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Martyre des chrétiens d'Orient : des prêtres orthodoxes racontent s'être sentis abandonnés par des forces censées les protéger

Publié le 18 juin 2016
Dans ce livre manifeste, Jean-Frédéric Poisson redessine les contours de ce que doit être notre politique en Orient. Il relate ses entretiens exclusifs avec les acteurs majeurs de la région et appelle au sursaut pour qu'enfin la France soit à la hauteur des enjeux. Le lecteur découvre la place essentielle que la France a perdue dans tous ces pays. Il réalise que c'est une part de notre avenir qui se joue là-bas. Extrait de "Notre sang vaut moins cher que leur pétrole", de Jean-Frédéric Poisson, aux éditions du Rocher 1/2
Jean-Frédéric Poisson est député des Yvelines et président du Parti Chrétien-Démocrate.
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Dans ce livre manifeste, Jean-Frédéric Poisson redessine les contours de ce que doit être notre politique en Orient. Il relate ses entretiens exclusifs avec les acteurs majeurs de la région et appelle au sursaut pour qu'enfin la France soit à la hauteur des enjeux. Le lecteur découvre la place essentielle que la France a perdue dans tous ces pays. Il réalise que c'est une part de notre avenir qui se joue là-bas. Extrait de "Notre sang vaut moins cher que leur pétrole", de Jean-Frédéric Poisson, aux éditions du Rocher 1/2

Pendant mon séjour au Liban en octobre 2014, j’avais recueilli ce témoignage direct de deux prêtres orthodoxes qui avaient dû quitter leur village. L’un d’entre eux est celui qui a vécu cette histoire. Ces deux prêtres avaient ensuite, comme de nombreux chrétiens syriens, trouvé refuge au Liban.

L’autre m’avait décrit l’horreur de l’arrivée des barbares dans leur village, et ce même scénario qui se répète indéfiniment. La violence qui s’installe soudainement. Le sentiment d’être abandonné par des forces censées les protéger. La "conversion", ou au moins le retournement, rapide et spectaculaire, des musulmans jusqu’alors pacifiques qui embrassent en quelques minutes la cause des nouveaux occupants. Le faux choix laissé aux chrétiens : la soumission, l’exil ou la mort. La profanation ou la destruction systématique de leurs églises et de leurs cimetières. La confiscation de leurs biens. La torture infligée aux chrétiens qui refusent de se soumettre et de partir. L’agonie de cet adolescent, Nyrary Odisho, torturé horriblement, ainsi que le montrent les photos publiées par ses propres amis sur une page Facebook qui lui est dédiée. Les fatwas prononcées par des autorités locales de Daech invitant à planter du fer dans les cadavres des chrétiens : et par conséquent les séances de découpage des cadavres auxquelles se livraient les "soldats" de l’État islamique pour obéir à ces injonctions. Avec ce scénario qui s’est répété dans tant de villages : on détruit l’église, on menace les chrétiens en leur demandant de partir, on en exécute quelques-uns pour l’exemple, et on engage les conversions forcées à l’islam. La destruction de l’église ou les menaces d’exécution proférées contre les prêtres (ou des membres de leur famille) sont le signe de ce que les barbares ne veulent plus de chrétiens dans cette partie du monde. 

Les Syriens partagent majoritairement cette idée selon laquelle ils vivent une guerre importée par les Occidentaux et certains de leurs alliés du Golfe. Ils ne parviennent pas à comprendre les raisons pour lesquelles les Occidentaux ont refusé depuis l’origine de combattre aux côtés de l’armée syrienne. Ils ne veulent pas voir changer leur vie, et ont le terrible sentiment que ce conflit change d’abord leur manière d’être les uns envers les autres.

Dans quelques endroits, l’arrivée des islamistes dans un village a pu se faire de manière pacifique, au moins dans un premier temps. Au cours d’une longue conversation à Beyrouth en 2013, Monseigneur Battah, vicaire du patriarche syriaque de Damas, me disait qu’à Yabroud (nord de Damas), des manifestations anti-chrétiennes et les premières profanations étaient apparues quelques semaines après l’entrée de la "rébellion" dans la ville. On peut comprendre que de telles entrées "pacifiques", sur fond de contestation du pouvoir central, puissent recueillir, pendant un temps, quelques suffrages. Parfois encore, l’arrivée des rebelles a pour effet de relever de leurs fonctions des responsables musulmans locaux corrompus, et d’installer à leur place, au nom de la morale et de la charia, d’autres personnes, acquises à la cause des nouveaux arrivants. Comme dit l’adage : "On n’a qu’une fois la possibilité de faire une première impression". Son crédit, au moins pendant les premiers temps de son implantation locale, vient largement de cet état de fait.

