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Helen Pearson : "L'étude que nous avons menée sur 70 ans a montré que les personnes nées en 1970 ont des revenus beaucoup plus bas que leurs parents ou que celles nées en 1958"

Publié le 06 mars 2016
Alors qu'une étude sociologique d'une ampleur sans précédent menée depuis 1946 au Royaume-Uni a beaucoup fait parler ces derniers jours de l'autre côté de la Manche, l'auteur de l'ouvrage retraçant ce travail gigantesque revient sur la méthodologie et les résultats de cette enquête au long cours.
Helen Pearson
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Helen Pearson est journaliste et éditrice pour le média scientique Nature, et auteur de The Life Project : The extraordinary story of our ordinary lives, publié en mars 2016 (Allen Lane).
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Alors qu'une étude sociologique d'une ampleur sans précédent menée depuis 1946 au Royaume-Uni a beaucoup fait parler ces derniers jours de l'autre côté de la Manche, l'auteur de l'ouvrage retraçant ce travail gigantesque revient sur la méthodologie et les résultats de cette enquête au long cours.

Le sujet d'étude de votre livre, "Life project" a connu une large audience outre-Manche. En quoi cette étude sociologique est innovante et exceptionnelle dans sa méthode et ses résultats ?

Helen Pearson : En mars 1946, des scientifiques britanniques ont recensé l’ensemble des bébés nés en Angleterre au cours de la même semaine. Ils ont suivi plusieurs milliers d’entre eux au cours de leurs vies. Ces personnes, qui vont fêter cette semaine leurs 70 ans, ont fait l’objet de l’étude sociologique sur le développement humain la plus détaillée et aboutie jamais parue jusqu’alors. La réussite de cette étude a été telle que des chercheurs ont répété l’exercice et ont suivi à leur tour des milliers de bébés nés en 1958, en 1970, aux débuts des années 90 et enfin aux débuts des années 2000. Au total, 70 000 personnes à travers 5 générations ont été suivies. Aucun pays au monde ne s’est lancé dans ce type de projet qui analyse l’évolution sociale des personnes d’une même génération. Pourtant, si cette étude a suscité l’intérêt chez des scientifiques du monde entier, elle reste cantonnée au petit cercle de chercheurs qui ont mené ce travail et au final peu connue du grand public. Je suis journaliste pour le journal scientifique Nature. Au cours de ces cinq dernières années, j’ai profité de mon temps libre pour me pencher sur ces études et réaliser des entretiens avec plus de 150 scientifiques et membres des comités. L’identité des personnes suivies reste confidentielle mais j’ai pu discuter avec quelques-unes d’entre elles. Ces études ont été menées par un groupe d’hommes et de femmes baroques, ne disposant que de peu de moyens. Lorsque des scientifiques font des choses aussi simples que de regarder les individus vivre et essayent de comprendre pourquoi nous suivons différents chemins, des choses incroyables surviennent. Ce genre d’études effectuées sur le long terme recèle une mine d’informations parce qu’elles permettent aux chercheurs d’établir des rapports entre des évènements fixés dans le temps comme la classe sociale de naissance d’un individu et des données de développement humain qui apparaissent plus tard comme la santé, le niveau de vie et le degré de bonheur. Et les résultats sont surprenants.

Des centaines de milliers d’informations ont été récoltées grâce au nombre incroyable de questionnaires, de données numériques, d’échantillons d’ADN, d’empreintes digitales, de dents de laits, de cordons ombilicaux… Tous ces précieux éléments sont soigneusement conservés. L’ensemble de ces archives suit dans le détail la vie de nombreux citoyens anglais ordinaires, qui ont traversé, depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, toute la seconde moitié du XXème siècle. Et les enseignements que l’on peut en tirer sont considérables. Les résultats ont fait l’objet de 6000 livres et études scientifiques, ont inspiré des mesures concernant la politique de la santé sur la maternité et la natalité, l’école et l’éducation, la mobilité sociale, et ils ont amélioré la compréhension du développement du fœtus, des maladies chroniques, de la vieillesse et de la mort.

