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Si, M. Chanee, l’huile de palme responsable, ne vous en déplaise, ça existe

Publié le 19 février 2016
Dans une longue interview accordée au journal Libération, Aurélien Brulé alias Chanee, de l’association « Kalaweit », après avoir dressé un tableau fait de généralisations trompeuses, d’erreurs factuelles et de contradictions en appelle les lecteurs à boycotter l’huile de palme. Pierre Bois D’Enghien défend la filière huile de palme contre les accusations formulées dans le texte.
Pierre Bois D’Enghien est ingénieur agronome des régions tropicales, spécialiste de l'Environnement et est auditeur RSPO.
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Dans une longue interview accordée au journal Libération, Aurélien Brulé alias Chanee, de l’association « Kalaweit », après avoir dressé un tableau fait de généralisations trompeuses, d’erreurs factuelles et de contradictions en appelle les lecteurs à boycotter l’huile de palme. Pierre Bois D’Enghien défend la filière huile de palme contre les accusations formulées dans le texte.

Pourquoi Chanee s’oppose-t-il à l’huile de palme responsable ?

Dans une longue interview accordée au journal Libération, Aurélien Brulé alias Chanee, de l’association « Kalaweit », après avoir dressé un tableau fait de généralisations trompeuses, d’erreurs factuelles et de contradictions en appelle les lecteurs à boycotter l’huile de palme. En tant qu’auditeur principal RSPO, présent sur les plantations depuis plus de vingt années maintenant, j’ai voulu répondre à ce papier pour que les consommateurs puissent se faire leur propre avis sur ce sujet controversé qu’est l’huile de palme.

A chaque pays sa culture de l’huile de palme

Basé en Indonésie, Chanee, s’appuie sur son expérience personnelle et plus particulièrement sur les faits qu’il a constaté dans certaines plantations autour de lui. Mais il devrait savoir que le palmier à huile est cultivé dans plus de 30 autres pays !

Par conséquent, comment peut-il s’appuyer sur un seul exemple pour nous expliquer « la culture de l’huile de palme » ? Sait-il que, dans le monde, ce sont plus de 3 millions de petits paysans qui travaillent et vivent de l’huile de palme ? Que vont penser les petits producteurs africains qui développent leurs plantations sur des terres inoccupées et n’ont à faire ni à la même faune, ni à la même flore et n’ont pas les mêmes pratiques que les Indonésiens ?

A cela s’ajoute le fait que la plupart des pays producteurs disposent de législations environnementales qui limitent drastiquement toute déforestation, interdisent le brûlage et imposent de protéger les forêts ripariennes ; de plus, plusieurs pays producteurs ont développé leur propre référentiel en matière de durabilité (comme le MSPO, Malaysian Sustainable Palm Oil), d’autres disposent de leur interprétation nationale des principes et critères RSPO pour mettre en place des filières responsables.

Mais nous reviendrons sur ce problème plus tard, pour l’instant il apparaît clairement que nous ne pouvons nous appuyer sur l’expérience vécue par un seul individu pour dépeindre un portrait général de la culture de l’huile de palme.

Non l’huile de palme n’est pas la première cause de déforestation

A lire l’interview de Chanee on comprend que la culture de l’huile de palme est la première cause de déforestation. Déjà on remarquera qu’il ne s’appuie sur aucune donnée chiffrée. Il aurait pourtant été essentiel de rappeler que le palmier à huile a besoin de 5 à 10 fois moins de superficie qu’une autre culture oléagineuse. De ce fait, pour une même production en huile végétale, les petits producteurs  préservent davantage d’espaces naturels et donc de biodiversité. Ensuite il suffit de se rendre sur une plantation pour constater que c’est loin d’être un désert de biodiversité comme voudrait nous le faire croire Chanee. On y trouve toutes sortes d’animaux et de plantes. C’est un habitat pour des dizaines d’espèces végétales et animales. D’ailleurs il est totalement faux de faire croire que la couverture forestière a diminué à la suite du développement des plantations d’huile de palme. En effet, l’ouvrage qui fait référence en la matière est le « Global Forest Resources Assessment 2015 »de la FAO. Or la dernière édition montre que dans un pays comme la Malaisie qui est l’un des premiers producteurs d’huile de palme au monde, la forêt représente 22.195.000 hectares soit 67,6 % de la superficie du territoire. Fait remarquable entre 2010 et 2015, le pays a gagné plus de 14.000ha / année. Ajoutons à cela que la forêt primaire représente 5.041.000 ha, soit 22,7 % de la superficie forestière totale. Si la filière huile de palme était l’une des premières causes de la déforestation, un des deux premiers producteurs au monde ne pourrait avoir une telle couverture forestière si bien conservée. Chanee devra mieux se documenter pour sa prochaine interview.

Pourquoi ne pas vouloir améliorer une filière industrielle ?

Le principe même de tout process industriel c’est qu’il est perfectible. Quelle que soit l’industrie, il y a des normes qualités et les acteurs travaillent durement pour améliorer celles-ci. La filière huile de palme n’échappe pas à cette règle. Bien au contraire, elle est une des seules filières oléagineuses à avoir mis en place un référentiel pour améliorer son mode de production. C’est la certification RSPO dont nous avons déjà brièvement parlé. Comment Chanee peut-il se permettre d’affirmer : « Encore une fois, la RSPO ne nous aide pas ». Faut-il lui rappeler que la table ronde pour le développement durable de l’huile de palme réunit autour des industriels plus de 30 ONGs environnementalistes, telles que « Conservation International », « Fauna & Flora International » et d’autres ONGs spécialisées dans la protection des primates ? Je ne doute pas un instant que ces dernières seraient ravies d’apprendre que leur travail ne sert à rien. Mon métier consiste justement à me rendre dans les plantations pour vérifier que les règles promulguées par le cahier des charges de la filière sont respectées. Au lieu de reconnaître ce travail, Chanee appelle les lecteurs à lui verser des fonds pour racheter des terrains et les consommateurs à boycotter l’huile de palme. Ne vaudrait-il pas mieux qu’il utilise son accès aux médias et sa popularité pour en appeler les autorités à s’engager davantage pour la filière RSPO et sensibiliser les petits planteurs ? Nous pensons que ce genre d’action serait beaucoup plus utile et lui permettrait de sortir de cette position contradictoire : je critique l’industrie de l’huile de palme, mais je ne veux pas qu’elle puisse s’améliorer. A moins que cette posture ne soit voulue ?

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brennec
- 19/02/2016 - 12:56
Il y a partout des intérets.
L'auteur ne répond pas a la question que lui pose l'interviewer sur les motivations de chanee pour attaquer ainsi la production d'huile de palme. Il est assez bizarre que l'ère du soupçon systématique s'applique sans faille a l'industrie et jamais aux particuliers ou associations que l'on voit régulièrement publier des 'études' scientifiquement inadaptées ou carrément trafiquées, comme s'il n'y avait pas d'intérets en jeu.