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Fuite du temps

Smartphones ou marathons de série, l'ennui, c'est fini... Mais nous aurions bien tort de nous en réjouir et voilà pourquoi

Publié le 11 juillet 2016
L'ennui apparaît dans notre société comme quelque chose qu'il faudrait combattre par tout les moyens. Mais de nombreuses études mettent en évidence que les principaux outils technologiques dont nous nous servons pour ne pas nous ennuyer aggravent encore plus l'ennui, et ne nous stimulent pas comme il le faudrait.
Odile Chabrillac
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Odile Chabrillac est naturopathe, psychanalyste et psychologue. 
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Jean-Louis Prata
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Après une formation en sciences de gestion à l’université de Paris 1 et un parcours de 18 ans dans un groupe européen d’ingénierie et de conseil (consulting, direction opérationnelle et  DRH), Jean-Louis Prata a rejoint en 2006 l’Institut de Médecine...
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L'ennui apparaît dans notre société comme quelque chose qu'il faudrait combattre par tout les moyens. Mais de nombreuses études mettent en évidence que les principaux outils technologiques dont nous nous servons pour ne pas nous ennuyer aggravent encore plus l'ennui, et ne nous stimulent pas comme il le faudrait.

Atlantico : Un certain nombre d'études publiées ces dernières années démontrent que l'on s'ennuierait de plus en plus durant nos loisirs. N'est-il pas paradoxal que l'essor des nouvelles technologies produise toujours davantage d'ennui alors que nous n'avons jamais eu autant de moyens de nous divertir ?

Odile Chabrillac : Cette question nous interroge sur le sens de notre désir “Qu’est-ce que j’aime faire ? Qu'est-ce qui est bon pour moi ? Qu’est-ce qui me nourrit dans la vie ?". Le problème des nouvelles technologies, c’est plutôt que de nous ramener à nous-mêmes et à ce que l'on ressent, elles vont au contraire de sortir de nous-mêmes et nous couper de nos désirs réels. On se trouve devant un restaurant qui propose tellement de plats que nous n’arrivons plus à savoir ce que nous voulons.

Elles amplifient tellement l’offre qu’on est noyé dans les possibilités. Cela pose aussi le problème suivant : quelle est notre charge attentionnelle réelle ? On dispose d’une attention limitée, de la même manière que nous ne disposons que d’un temps limité et toutes les nouvelles technologies se battent pour avoir une part d’attention.

Au final, notre sollicitation psychique est extrêmement fragmentée et cela nous empêche de savoir si une chose est réellement nécessaire ou digne d’attention. C’est comme si on lisait plein de pages de livres différents sans jamais entrer à l’intérieur complètement. Le cerveau et notre corps ne sont pas faits pour fonctionner à une telle vitesse et ne sont capable de se faire une idée de choses pour lesquelles nous n'avons qu’un aperçu. Au niveau du loisir, on ne va faire qu’effleurer les perceptions. Nos sensations et notre ressenti sont bloqués par le trop plein car le but des technologies est avant tout de capter notre charge émotionnelle pour nous vendre un produit.

L’intégration est essentielle pour notre fonctionnement psychique. C’est le temps de recul qui nous permet d’intégrer un élément de nous faire une opinion. Cela touche aussi la temporalité. L’être humain a besoin d’un certain temps pour se faire une opinion. Dans les loisirs, on ouvre les champs propositionnel au maximum par peur, mais cela tend à nous perdre plutôt de de nous offrir des réponses existentielles joyeuses.

Pourquoi nous adonnons-nous toujours davantage à des loisirs qui ne nous apportent pas de réelle satisfaction ? Dans quelle mesure cet ennui contemporain est-il justement lié à notre peur de nous ennuyer ?

