 - 23:20
Ca c'est courageux
Que l'on aime ou pas le personnage.
D'ailleurs si nous vivions vraiment en démocratie, aucun service secret ne devrait être accepté...
ajm
- 03/04/2017 - 16:26
Gros moyens et faibles résultats.
Si la CIA était vraiment efficace comme service de renseignement extérieur on le saurait. La CIA n'est pas le Mossad israélien malgré ses gros moyens financiers. S'agissant de la NSA qui écoute la terre entière comment peut-elle tirer quelque chose d'utile de l'énorme quantité d'informations brutes qu'elle récolte ?