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Présidence Trump : La grande peur des Démocrates
Publié le 29 janvier 2017
Les Etats-Unis sont entrés dans l’ère Donald Trump. Elle va durer au moins deux ans – jusqu’aux élections intermédiaires de novembre 2018 - sans doute quatre, et peut-être plus encore. Les Démocrates, eux, viennent d’entamer leur traversée du désert. Ils ne savent pas quand elle se finira, ni dans quel état leur parti sera alors…
Gérald Olivier est journaliste et  partage sa vie entre la France et les États-Unis. Titulaire d’un Master of Arts en Histoire américaine de l’Université de Californie, il a été le correspondant du groupe Valmonde sur la côte ouest dans les années 1990,...
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Gérald Olivier
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Gérald Olivier est journaliste et  partage sa vie entre la France et les États-Unis. Titulaire d’un Master of Arts en Histoire américaine de l’Université de Californie, il a été le correspondant du groupe Valmonde sur la côte ouest dans les années 1990,...
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Les Etats-Unis sont entrés dans l’ère Donald Trump. Elle va durer au moins deux ans – jusqu’aux élections intermédiaires de novembre 2018 - sans doute quatre, et peut-être plus encore. Les Démocrates, eux, viennent d’entamer leur traversée du désert. Ils ne savent pas quand elle se finira, ni dans quel état leur parti sera alors…

Gel des embauches de fonctionnaires, fin des subventions aux cliniques de l’étranger pratiquant l’avortement, accord pour la construction de deux oléoducs bloqués par l’administration Obama, réduction du financement de  « l’Obamacare », retrait unilatéral du traité de libre-échange avec les pays du Pacifique (TPP), etc.  En 48 heures Donald Trump a signé une série de décrets (« executive orders ») soulignant les priorités de son mandat. Conformément à ses promesses de campagne. Les démocrates n’ont pu que regarder et gémir. S’agissant de décrets, ils n’ont de toute façon pas les pouvoirs de les bloquer. Mais il en serait de même s’il s’agissait de textes de  lois. Les Républicains sont aux commandes et les Démocrates réduits à un rôle d’observateurs impuissants.

Le problème ne se limite pas au fait qu’ils n’occupent plus la Maison Blanche. L’alternance à la tête de l’exécutif est une réalité de la démocratie américaine. Depuis 1950 les Etats-Unis ont eu sept présidents républicains (soit trente-six ans de pouvoir) contre six démocrates (soit  trente ans de pouvoir). Le problème des démocrates est qu’ils se trouvent dans une position de faiblesse extrême et qu’ils n’ont aucun moyen – mis à part la rue et les médias - de s’opposer aux réformes voulues par Trump et les Républicains.

C’est la partie de son bilan que Barack Obama a soigneusement évité de mentionner lors de son discours d’adieu de Chicago et des multiples interviews qu’il a données avant de s’en aller. Lui, qui avait été choyé et poussé par le parti démocrate dès 2004 pour se hisser jusqu’à la Maison Blanche laisse ce parti dans un état pitoyable, et une position marginalisée dans le paysage politique américain. Voilà ce qui explique leur peur  - et leur colère froide - face aux promesses de Donald Trump. Non seulement elles leur déplaisent mais ils se savent impuissants à les contrer.

Les deux chambres du  Congrès sont contrôlées par les Républicains. Le GOP (Grand Old Party, surnom du parti républicain) possède une majorité de vingt-neuf sièges à la Chambre des Représentants ( 247 contre 188, la majorité étant à 218). Il est aussi majoritaire au Sénat avec 52 sièges contre 48 aux Démocrates. Cette avance est minime mais suffisante pour faire passer un programme, à condition d’éviter les dissensions.  Le « filibuster », cette vieille arme spécifique au Sénat des Etats-Unis et permettant de repousser un vote, est désormais presque caduc. Depuis 2013 il suffit d’une majorité simple (51 voix) pour vaincre un filibuster, contre une majorité des trois-cinquièmes avant, soit 60 voix. De plus, toute loi présentée sous forme de « résolution budgétaire » est immune aux « filibusters ». L’administration Obama en a fait régulièrement usage pour contourner les blocages mis en place par les Républicains. Il ne serait pas étonnant que les Républicains en fassent usage à leur tour et à leur avantage.