Odile Chabrillac : L’influence sociale joue un grand rôle dans cette question. L’être humain est un animal très loyal qui a besoin de se conformer plus ou moins aux injonctions du groupe ou aux phénomènes de modes que l'on va valoriser sociologiquement. Il faut une sacré force psychique pour résister aux injonctions collectives qui ne font pas forcément notre bonheur. Par exemple, pour savoir ce dont les collègues discutent au bureau, comme d’une série ou d’un jeu vidéo, on va accepter de donner de notre temps si précieux pour se mettre en conformité. Cela n’est pas forcément négatif. On peut très bien aimer une série, un livre etc... que les autres aiment aussi. Mais l’important c’est de se poser les bonnes questions. “Est-ce que cette chose me plaît à moi ? Est-ce que ça me parle ? Qu’est-ce que cela m’apporte ?” Il faut savoir prendre une distance par rapport à qui est socialement valorisé et prendre conscience de la façon dont on va se connecter à son ressenti profond. La très grande majorité des gens ne savent pas ce qu’ils aiment, ce qu’ils veulent et ont énormément de mal à se dégager des normes sociales, autrement dit de l’impact de sa famille, de ses amis et de son milieu. 

Accepter de s’ennuyer signifie accepter de rentrer dans un vide potentiellement angoissant, qui va nous interpeller sur toutes les questions existentielles que sont la mort ou la raison de notre présence sur Terre. On va chercher par tous les moyens à l’éviter. Notre société est dans une grande illusion du déni de la mort, de l’échec ou des questions existentielles. On aimerait faire de nous des consommateurs joyeux et dépensiers bien loin de ces questions existentielles.

En quoi l'ennui est-il mauvais au point de vouloir à tout prix vouloir s'y soustraire ?

Odile Chabrillac : L’ennui, en tant que tel, est positif. Mais cela peut être mauvais dans une certaine limite. Trop d’ennui, en particulier pour les adolescents ou les personnes âgées, peut être un signe de dépression.

L’ennui fait partie du tempo de la vie. C’est ce moment de silence dans la musique, de rupture ou de déchirure dans notre vie. Il peut nous permettre de retourner sur nous-mêmes, de nous interpeller et de nous poser des questions qui vont nous aider à mieux nous positionner, à nous autonomiser et à trouver ce qui nous correspond. Le vide permet de construire un espace de pensée bien loin du tourbillon qu'offrent les divertissements.

Comment échapper à l'hyperactivité et à la compulsion qui caractérisent de plus en plus nos loisirs ? Quelles activités sont réellement susceptibles de nous distraire positivement et pourquoi ?

Odile Chabrillac : Il faut savoir se débrancher au sens large du terme. S’offrir des moments de tranquillité, de déconnexion loin de la télévision, de Facebook ou du portable. Cela nécessite une vraie volonté de rupture car on constate que même dans des endroits éloignés de tout, la technologie a encore une main mise sur nous. L’objectif est de pouvoir se dire “C’est moi qui me sert de l’outil et non l’outil qui se sert de moi.”

Il s’agit d’accepter, par exemple dans les transports en commun ou dans les espaces entre deux, de ne rien faire. De chercher à se connecter juste à des moments bien précis et à chercher à se libérer. La notion de réappropriation de liberté est à mon sens une question philosophique importante qui va questionner l’humanité dans les décennies à venir.

Tout ce qui fait bouger le corps comme les activités sportives et les travaux manuels sont extrêmement salutaires et apaisants pour le cerveau. On rentre dans une autre temporalité qui sort de la frénésie. L’objectif est de se rappeler que nous ne sommes pas qu’un cerveau en ébullition.

En quoi les nouvelles technologies nous poussent-elles à être toujours plus productif ? 

