En direct
Best of
Best of du 6 au 12 juillet
En direct
© REUTERS / Scott Audette
Embrassons-nous folle ville

Changement de stratégie en vue : abattre Trump, c'est terminé, le parti républicain veut maintenant prendre le contrôle de son cerveau

Publié le 15 mai 2016
Alors que Donald Trump et les ténors du parti républicain se sont écharpés durant une bonne partie de la campagne des primaires, l'investiture quasi-officielle du milliardaire new-yorkais devrait réunifier le camp conservateur vers un objectif fédérateur : la reconquête de la Maison Blanche.
Jean-Eric Branaa est spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l’université Assas-Paris II. Il est chercheur au centre Thucydide et chercheur associé à l’institut l'IRIS. Il est notamment l'auteur de Hillary, une présidente des Etats-Unis ...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Jean-Eric Branaa
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Jean-Eric Branaa est spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l’université Assas-Paris II. Il est chercheur au centre Thucydide et chercheur associé à l’institut l'IRIS. Il est notamment l'auteur de Hillary, une présidente des Etats-Unis ...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Alors que Donald Trump et les ténors du parti républicain se sont écharpés durant une bonne partie de la campagne des primaires, l'investiture quasi-officielle du milliardaire new-yorkais devrait réunifier le camp conservateur vers un objectif fédérateur : la reconquête de la Maison Blanche.

Atlantico : Lors de sa campagne électorale, Donald Trump s'est farouchement opposé à ses rivaux et notamment à l'establishment du parti républicain. Son investiture quasi-officielle va-t-elle permettre au parti de se réconcilier avec le candidat ? Pour quelles raisons ?

Jean-Eric Branaa : On a affaire là à l'un des paradoxes du processus des primaires et des caucus : c’est une période de hautes turbulences. Les Américains ont l’habitude de ces joutes et savent bien que les candidats font tout pour se distinguer les uns des autres, parfois avec une violence extrême et des moyens financiers extravagants, ce qui permet d’exagérer encore le trait. Les candidats ont également le droit au recours de la publicité négative et ils ne s’en privent pas, ou leurs supporters, à travers ce qu’on appelle des comités d’action politique (PAC). Mais tout cela fait partie du processus de sélection. Il ne s’agit cependant pas de diviser mais bien de sélectionner le meilleur, ou réputé comme tel puisqu’il est le gagnant, et de se rassembler autour de lui, même si ce n’est pas toujours évident vu depuis chez nous.

Car les enjeux dépassent largement l’élection du Président : le 8 novembre, les électeurs éliront également les membres du Congrès, mais aussi des milliers d'élus au sein des gouvernements d’État et locaux, dont les législateurs, les gouverneurs et vice-gouverneurs, les intendants, les commissaires de comté, les maires des villes, les conseillers municipaux ou différentes fonctions judiciaires ou d’autres fonctions non-politiques. Cela fera des dizaines de milliers d’élus qui font dès à présent pression pour que le parti se remettent en ordre de marche, quelles que soient les divisions au sommet de la pyramide. C’est pour cela que la rhétorique anti-establishment ne pouvait fonctionner que pendant le temps des primaires au sein du parti (cela n’exclut toutefois pas que Donald Trump pourra encore la décliner contre son adversaire démocrate). Aujourd’hui est venu le temps des retrouvailles et tous sont bien conscients qu’il ne peut en être autrement. Les postures, telles que celles de Paul Ryan, qui demande un peu de temps pour accorder son soutien total, n’y changeront rien. Les opposants, quelle que soit leur notoriété (Mitt Romney, les Bush, Lindsey Graham…) seront mis sur la touche.

Alors que les Républicains ont perdu les deux dernières élections présidentielles face à Barack Obama, la perspective d'une nouvelle victoire démocrate, cette fois avec Hillary Clinton, peut-elle être un puissant vecteur d'unité du camp conservateur ?

Assurément. C’est LE vecteur principal de l’unité et ce sera la raison avancée pour expliquer la rapidité de la réunification qui est en cours. Les discours sont d’ailleurs tous teintés de cette thématique : après la rencontre entre Paul Ryan, le Speaker du Congrès, et Donald Trump, les deux hommes ont évoqué "des points communs forts" et n’ont été capables de n’en citer qu’un seul : précisément celui-là, leur désir de battre Hillary Clinton.

