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Ces négociations secrètes ont duré six ans. Le plus important pour les FARC, c'est d'obtenir l'impunité totale par rapport à leurs crimes de guerre et crimes de lèse-humanité.
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Des guérilleros FARC désarmés et intégrés à la société civile ? Un espoir bien naïf qui ignore l’histoire de cette guérilla et les termes de l’accord conclu
Publié le 26 août 2016
En annonçant cette semaine un accord de paix avec le gouvernement colombien, les FARC pourraient bien avoir mis un terme à plus de 50 ans de guérilla dans le pays. Mais alors que le texte doit encore être voté par les Colombiens, ce qui ne sera pas chose aisée, reste à savoir quelle sera l'attitude de ces milliers de guérilleros au sein de la société civile.
Eduardo Mackenzie est journaliste et écrivain. Il est notamment l’auteur de Les Farc ou l’échec d’un communisme de combat (Publibook, Paris, 2005). 
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Eduardo Mackenzie est journaliste et écrivain. Il est notamment l’auteur de Les Farc ou l’échec d’un communisme de combat (Publibook, Paris, 2005). 
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En annonçant cette semaine un accord de paix avec le gouvernement colombien, les FARC pourraient bien avoir mis un terme à plus de 50 ans de guérilla dans le pays. Mais alors que le texte doit encore être voté par les Colombiens, ce qui ne sera pas chose aisée, reste à savoir quelle sera l'attitude de ces milliers de guérilleros au sein de la société civile.

Atlantico : Ce mercredi, les représentants du gouvernement colombien et de la guérilla des FARC ont annoncé à La Havane la conclusion des négociations de paix entre les deux parties, après quatre ans de discussions. Peut-on vraiment imaginer les deux camps respecter cet accord, si jamais il était validé par le résultat du vote national le 2 octobre prochain ?

Eduardo Mackenzie : À titre personnel, je n'y crois pas trop. Les FARC ont encore une fois montré qu'elles ont deux attitudes différentes en ce qui concerne les accords de paix. Ce n'est pas la première fois. À chaque fois que le gouvernement annonce un accord de paix, même partiel, certains porte-paroles, dirigeants ou négociateurs des FARC changent un petit peu la donne.

Cette fois, quelques jours avant, certains négociateurs ont confirmé qu'il y avait des avancées, tout en soulignant que des points n'avaient pas été définitivement réglés.

Le grand problème aujourd'hui réside dans la question de l'impunité. C'est le point principal. Ces négociations secrètes ont duré six ans. Le plus important pour les FARC, c'est d'obtenir l'impunité totale par rapport à leurs crimes de guerre et crimes de lèse-humanité. Il faut bien savoir que cette guérilla a attaqué la Colombie pendant plus de 40 ans. Elle a commis des exactions monstrueuses, avec plus de 220 000 victimes et plus de 60 massacres épouvantables. Plus de deux millions de paysans ont été expulsés de leurs terres. Aujourd'hui, les FARC aspirent à ne pas passer un seul jour en prison pour toutes ces atrocités. C'est la chose la plus inacceptable pour les Colombiens. On ne peut pas accepter qu'une telle guérilla, qui a semé la mort et la terreur partout, s'en sorte sans rendre compte de ses actes, même de façon symbolique.

Pour ce qui est du gouvernement maintenant, l'accord de paix prévoit que les FARC pourront garder leurs armes, même avant le plébiscite national prévu pour le 2 octobre prochain, où les Colombiens pourront dire s’ils sont d’accord ou pas avec cet accord de paix. Les FARC ont accepté le principe de se concentrer, de se fixer dans certains lieux stratégiques, fixés par la négociation (où elles ont leurs cultures illégales). Ces lieux sont, en plus, proches des frontières avec le Panama, le Venezuela et l'Équateur. Les FARC ont fait savoir qu'elles arriveront dans ces campements en étant armées et qu'elles resteront armées à l'intérieur de ces enclaves. Les guérilleros resteront concentrés dans ces zones avec leurs armes, leurs explosifs, etc. Tout cela a été accepté à La Havane, mais c'est inacceptable pour les Colombiens.

Que va-t-il désormais advenir des membres des FARC, qui seraient au nombre de 8 000 selon l'armée colombienne ? Après 52 ans de guerre, la plupart n'ont connu que la lutte armée. Se pourrait-il que certains guérilleros reprennent les armes pour servir une autre cause, comme rejoindre l'Armée de libération nationale (ELN), autre guérilla castriste fondée en 1964 ?

