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Big brother is selling you
En Chine, Big Brother vous épie et en plus vend vos données personnelles
Publié le 07 janvier 2017
Si les premiers à espionner leurs citoyens sont les Etats-Unis, le gouvernement chinois lui vend les données personnelles de ses habitants. Cette commercialisation de données serait pour la Chine un business très fructueux.
Franck DeCloquement est praticien et expert en intelligence économique et stratégique (IES). Membre fondateur du Cercle K2 et ancien de l’Ecole de Guerre Economique de Paris (EGE), il est en outre professeur à l'IRIS (Institut de Relations...
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Si les premiers à espionner leurs citoyens sont les Etats-Unis, le gouvernement chinois lui vend les données personnelles de ses habitants. Cette commercialisation de données serait pour la Chine un business très fructueux.

Atlantico : D’après des journalistes d’investigation américains, les données personnelles des citoyens chinois seraient non seulement récoltées par le gouvernement, mais aussi mises en vente à des prix abordables. Pourquoi la Chine récolte de cette façon les données de ses habitants ?

Franck DeCloquement : Les autorités chinoises recueillent évidemment de vastes quantités de données personnelles sur leurs citoyens par le biais de l’internet. La captation des données numériques n’étant que le dernier avatar en la matière, à l’image de ce qui se passe dans tous les pays occidentaux actuellement. Et ceci n’est pas chose nouvelle compte tenu du régime de surveillance global mis en place à travers tout le pays. La nouveauté toute relative réside cette fois dans le fait que ces données seraient en « vente libre » et accessibles aux entreprises étrangères, et à des prix particulièrement compétitifs, selon un rapport paru dans le journal « Southern Metropolis Daily », traduit par le bulletin d’information du site Web « SupChina » le 4 janvier dernier. « SupChina » a d’ailleurs intitulé son article « Cashing in on dystopia », et l’a encadré par l’iconographie très emblématique du « Big Brother » tiré du film britannique « 1984 » réalisé par Michael Radford, autrement dit le chef suprême du super Etat-totalitaire de « l'Océanie » imaginé par George Orwell dans son roman d’anticipation « Nineteen Eighty-Four » (1984). Pour 700 yuans environ, soit 100 dollars seulement, il a été possible pour les reporters du journal qui ont enquêté de dénicher d'énormes quantités d'informations et de données personnelles sur l’un de leurs collègues : liste complète des chambres d'hôtel fréquentées, ainsi que les vols des compagnies aériennes empruntés, les cybercafés visités par celui-ci, les entrées et les sorties du territoire, la location d'appartements, de biens et d’avoirs immobiliers, etc… Et pour ce faire, ils n’auraient eu besoin – en tout et pour tout – que de connaitre le numéro de la carte d'identité de leur infortuné confrère… A la suite, ils ont non seulement été en mesure d’acquérir des données personnelles ayant trait à la vie privée pour identifier la localisation GPS d'un autre coreligionnaire – afin de le tracer en temps réel via son téléphone portable pour 600 yuans à peine – mais ont été aussi en capacité d’acheter des informations très détaillées sur les transactions bancaires de cette personne, de vérifier les infractions routières dont il a pu se rendre coupable et les voyages en train qu’il a effectué, ainsi que chacune de ses visites d'hôtel à travers le pays.

Selon vous, comment le gouvernement chinois réussi-t-il à récolter autant de données sur les citoyens du pays ?

David Bandurski qui est en outre chercheur à l'Université du « China Media Project » de Hong Kong, a rapporté ces derniers jours dans « SupChina », que les enquêteurs spécialisés ont pu constater à travers leurs investigations que ces données disponibles et vendues à très bas coûts à travers le pays, sont en réalité proposées en « libre-service » – si l’on peut dire – et ceci, sur des centaines de sites de « suivi », annoncés sur les plates-formes basées sur l’Internet de la Chine elles-mêmes. Offrant ainsi aux clients le pouvoir de débloquer, par le truchement d’un simple téléphone mobile, les données personnelles d'à peu près tout citoyen chinois… Certaines de ces plates-formes peuvent avoir un caractère très nettement frauduleux issu du piratage extérieur des données nationales très vulnérables, mais d'autres donnent à contrario très clairement accès à des informations « officielles » des services de la police nationale Chinoise elle-même, et des bases de données du gouvernement qui disposent de véritables trésors de guerre en matière de renseignements et de données personnelles. Et ceci, à travers le relais ou la médiation mercantile de certains initiés en interne… Il en va de même en ce qui concerne certaines données bancaires, ou de connexions à travers les informations détenues par les opérateurs de téléphonie mobile. Celles-ci seraient soient vendues par la police et les autorités elle-même, ou par le biais des ressortissants étrangers qui auraient piratés les bases de données nationales à des fins mercantiles, assure Bandurski dans son exposé.

