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Laurent Solly à TF1 : l’histoire d’une ascension contrariée
Publié le 20 mars 2016
Une enquête dans les coulisses de TF1, qui, selon les auteurs, est devenue une chaîne comme les autres, faute de ne pas s'être assez transformée pour s'adapter au nouvel ordre audiovisuel. Extrait de "TF1 - Coulisses, secrets et guerres internes" d'Aude Dassonville et Jamal Henni, éditions Flammarion 2/2
Aude Dassonville est journaliste spécialisée des questions audiovisuelles. Elle travaille depuis 2011 à Télérama, où elle écrit sur les programmes et l'actualité de la radio.
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Jamal Henni est journaliste. Il a écrit sur les médias, la culture et le high-tech. A ce titre, il s'intéresse à TF1 depuis 2007. Il travaille depuis 2012 à BFM Business.
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Une enquête dans les coulisses de TF1, qui, selon les auteurs, est devenue une chaîne comme les autres, faute de ne pas s'être assez transformée pour s'adapter au nouvel ordre audiovisuel. Extrait de "TF1 - Coulisses, secrets et guerres internes" d'Aude Dassonville et Jamal Henni, éditions Flammarion 2/2

Last but not least, il nous faut raconter l’aventure vécue par Laurent Solly 2 qui, contrairement à Axel Duroux, avait peut- être en tête l’adage qui veut que « patience et longueur de temps font plus que force ni que rage »… – sauf qu’à TF1,on n’a que faire de Jean de La Fontaine. Cet énarque aura été le plus résistant. Au total, il a tenu six ans, exerçant diverses responsabilités : directeur des achats, patron des chaînes thématiques, et enfin numéro deux de la régie publicitaire. L’arrivée en 2007 du chef de cabinet de Nicolas Sarkozy avait été imposée par Martin Bouygues, à la grande fureur de Nonce Paolini. 

Car l’ambitieux Solly avait un objectif simple : devenir calife à la place du calife. L’idée n’était pas si folle, aucun candidat à la succession de Nonce ne se détachant en interne ; le PDG, en outre, avait bien pris soin de n’en désigner aucun. Solly était donc allé tâter le terrain du côté de Martin Bouygues, espérant lui arracher la promesse d’être celui-là… Bien tenté. Mais raté. D’autant que cette ambition un peu trop voyante lui avait valu de se mettre les autres directeurs à dos. Ses équipes s’épuisaient en résolutions de conflits internes : c’était à qui trouverait un moyen de ralentir les projets qu’il portait ! En 2012, Nonce Paoloni enterra lui-même un projet de mini-bouquet de télévision par satellite sur lequel Solly avait travaillé pendant des mois. Et ce n’était pas pour des raisons d’argent : le projet ne coûtait même pas un million d’euros !

Laurent Solly jettera l’éponge en 2013, suite à une triple contrariété. Une première fois en effet, il avait espéré parvenir à ses fins sur la base d’un plan simple : Nicolas Sarkozy réélu, Martin Bouygues ne pourrait rien lui refuser. Caramba ! Préférant François Hollande, les Français en ont décidé autrement. Nonce Paolini en a-t-il profité pour programmer, l’air de ne pas y toucher, la mise à feu du fauteuil éjectable de l’ambitieux ? Toujours est-il qu’en janvier 2013, il met en place un comité exécutif resserré de huit membres dont ce cher homme pressé ne fait pas partie. Ouille !

Simultanément, Nonce Paolini obtient la prolongation de son mandat de PDG jusqu’en mars 2016. Re-ouille : l’opération agit comme un vrai couperet pour notre énarque, qui se met logiquement à regarder si l’herbe n’est pas plus verte ailleurs. Hasard ou coïncidence (ou piège ?), le patron lui propose alors une promotion : passer de numéro deux à numéro un de la régie publicitaire en prenant la succession de l’emblé- matique Martine Hollinger lors de son prochain départ à la retraite. Solly tarde à manifester sa joie. Il demande à consulter Martin Bouygues (une fois de plus), ce qui achève d’énerver Nonce. En fait, il est déjà en train de négocier son recrutement chez Facebook.

Le dernier acte se joue le 25 avril 2013, avenue Hoche, au siège de Bouygues – une adresse que Martin affectionne bien davantage que celle de Challenger, fief historique du groupe, installé au milieu des champs dans les Yvelines. Un séminaire y réunit toutes les huiles de la Une, qui doivent chacune exposer leur travail et projets. Solly a déjà signé chez Facebook, mais ne s’en est ouvert à personne. Quand il prend la parole, il est le seul à savoir qu’il livre son testament. Alors il se lâche, critiquant la Une et son conservatisme. Paolini tousse, s’étrangle, interrompt l’effronté, le contredit. Jusqu’à ce qu’une alerte du Point fasse vibrer et s’allumer les smartphones de l’assemblée qui apprend, stupéfaite, que salut la compagnie, Solly devient patron de Facebook France ! Aussi interloqué que les autres, Nonce demande une explication en privé. Mais tout est consommé. Une salariée de la régie se souvient d’un départ brutal : « L’annonce a eu lieu le jeudi matin, mais Solly n’est revenu que le lundi. Il a pris ses affaires et il est parti sans un mot pour personne. Qu’il aille chez Facebook nous a fait rire, parce que trois mois avant il n’avait même pas de compte. » Faut-il qu’il ait été malheureux pour avoir accepté un poste comme celui-là ! Car on dira ce qu’on voudra : « directeur général de Facebook France », cela fait joli sur une carte de visite. C’est bien payé, mais la filiale emploie moins de trente personnes, et ne dispose d’aucun pouvoir décisionnaire, se contentant d’exécuter la stratégie décidée en Californie…

Extrait de "TF1 - Coulisses, secrets et guerres internes d'Aude Dassonville et Jamal Henni, publié aux éditions Flammarion, mars 2016. Pour acheter ce livre cliquez ici

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