Les prochaines élections sénatoriales auront lieu en novembre 2018. Trente-trois sièges de sénateurs seront à renouveler (un mandat de sénateur dure six ans, mais les sièges sont renouvelés par tiers tous les deux ans). Mais sur ces trente-trois sièges, vingt-trois sont tenus par un Démocrate, deux par un Indépendant (votant avec les démocrates) et huit seulement sont aux mains d’un Républicain. De sorte que le parti démocrate risquera beaucoup plus gros dans cette élection. Il est probable qu’elle se solde par un maintien du status-quo. Même si traditionnellement les élections intermédiaires ne sont pas favorables au parti occupant la Maison Blanche.

En clair Donald Trump peut compter sur un Congrès à majorité républicaine pour les quatre années de son mandat. Une situation exceptionnelle et très favorable, lui permettant de faire voter ses réformes et mettre en place son programme. Un privilège que Barack Obama n’a connu que pendant deux de ses huit années au pouvoir (en  2009 et 2010).

L’avantage des Républicains ne s’arrête pas. Il se prolonge au sein des Etats. Sur les cinquante Etats de l’Union, trente-trois ont un gouverneur républicain, contre seulement seize, un gouverneur démocrate, et un Indépendant, l’Alaska.  Lors des élections de novembre 2016, les Républicains ont pris deux nouveaux Etats aux Démocrates.

Cette domination se voit encore renforcée par une quasi mainmise des Républicains sur les assemblées d’Etats. Traditionnellement les Etats américains disposent de deux assemblées –sur le modèle de la chambre des représentants et du sénat. Dans trente-deux Etats, représentant 61% de la population américaine, ces deux chambres ont une majorité républicaine. Les démocrates n’étant majoritaires que dans treize Etats, couvrant 28% de la population. Tandis que les Républicains contrôlent les deux Assemblées et le siège de Gouverneur dans vingt-cinq Etats - presque tous les Etats des Appalaches aux Montagnes Rocheuses- les Démocrates n’en contrôlent que cinq (Californie, Connecticut, Hawaïi, Oregon, Rhode Island).  

Cette supériorité au sein des Etats est cruciale car ce sont les assemblées d’Etat, avec l’approbation du gouverneur, qui décident, tous les dix ans, à l’issue du recensement, de redessiner les circonscriptions. Or, manipuler la carte électorale dans un but partisan est une constante chez les politiciens de tous bords. Il y a même un nom pour cela aux Etats-Unis, « gerrymandering » !

Dernier volet de la domination républicaine des leviers de pouvoir, la Cour Suprême. Ses neuf juges ont pour fonction d’interpréter la Constitution. Ils décident de tous les litiges, et des grandes questions de société. Ainsi c’est la Cour Suprême qui a autorisé le mariage homosexuel en 2015, par-delà l’opposition de tel ou tel Etat, jugeant que sa négation était une atteinte aux libertés individuelles garanties par la Constitution fédérale. Depuis le décès du juge Antonin Scalia, en février 2016, la Cour Suprême ne compte que huit juges. Barack Obama a tenté de lui nommer un remplaçant, en la personne de Merrick Garland, mais les Républicains du Sénat sont parvenus à repousser ses audiences de confirmations. De sorte que le siège de Scalia est toujours vacant et c’est Donald Trump qui aura le privilège de nommer son successeur. Ce qu’il devrait faire très vite, ayant communiqué une liste de vingt et un noms, ramenée depuis à dix, puis même à trois. Antonin Scalia ayant été le juge le plus conservateur de la Cour – il avait été nommé par Ronald Reagan en 1986 – son remplacement ne bouleversera pas fondamentalement l’équilibre de celle-ci. Par contre si d’autres vacances venaient à se présenter, Donald Trump pourrait avoir une influence considérable sur cette institution, troisième branche majeure du pouvoir aux Etats-Unis. Les juges de la Cour Suprême sont nommés à vie, et y restent, sauf à choisir de démissionner. Actuellement la Cour compte deux juges âgés de 80 ans ou plus: Anthony Kennedy nommé par Ronald Reagan, et Ruth Ginsburg, nommée Bill Clinton.   