Les Républicains, qui ont vu la victoire présidentielle leur échapper en 2008 et 2012, veulent par-dessus tout ce couronnement cette année. Ils pensent majoritairement avoir été volés au cours des deux scrutins précédents et les élections intermédiaires leur donnent raison, puisqu’ils y ont exercé une domination outrancière à travers tout le pays. C’est donc pour se donner le plus de chances possibles que le rassemblement et l’unité se feront à une vitesse qui va étonner tout le monde. On peut d’ailleurs voir qu’en deux jours à peine, tous les grands leaders, ou presque, s’étaient déjà rangés du côté de Donald Trump ; dès le 5 mai on ne parlait plus du tout de Cruz ou de Kasich ; le 11 il était reçu en chef de parti au Congrès. Serein, il va reprendre sa marche vers les 1237 délégués qui lui donneront définitivement la stature de leader des Républicains, en réservant tous ses coups à une cible unique qui, désormais, est dans le camp adverse.

Certains ténors du parti républicain ont-ils encore du mal à admettre la victoire de Donald Trump ? Pourraient-ils chercher à lui mettre des bâtons dans les roues d'ici le scrutin de novembre ?

Bien entendu, cette victoire est une surprise totale pour tout le monde, y compris pour les caciques du parti qui n’auraient pas joué un cent sur ce résultat. Mitt Romney a d’ailleurs été très actif depuis deux mois pour empêcher que cela n’arrive. Son discours a été qualifié de malheureux par quasiment tous les analystes et n’a, au fond, servi qu’à solidifier encore davantage la base de Donald Trump qui y a vu une volonté désespérée de l’establishment de leur voler leur choix. Il se passe quelque chose qui dépasse les schémas classiques : la dynamique est du côté d’un Trump qui a trouvé les mots pour ramener vers les urnes une population qui ne votait plus depuis longtemps.

En parallèle, il y a chez certains commentateurs une tendance à retomber sans cesse dans la théorie du complot et on voit ici ou là s’échafauder des hypothèses sur une possible troisième voie, avec un candidat républicain "acceptable" qui partirait en indépendant. Tout cela n’a aucun sens dans un contexte américain puisque le vote est un vote indirect, Etat par Etat (à travers un système qui s’appelle le collège électoral) et qui est notamment justement pensé pour court-circuiter ce genre d’initiative. Ceux qu’il convenait d’écarter pour permettre le rassemblement de la famille politique le savent bien et se sont donc eux-mêmes mis hors-jeu, avec plus ou moins de fracas, comme notamment Mitt Romney ou la famille Bush.

En réalité, tout est désormais en place pour que Trump se présente sur la rampe de lancement. Même certains opposants connus mettent de l’eau dans leur vin, tel John McCain ou Dennis Hastert. Au cours du prochain mois, tous les élus qui briguent à nouveau un poste feront allégeance ou se rendront très discrets, pour ceux dont la situation personnelle leur permet d’être réélu sans appui ou dans le cas où un soutien de Donald Trump pourrait leur coûter la victoire en raison de circonstances locales spécifiques (circonscription très marquée par les Hispaniques, par exemple, etc.).

Dans quelle mesure peut-on imaginer que les swing states, ces Etats cruciaux qui détermineront le résultat de l'élection, seront le théâtre de l'unité retrouvée du parti républicain ?

La dramatisation de la campagne sera bien évidemment extrême dans les swings states. Les responsables du Parti républicain savent qu’ils ne peuvent présenter une image de division dans aucun de ces Etats, encore moins qu’ailleurs. Partout où les combats électoraux seront serrés, on aura donc une apparente unité totale des troupes : Paul Ryan n’a aucune alternative au rapprochement avec Donald Trump, s’il veut préserver son avenir politique et même son poste. C’est une évidence que Scott Walker déteste le milliardaire de New York, à qui il doit ces attaques extrêmement violentes qui lui ont fait quitter la campagne. Mais comment imaginer qu’il ne soit pas en première ligne pour lui permettre de gagner cet Etat et peut-être la présidence ? De la même façon, comment comprendrait-on dans le pays que John Kasich ne dépense pas toute son énergie pour que son Etat ne tombe pas aux mains des Démocrates ? Et quid de Rob Portman, toujours dans l’Ohio, ou de Marco Rubio en Floride ? Wisconsin, Ohio, Pennsylvanie, Virginie, Caroline du Nord et Floride sont les Etats où l’unité est donc obligatoire. Elle est également très fortement nécessaire aussi pour conserver ou gagner des Etats de l’Ouest, comme le Colorado ou l’Arizona. Ailleurs, on fera ce qu’on pourra…

Propos recueillis par Benjamin Jeanjean

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.