En quoi est-ce plus difficile pour les enfants d’aujourd’hui d'améliorer leurs conditions de vie par rapport à leurs parents, et ainsi de profiter de l’ascenseur social ?

Des économistes ont démonté que la mobilité sociale en Angleterre a stagné au cours des années 2000. Ils sont arrivés à ce constat en comparant le revenu des parents avec celui de leurs enfants et ont essayé de voir si les mêmes familles étaient toujours en bas de l’échelle sociale ou pas. Les résultats ont jeté un pavé dans la mare. On découvre alors que les enfants nés en 1970 avaient des revenus beaucoup plus bas que ceux de leurs parents et que de ceux qui sont nés en 1958. Pour les enfants issus de la génération des années 70, il est devenu plus difficile d’échapper à leur milieu social. Et la pauvreté ressemble à un sparadrap qui vous colle à la peau. Ce constat a suscité un débat important au sein de la communauté scientifique qui est d’ailleurs toujours d’actualité et eu un impact sur les politiques publiques. Ce constat sur l’essoufflement de la mobilité sociale est tombé à un moment opportun, pile au moment du débat sur les inégalités. Il a donc été facilement compris par l’opinion publique et a pu inciter les politiques à améliorer la lutte pour l’égalité des chances et la mobilité sociale. Cependant, même s’il n’est pas certain que cette stagnation de la mobilité sociale se prolonge au-delà des années 1970 et touche la génération née après, les études montrent que les inégalités persistent à chaque génération. Les niveaux de vie ont beaucoup augmenté et peu d’enfants se retrouvent dans la même situation que les enfants en 1946 où les familles pauvres vivaient avec quelques shillings par semaine dans des taudis où il n’y avait pas d’eau courante et où les toilettes étaient à l’extérieur. Si la situation n’est en effet pas comparable, il reste que la pauvreté est un immense problème et les enfants nés dans des milieux défavorisés ont plus tendance à avoir un parcours de vie plus difficile que les autres. Toutes ces études révèlent ce fait. Ces enfants nés dans un milieu défavorisé et précaire ont plus tendance à connaître l’échec scolaire, des difficultés à décrocher un travail, et sont plus facilement victimes de maladies.

Mais ces études limitent cependant le déterminisme social en montrant également que toutes les personnes qui partent avec des difficultés dans la vie peuvent s’en sortir. En effet, ces études ont mis en évidence l’importance de l’intérêt des parents et de l’implication des enfants notamment lors des premières années et montrent que c’est en étant impliqués que les parents peuvent compenser, mais non éliminer, les handicaps de départ. Une étude réalisée en 2006 portait sur les handicaps qui empêchaient les enfants nés en 1970 de réussir leurs études et montrait que l’engagement des parents surtout au tout début est majeur. Les enfants qui ont des parents qui leur lisent des histoires lorsqu’ils ont 5 ans et veillent à leurs études lorsqu’ils rentrent au collège sont moins susceptibles d’échouer socialement à 30 ans.

>>>> A lire aussi : 1946-2016, l'étude choc qui confirme qu'en termes d'amélioration des conditions de vie et de mobilité sociale, c'était mieux avant

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Commentaires (1)
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Olivier62
- 07/03/2016 - 10:32
Le cap de1975
Le niveau de vie a augmenté en gros jusqu'en 1975, date à partir de laquelle il a stagné, puis a ensuite décliné.
A l'époque un ouvrier ou un technicien supérieur pouvait en début de carrière acheter son logement et faire vivre sa famille, même si son épouse ne travaillait pas. Maintenant même à deux ils ne vont pas y arriver, ou difficilement.
En fait les revenus des femmes qui se sont mises à travailler à totalement été confisqué par le système par le jeu de l'augmentation du coût de l'immobilier, qui en France a augmenté de plus du double en terme de pouvoir d'achat.
Mais bon, les français sont contents comme ça; cocus, battus et contents, ils en redemandent et revoteront pour la même clique aux prochaines élections.