Le sens de tout cela est peut-être à trouver dans les informations que le Washington Post avait distillé dans ses colonnes le 22 octobre 2016, sous la plume du journaliste Simon Denyer sous le titre : « le plan de la Chine pour organiser sa société repose sur ‘Big Data’ pour évaluer tout le monde »… Selon ces informations, la Chine aurait en effet un « schéma directeur » de planification en développement pour augmenter ses capacités de surveillance à l’ère du tout numérique – sorte de plan très ambitieux et de très grande envergure – pour centraliser toutes les données personnelles « de tout le monde », afin de délivrer à chacun un « score » basé sur une forme de « crédit social ». En quoi cela consiste-t-il au juste ? Simon Denyer l’expliquait comme suit :

« Imaginez un monde où un gouvernement autoritaire surveille tout ce que vous faites, amasse d'énormes quantités de données sur presque toutes les interactions que vous contractez, et vous accorde un score unique qui mesure votre capacité à être "digne de confiance". Dans ce monde, un simple défaut de paiement sur un prêt, une critiquer malvenue sur le parti au pouvoir, le simple fait de brûler un feu rouge ou de ne pas prendre soin de ses parents correctement, pourrait vous faire perdre des points. Et dans ce monde, votre score devient la vérité ultime de qui vous êtes et détermine si vous pouvez emprunter de l'argent, obtenir que vos enfants soient scolarisés dans les meilleures écoles ou vous permettre de voyager librement à l'étranger [...] Il ne s’agit pas ici du scénario d’anticipation super dystopique de Steven Spielberg "Minority Report", dans lequel la police est en mesure de stopper un crime avant qu'il ne survienne. Mais cela pourrait bien être la Chine d'ici à 2020. »

Pour autant, les citoyens occidentaux sont-ils à l'abri de ce type de pratiques ? La réforme de Marisol Touraine en matière de santé prévoyait notamment de mettre à disposition des assurances, les données médicales non-anonymisées des citoyens...

En Europe, la situation est très évolutive et mouvante, compte tenu de la législation et de cultures nationales parfois très différenciée. Au point de provoquer parfois de très vives polémiques. On a pu encore le constater concernant l’affaire du fichier de police « TES ». Bernard Cazeneuve avait d’ailleurs du se justifier in-extrémiste en montant une opération de « déminage informationnel » sur ce « méga fichier biométrique » de 60 millions de Français, en tentant de rassurer après coup des parlementaires particulièrement remontés pour l’occasion… Mais certaines associations et experts en la matière veillent intelligemment au grain, sur ces questions essentielles. Idem pour la France ou les enjeux du Big Data et des ressources qu’implique la possession d’une très grande quantité de données personnelles. En ce qui concerne la Chine tout d’abord, un document politique de haut niveau publié en Conseil d'Etat, en 2014 et repris par Rogier Creemers le 14 juin 2014 – puis rafraichi le 25 avril 2015 sur le site https://chinacopyrightandmedia.wordpress.com – a énuméré l’ensemble des sanctions qui pourraient être imposées à toute personne ou société, « réputée pour ne pas avoir été à la hauteur ». Le principe fondamental est assez simple : « Si la confiance est brisée en un seul lieu, les restrictions sont imposées partout. » Toute une gamme de privilèges serait ainsi restreinte ou refusée, alors que les gens et les entreprises brisant ce tabou culturel de la « confiance sociale » seraient également soumis à une forme de surveillance quotidienne élargie, et à des « inspections » aléatoires... L'ambition globale de cette « architecture projet » d’un genre très spécial serait en somme de collecter puis de regrouper tous les reliquats d’informations disponibles en ligne sur les entreprises et les citoyens de la Chine, en un seul lieu, et ensuite d’affecter à chacun d'eux un « score » en fonction de leur politique, commerciale, sociale et juridique, sous la forme d’un « crédit » d’un nouveau genre… Le gouvernement n'a pas annoncé exactement comment le plan fonctionne, et par exemple, comment les résultats seraient compilés et pondérées. Mais l'idée générale est bien évidemment que le « bon comportement » sera récompensé et « le mauvais comportement » puni, avec le Parti communiste agissant comme juge de paix ultime. Bien venu dans le meilleur des mondes…

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