Jean-Louis Prata : Les nouvelles technologies, avant de nous pousser à être productif, rendent possibles des gains importants de productivité : les moyens de transports modernes ont permis à l’homme de faire des gains de productivité considérables dans le transport des marchandises, des personnes et de l’information. Il y a quelques siècles, pour transporter des épices produites en orient, il fallait affréter des caravanes pour les transporter sur plusieurs milliers de kilomètres, au rythme de déplacement des véhicules animaux utilisés à l’époque, et avec la limite desdits véhicules sur la quantité transportée. Les épices et autres produits transportés à l’époque de cette manière étaient des produits de luxe, accessibles à une minorité de personnes. Aujourd’hui, les progrès des transports, tant en vitesse qu’en volume, rendent la circulation des produits et des personnes rapide et bon marché. Les nouvelles technologies du transport nous ont permis d’atteindre des niveaux de productivité sans précédent. Toutefois, on peut s’interroger sur les excès que cette trop grande facilité rend possible. Si on se plaçait dans la peau d’un observateur extra-terrestre de nos comportements, il ne manquerait pas de s’interroger avec amusement voire avec sarcasme de la complexité inouïe des circuits de production que les humains ont imaginé pour satisfaire leurs besoins : la plupart des produits que nous consommons ont nécessité des transports d’un bout à l’autre du monde des matières premières, des composants et des machines utilisées pour leur  production. Les risques inhérents au changement climatique sont peut-être un rappel à l’ordre pour redevenir lucide des conséquences de nos choix dans les systèmes de production hyper-productivistes ?  

Les nouvelles technologies numériques permettent de gagner un temps considérable dans les opérations relatives à l’information et rendent possible l’instantanéité et la mobilité : accès, traitement, transmission…  les téléphones mobiles, tablettes et ordinateurs permettent de se connecter à chaque instant à sa messagerie professionnelle, aux applications professionnelles avec lesquelles on travaille, aux applications de réseau professionnel…. Dans l’environnement économique du travail en secteur concurrentiel, il peut sembler légitime de chercher à optimiser la productivité avec les technologies numérique, comme on l’a longtemps fait avec les progrès techniques. 

Plaçons nous maintenant dans l’optique de l’humain au travail : quelle est la conséquence du numérique ? 

La facilité d’accès à l’information : à partir d’un appareil connecté, il est possible d’accéder instantanément à l’information, sans avoir besoin de se déplacer, ou de solliciter le possesseur d’une information.  D’un certain point de vue, cette possibilité facilite la vie des travailleurs en leur permettant de gagner du temps et de travailler depuis n’importe quel lieu. Le revers de la médaille, c’est que cette facilité d’accès est compensée par la profusion d’information accessible dans l’entreprise comme sur la toile : avant qu’internet se développe, l’information accessible était limitée à celle disponible dans la documentation de l’entreprise, notre documentation personnelle ou notre réseau de contacts. L’essentiel du temps était consacré à l’assimilation de l’information disponible, parfois maigre, et nous devions avancer avec cela. Aujourd’hui, nous passons plus de temps à identifier l’information pertinente dans la masse colossale d’informations disponibles que nous sommes poussés à survoler pour ratisser large et trouver les informations pertinentes, au détriment de la profondeur dans l’assimilation et l’analyse de l’information, et d’une acceptation plus grande de l’incertitude et de l’approximation.  

L’accessibilité à distance de l’information : désormais plus besoin d’être physiquement présent au bureau pour travailler : le vendredi soir, plus de stress pour terminer le dossier à livrer pour le lundi matin tout en arrivant à l’heure à la crèche pour récupérer la chair de votre chair : vous pourrez tranquillement terminer le dossier le soir ou le week-end end, une fois vos activités familiales accomplies et sans avoir besoin de venir au bureau le samedi pour achever votre ouvrage. Ce confort comporte toutefois un inconvénient de taille, qui est le risque de ne pas savoir trouver un équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée en  posant des limites raisonnables dans l’investissement au travail en passant ses soirées et ses week-ends à travailler… 

L’instantanéité de la communication : grâce aux nouvelles technologies, le client peut à tout instant joindre son fournisseur, tous comme le manager peut à chaque instant transmettre des consignes à ses collaborateurs… y compris en dehors des heures de travail. Lorsqu’il s’agit de véritables urgences, c’est un moyen intéressant pour mobiliser instantanément les membres de son équipe pour y répondre, toutefois si l’urgence devient routinière et le « droit à la déconnection » n’est pas reconnu par le manager ou par le collaborateur lui-même, cette instantanéité peut devenir délétère.