Cette domination outrageuse d’un même parti sur les institutions politiques américaines peut sembler paradoxale dans un pays si divisé, et dans un contexte électoral qui a vu Hillary Clinton remporter deux millions et demi de suffrages de plus que Donald Trump. En fait cette situation révèle deux enseignements fondamentaux sur l’état et l’avenir des Etats-Unis.

Premier enseignement, la polarisation de la politique américaine et le fossé qui sépare les grands centres urbains du cœur de l’Amérique. L’Amérique rurale, et celle des villes moyennes, est restée très majoritairement blanche, conservatrice et traditionnaliste. L’Amérique des grandes agglomérations s’est mondialisée, diversifiée et convertie au social-libéralisme. Ces deux Amériques ne se côtoient plus et ne se comprennent plus.

Deuxième enseignement, la mutation à venir du parti démocrate. Le parti démocrate est aujourd’hui éclaté. La fameuse coalition Obama a fait long feu. La coalition forgée  par le président Roosevelt dans les années trente et qui lui a assuré 70 ans de domination politique appartient désormais au passé. Certains de ses électeurs sont passés chez Trump. D’autres préfèrent le transfuge socialiste Bernie Sanders,  à Hillary Clinton, la centriste. La vraie question qui se pose pour le parti de l’âne aujourd’hui est celle de son identité. Un peu comme elle se posait pour les Républicains en 2010 à la naissance du Tea Party. L’opposition radicale à la présidence de Barack Obama a engendré une mobilisation de la base qui a recomposé le parti républicain et débouché sur l’émergence de Donald Trump. Les Démocrates se demandent aujourd’hui si l’opposition à la personne et à la présidence de Donald Trump ne peut pas également susciter une recomposition du parti susceptible de faire émerger une figure dominante et rassembleuse en 2020. 

Pour l’heure Trump et les Républicains ont un boulevard ouvert pour imposer leur vision de l’Amérique et de son rôle dans le monde. Dans l’histoire des Etats-Unis il faut remonter près d’un siècle en arrière, aux années 1920 pour retrouver une situation comparable. Le président démocrate Woodrow Wilson, s’était retiré après deux mandats et avait laissé la place au républicain Warren Harding.  Le « messianisme wilsonien » avait été battu en brèche. Sa croisade pour la démocratie et les institutions internationales – l’Onu n’existait pas encore mais son prédécesseur la Société des Nations venait d’être inventé  - avait été rejetée et l’Amérique s’était repliée sur elle-même. Les portes de l’immigration s’étaient fermées. Le pays avait regardé vers l’intérieur… Trois présidents républicains s’étaient alors succédé, Harding, Coolidge, et Hoover. Ils étaient, disent les historiens, des personnages médiocres. La période avait d’ailleurs connu son lot de scandales. Mais derrière l’affirmation « the business of America is business »,   le pays avait connu une croissance économique et une vitalité intellectuelle et artistique sans précédent.  Jusqu’à un certain jeudi noir de 1929… 

 

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Liberte5
- 29/01/2017 - 23:57
C'est toujours un plaisir de lire les analyses de G. Olivier
Le résumé clair et limpide la situation, de l'équilibre des forces nous apprend plus que tous les papiers souvent creux que nous pouvons lire et surtout des médias que nous voir et entendre.
Borgowrio
- 29/01/2017 - 16:59
Accueillir les fous de Dieu
La grande peur des démocrates n'est pas grand chose à coté de notre grande peur à nous, quand les 700 djihadistes vont rentré en France . Au moins les américains n'auront pas ce problème
zen aztec
- 29/01/2017 - 16:52
A voir
"un contexte électoral qui a vu Hillary Clinton remporter deux millions et demi de suffrages de plus que Donald Trump"
Je crois que DT fait recompter les voix...wait and see