C'est effectivement un point très important. Il faut bien comprendre une chose essentielle : cette question n'est pas seulement militaire, mais surtout idéologique et politique. Après avoir signé cette négociation, les FARC ont en quelque sorte reçu le message de la part du gouvernement colombien qu'elles pouvaient continuer à penser la société colombienne comme elles l'ont toujours pensée. Pour eux, la société colombienne est une démocratie qu'il faut détruire, un système capitaliste à abattre. Le gouvernement accepte que les FARC continuent de penser et d'agir de la sorte.

Les FARC se considèrent comme les tenants du camp du bien, alors que les méchants seraient l'État colombien et la société colombienne. La négociation n'a rien changé à cette mentalité. Les guérilleros continuent de penser qu'ils sont les vainqueurs "historiques", et ils auront toujours cette idéologie. Leur objectif est de continuer à utiliser tous les moyens possibles pour déboulonner les institutions démocratiques de la Colombie, entraver le système capitaliste, en utlisant comme modèles le Venezuela d'Hugo Chavez et le Cuba de la période castriste.

L'accord conclu à La Havane prévoit une représentation politique pour les FARC, avec 5 députés et 5 sénateurs garantis au Congrès pour les deux prochaines législatures. Un guérillero des FARC peut-il vraiment devenir un militant politique non-violent ? Quels sont les obstacles qui pourraient empêcher cette reconversion ?

Je pense que non, j'ai d'ailleurs déjà un petit peu répondu à cela. Ce ne seront pas de véritables parlementaires démocrates. Ils appartiendront à une formation politique bizarre : les FARC reconvertis en parti politique, mais un parti politique qui sera quand même armé. Il est aberrant d'imaginer un parti armé présent non seulement à la Chambre des représentants et au Sénat, mais aussi dans les assemblées départementales et les conseils municipaux de la Colombie. Des milliers de militants FARC seront donc présents dans de nombreux organismes politiques et administratifs.

Ces gens seront convaincus d'avoir gagné la guerre, convaincus que la négociation a été un succès pour eux. Ils ne seront pas obligés de changer de logiciel politique et intellectuel.

En Colombie, certaines voix s'élèvent pour critiquer la possibilité de voir des FARC coupables de crimes échapper à la prison. L'ancien président Alvaro Uribe a même déclaré qu'il fallait renégocier immédiatement ces accords. Pensez-vous que la société colombienne est aujourd'hui prête à accueillir les FARC en son sein ?

Non, clairement. En ce qui concerne la société colombienne et l'idée qu'elle se fait des FARC, il y a beaucoup de sondages réalisés depuis des mois, voire des années. Ils révèlent que l'opinion publique est très sceptique par rapport à ces négociations de paix. D'une part, suite au caractère secret de ces négociations au début, et d'autre part en raison des rancœurs accumulées depuis longtemps vis-à-vis des FARC. Aujourd'hui, le dernier sondage dit que la population, dans sa majorité (60%), va voter "non" le 2 octobre et rejeter les accords de paix. Ce sont des chiffres connus, que même Juan Manuel Santos, le président colombien, ne conteste pas.

Les Colombiens ont acquis une certaine expérience politique en voyant comment tous les processus de paix avec la guérilla avaient plus ou moins échoué. La révélation de l'accord n'a ainsi pas été suivie mercredi de manifestations d'allégresse populaire, au contraire ! Les gens ont accueilli cette nouvelle avec un mélange de sentiment négatif, de peur, de scepticisme, de colère, etc. C'est un accord de paix qui inspire paradoxalement la peur et non pas l'espoir ou l'optimisme.

Bref, il y a eu une certaine précipitation dans tout ce processus de La Havane. Les FARC sont parfaitement conscientes de l'effondrement de la situation internationale qui leur était favorable il y a quelques années. Le régime de Chavez va s'effondrer à terme, les régimes amis des FARC en Argentine et au Brésil (où résident certaines familles de membres des FARC) sont tombés. Même la pérennité de la révolution cubaine est aujourd'hui mise en doute. Les FARC ont donc accéléré les négociations car elles ont grand besoin d'un soutien international.

Le simple fait de fixer au 2 octobre la date du plébiscite est une précipitation énorme de la part de Santos. Les Colombiens devront découvrir dans les prochains jours un texte de 297 pages à lire en détail et à assimiler, et tout cela dans un délai très court…

Propos recueillis par Benjamin Jeanjean.

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Junca monica
- 26/08/2016 - 13:36
Oui et mille fois oui
Pour nous les colombiens cet accod n'est pas un accord pour la paix mais au service des Farcs et du nombrilisme de Santos qui voudrait le prix Nobel de la paix et se comparer à Mandela. Malheureusement il est bien loin !