La chasse au « temps morts » : ces temps, inhérent à toute activité, comme les temps d’attente d’une information, les périodes de sous charge dans les activités à cycle variable peuvent être facilement comblés avec les technologies numériques, en demandant aux collaborateurs d’accomplir d’autre tâches dans ces temps mort. Or, les « temps morts » peuvent s’avérer productifs, en permettant aux collaborateurs de prendre du recul, de réfléchir aux problèmes qu’ils rencontrent afin de laisser émerger des solutions innovantes et efficaces… que les bureaux d’étude et les consultants ne sont pas toujours en mesure de trouver. 

Comme on le voit dans ces exemples, les nouvelles technologies utilisées avec raison peuvent rendre des services considérables pour améliorer la productivité et la qualité de vie des travailleurs, mais ils peuvent également contribuer au mal être et à l’épuisement professionnel. Qui est responsable de l’attitude que nous avons vis-à-vis des nouvelles technologies ? Afin de poursuivre l’analogie avec le transport, est-ce que le fait de doter les livreurs de véhicules rapide les poussent à dépasser les limitations de vitesse ? Nous sommes dans un jeu à 3 acteurs : le véhicule et ses possibilités, le management et ses exigences, et le conducteur. Qui est responsable de l’excès de vitesse ?  

Pourquoi ces nouvelles technologies ne sont-elles pas un bon moyen pour occuper son temps libre ?

Jean-Louis Prata : Cette question mérite une réponse nuancée : peut-on dire que les nouvelles technologies sont ou ne sont pas un bon moyen d’occuper son temps libre ?  Tout dépend du mobile et de l’attitude que nous adoptons dans l’usage des nouvelles technologies. Les nouvelles technologies peuvent permettre de faire des choses importantes et qui font sens pour nous : par exemple, utiliser des temps d’attente improductifs pour s’informer de sujets qui nous tiennent à cœur, ou pour entretenir des relations avec ses amis via les réseaux sociaux. Dès lors que ces activités ne nécessitent pas une concentration poussée, elles restent un bon moyen d’utiliser son temps libre. Si par contre elles sont un moyen de « tuer le temps » parce que l’on s’ennuie, nous risquons d’être dans une attitude de « zapping » de l’information que nous consommons de façon superficielle et parfois boulimique, qui ne procure au final pas de satisfaction autre que… passer le temps.  Des chercheurs du Laboratoire des Usages en Technologie d’Information à la cité des sciences et de l’industrie ont mis en évidence grâce à des technologies d’eyes tracking (qui analysent le mouvement des yeux) qu’une majorité de lecteurs de pages web lisent 1 mot sur 4 et que la lecture de gauche à droite est fortement perturbée par les éléments graphiques et publicitaires des pages web, ainsi que par les sollicitation de la messagerie qui constituent un bruit empêchant de fixer son attention.  