Daech a, d’une certaine manière, déjà gagné. Pas nécessairement sur le plan militaire. Et même, il est probable que l’État islamique perdra ce conflit à la fin du compte, pour peu que, comme me le disait en juillet dernier le patriarche syriaque orthodoxe de Damas, "l’Occident y mette les moyens". Pas seulement non plus en attirant l’Occident dans le piège mortel de la guerre, et en ne laissant pas le soin aux puissances régionales de traiter cette crise. Mais sur un autre plan. La reprise progressive de la ville de Ramadi par l’armée régulière, en Irak, à la fin de l’année 2015 est emblématique : 3 000 maisons ont été détruites, dans une ville qui est désormais quasiment rasée. Comment la vie y reprendra-t-elle ? "Avant la guerre, me confiait la sœur Marguerite, 85 ans et près de 65 ans de vie religieuse dans différentes villes de Syrie, nous vivions en paix. Comment vivrons-nous demain ?". 

Je pense aussi à Daniel, ce réfugié irakien de Mossoul que j’ai croisé à Erbil, en juillet 2014. À peine avait-il quitté sa maison, quelques heures avant l’arrivée de Daech en ville, que la famille musulmane voisine en prenait possession. Il imagine, évidemment, qu’un jour viendra où il pourra retourner chez lui, une fois défaites les troupes de l’État islamique. Mais comment ces deux familles pourront-elles vivre de nouveau l’une près de l’autre, au quotidien, alors même que, pendant des décennies, elles ont partagé leurs fêtes respectives, elles se sont invitées aux fêtes de famille, se sont rendues visite au moment des fêtes religieuses, et vécu ensemble ? Le premier ennemi de l’État islamique, c’est la concorde, la paix sociale, les relations humaines normales entre les familles, la confiance, la "convivence" en particulier entre les chrétiens et les musulmans. Il ne s’agit pas de mésestimer l’importance des enjeux stratégiques, ni tout le poids que représente ce simulacre d’État que Daech a commencé d’installer entre la Syrie et l’Irak. Il ne faut ni sous-estimer ses moyens et ses projets, ni ignorer que le cœur de cette stratégie est certainement dans le caractère durable de cette implantation. Pour autant, quand bien même le succès de l’État islamique ne durerait pas, ses têtes pensantes auront tout de même réussi à détruire, peut-être définitivement, ce qui fait la richesse de cette région depuis des siècles : la possibilité, même fragile, même parfois cruelle, d’une coexistence presque pacifique entre les musulmans et les chrétiens.

Extrait de "Notre sang vaut moins cher que leur pétrole", de Jean-Frédéric Poisson, publié aux éditions du Rocher, 23 juin 2016. Pour acheter ce livre, cliquez ici

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Gré
- 19/06/2016 - 20:58
On leur apportait soi-disant la démocratie
J'aime bien la déclaration de la religieuse de 85 ans, avant la guerre "nous vivions en paix". C'est-à-dire sous Saddam Hussein. Eh oui, mais celui-ci était un" dictateur" : il fallait donc le déloger. (Et accessoirement mettre la main sur le pétrole)
Marie-E
- 18/06/2016 - 17:58
c'est désolant
mais hélas c'est aussi ce que les juifs ont vécu pendant des siècles sans que cela ne choque personne.
On a toujours dit qu'après les juifs dans les pays arabes, puisque les pays de la Ligue Arabe ont adopté la Charia, ce sera sauf exception le tour des chrétiens.
Les chrétiens d'Orient dans leur majorité se sont rangés du côté des musulmans contre les juifs en croyant être des alliés. Ils n'ont pas compris ce qui se passait.
Aujourd'hui le pays du Proche Orient qui protège le plus les chrétiens, c'est Israël.
Je suis horrifiée de voir ce qui se passe en Syrie et en Irak, (je n'oublie pas les Bahaï persécutés en Iran) contre les chrétiens qui sont établis dans ces pays depuis tellement d'années (bien avant les musulmans) et qui sont chez eux. Mais si on prend leurs biens, c'est qu'on pense les avoir chassé pour toujours et qu'ils ne reviendront jamais.
Quand on pense qu'en Syrie il y avait des villages chrétiens qui parlaient l'araméen et qui priaient dans cette langue qui est celle de Jésus et des juifs de son époque. J'ai très peur pour cette civilisation et pour les chrétiens syriaques qui dépendent de l'église catholique romaine.