Si vous pensiez que la dette américaine détenue par la Chine met Washington à la merci de Pékin, ce graphique pourrait vous surprendre

02.

Les trois (fausses) excuses de Macron pour ne pas mettre en œuvre son programme de réduction de dépenses publiques

03.

Un Rugy de perdu, 10 populistes de retrouvés ? Quand les opérations mains propres ne produisent pas la vertu escomptée

04.

A ses ralliés, la République (En marche) pas reconnaissante

05.

Safari des gérants du Super U : pourquoi leur cas est bien plus défendable qu’il n’y paraît d’un point de vue environnemental

06.

Quand Nelson Mandela rejoignait Johnny Clegg sur scène

07.

Intégration sensible : le cas particulier des immigrés d’origine algérienne ou turque

01.

Céline Dion envoie DEUX stylistes à l’hosto; Nabilla veut de grandes études pour son bébé; Elizabeth II recueille une milliardaire en fuite; Laeticia Hallyday humiliée à Saint-Tropez; Cyril Hanouna achète à Miami, François H. & Julie Gayet à Montsouris

02.

Immigration : quand la vérité des chiffres émerge peu à peu

03.

Auriez vous le brevet des collèges ou... signé une pétition car les épreuves étaient trop difficiles ?

04.

Safari des gérants du Super U : pourquoi leur cas est bien plus défendable qu’il n’y paraît d’un point de vue environnemental

05.

Ces cinq erreurs de politiques publiques qui coûtent incomparablement plus cher à la France que quelques dîners au luxe malvenu

06.

Ces 6 questions que soulèvent les révélations sur François de Rugy et qui en disent long sur le niveau de dysfonctionnement politique et économique de notre pays

01.

Greta Thunberg à l’Assemblée nationale : le révélateur de la faiblesse des écologistes politiques ?

02.

Immigration : quand la vérité des chiffres émerge peu à peu

03.

Ces cinq erreurs de politiques publiques qui coûtent incomparablement plus cher à la France que quelques dîners au luxe malvenu

04.

L’humanité a-t-elle atteint son pic d’intelligence ?

05.

Et toute honte bue, François de Rugy limogea sa chef de cabinet…

06.

François de Rugy, le bouc émissaire dont la mise à mort inquiète le monde de l’entreprise

Commentaires (5)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
jurgio
- 15/05/2016 - 21:23
On demande un boxeur qui cogne !
Non un boxeur qui tourne autour du ring en attendant la cloche. Un coup de pied dans la fourmilière suffirait. Faire éclater l'ineptie et l'inintelligence politiques et étatiques qui, après l'Europe, ont gagné les États-Unis. Clinton représenterait toute la nullité du pouvoir.
Liberte5
- 15/05/2016 - 19:33
Bonne et pertinente analyse.
Seul D. Trump peut gagner contre H. Clinton. Tous les républicains seront , pour tout un tas de raisons, derrière D. Trump. Mitt Romney aurait eu intérêt à ne pas se manifester au regard de la campagne piteuse qu'il a fait contre B. Obama, alors qu'il aurait avec une campagne plus vigoureuse, gagner en 2012.D. Trump a tous les atouts en main pour gagner en Novembre contre H. Clinton qui traîne plusieurs casseroles. Il pourra aussi mettre en lumière le bilan désastreux de B. Obama:la dette des USA a doublée en 7 ans, le nombre de pauvres à augmenté de 20%, 11 millions d'illégaux sont sur le territoire et tous loin de là ne travaillent pas. B. Obama comme tout bon socialiste a créé de la misère. C'est bien pour cela que D. Trump a eu un soutien massif.
Anguerrand
- 15/05/2016 - 19:32
A Cloette
Bien sûr qu'elle ne fera pas ce qu'elle veut , Philippot est là pour ça, c'est bien lui qui a fait du FN une sorte de FDG avec peut être la minimisation de l'immigration mais comment meme avec la fermeture des frontieres, les immigrés les détournent. Les réalités économiques seront là pour la rappeler à la realité et elle ne pourra pas faire ce qu'elle veut....à moins d'augmenter les impots car elle ne parle pas d'économies seulement de dépenses comme le presigland.