D’autres courants de recherche considèrent au contraire que le web tendrait à mobiliser les structures fonctionnelles de notre cerveau dédiées à la prise de décision complexe, et peuvent donc contribuer à mobiliser une autre forme d’attention que celle, méthodique et structurée, évoquée ci-dessus. En d’autres termes, le web tendrait à mettre en difficulté notre capacité d’attention séquentielle, appelée « mode mental automatique » mais serait propice à la mobilisation d’autres capacités cognitives, appelées « mode mental adaptatif » par Jacques Fradin. En clair, aborder le web en « mode mental adaptatif » avec une attitude de curiosité exploratoire, en restant souple et nuancé face à l’information contradictoire qu’il peut contenir, en relativisant l’information, en réfléchissant et en cherchant à comprendre pour se faire son opinion personnelle sur le sujet qui nous préoccupe permet de tirer le meilleur du web, tandis que l’appréhender sur  le « mode mental automatique » en cherchant une information bien précise, en refusant les informations qui vont à l’encontre de nos convictions, en simplifiant à outrance pour y trouver des certitude énoncées sans les confronter à une réflexion et une opinion personnelle est plutôt contre-productif. Le bon usage des technologies de l’information qui mettent à notre portée une masse considérable d’informations requiert de mobiliser nos structures cognitives capables de gérer la complexité. 

Comment échapper à la course permanente à la productivité qui nous poursuit jusque dans nos loisirs, notamment pendant nos vacances ?

Jean-Louis Prata : La première question à se poser, c’est le rapport personnel que nous entretenons par rapport au  temps et à la productivité: si dans le travail la productivité est souvent une nécessité vitale pour permettre à l’entreprise de rester compétitive sur une marché concurrentiel  - l’attrait pour le productivité dans notre vie privée peut avoir des causes multiples : 

1 – La motivation intrinsèque pour l’efficacité et du dépassement de soi 

Certaines personnes se font plaisir et se ressourcent dans l’effort pour atteindre une performance élevée dans presque tout ce qu’elles font. Se fixer des challenges et relever des défis y compris dans leurs loisirs est un mode de vie, un plaisir : comment savoir si vous faites partie de cette catégorie de personnes, qui prennent un véritable plaisir à performer ? Au risque de vous surprendre, si vous avez une relative indifférence à la performance finalement atteinte, si la contre-performance ne vous dérange pas, cela signifie que votre motivation à la performance et à la productivité est purement intrinsèque, et que votre plaisir est dans l’effort pour améliorer votre performance. Pourquoi donc se priver de performer si c’est pour vous rien que du plaisir ?  

2 – L’aversion pour la perte de temps, l’inefficacité  

Si pour vous l’inefficacité ou la perte de temps sont désagréables voire insupportables, être performant est une contrainte que vous vous fixez, consciemment ou pas pour éviter d’être dans une situation désagréable pour vous. Or une situation est désagréable avant tous du fait que le regard que nous lui portons manque de nuance. Nous voyons les inconvénients mais pas les avantages. Cherchez les avantages de la perte de temps et de l’inefficacité (cherchez bien, il y en a beaucoup !) et à l’inverse cherchez les inconvénients de l’efficacité et de la productivité (il y en a tout autant)… et répétez l’exercice jusqu’au moment où vous serez en mesure d’envisager la perte de temps et de l’inefficacité avec un regard plus positif. Etre performant et  productif devient alors un choix conscient, et plus un automatisme émotionnel

3 – L’insatisfaction chronique de votre productivité malgré des résultats objectivement satisfaisants

Vous avez l’impression de n’être jamais au niveau de productivité et de performance que vous visez, vous y pensez souvent, vous avez tendance à vouloir en faire toujours plus et avez beaucoup d’inquiétude sur votre performance au point d’avoir du mal à vous arrêter ? il convient alors de chercher à comprendre les causes de ce surinvestissement émotionnel qui est souvent le symptôme de comportements que l’on ne s’autorise pas à avoir, de libertés perdues, comme par exemple penser ou dire des choses valorisantes sur soi, prendre soin de soi, prendre du temps pour faire ce que l’on aime… comportement que l’on n’adopte pas car on les trouve ridicules, mais que l’on pourrait éventuellement s’autoriser à adopter après avoir atteint un très haut niveau de performance et de productivité. Regagner la liberté d’adopter ces comportements que l’on trouve ridicules voire agaçants est une condition pour débrancher notre « boulimie de productivité »

Propos recueillis par Thomas Gorriz

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