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Rencontre de Doha

Entente russo-saoudienne sur le pétrole : le dernier clou dans le cercueil de l’Opep ?

Publié le 19 février 2016
Quatre des plus importants pays producteurs de pétrole, l'Arabie saoudite, le Qatar, la Russie et le Venezuela, se sont mis d'accord pour geler la production au niveau de celle de janvier. Une décision qui montre la fin opérationnelle de l'Opep, et qui ne sera pas sans conséquences pour le théâtre d'opérations au Moyen-Orient.
Stephan Silvestre est ingénieur en optique physique et docteur en sciences économiques. Il est professeur à la Paris School of Business, membre de la chaire des risques énergétiques.Il est le co-auteur de Perspectives énergétiques (2013, Ellipses) et de...
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Stephan Silvestre
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Quatre des plus importants pays producteurs de pétrole, l'Arabie saoudite, le Qatar, la Russie et le Venezuela, se sont mis d'accord pour geler la production au niveau de celle de janvier. Une décision qui montre la fin opérationnelle de l'Opep, et qui ne sera pas sans conséquences pour le théâtre d'opérations au Moyen-Orient.

Atlantico : dans quelle mesure le fait de négocier des accords avec la Russie, qui n'est pas membre de l'Opep, remet-il en question le bien-fondé de l'organisation ?

Stephan Silvestre : Pour le moment, il s’agit davantage d’une déclaration d’intention que d’un accord. Les quatre pays qui se sont réunis « souhaitent » un gel de la production pour stabiliser les prix. Mais ce vœu est soumis à la condition que d’autres grands producteurs, en clair l’Iran et l’Irak acceptent de suivre. En effet, si ces quatre producteurs contingentaient seuls leurs productions, nul doute que les autres s’empresseraient de prendre leur place sur le marché et les prix ne remonteraient pas. La partie n’est donc pas encore gagnée car, à ce jour, les pays de la sphère chiite refusent de se plier aux exigences des sunnites. En théorie, l’Opep a donc encore un rôle à jouer : celui de faire appliquer cet accord à tous ses membres. Mais en pratique, le cartel est inopérant depuis décembre dernier. On observe que les tensions géopolitiques entre ses membres l’emportent sur la logique d’entente économique. 

A l'origine, l'Opep avait pour objectif de reprendre le contrôle sur le marché du pétrole, notamment contre les compagnies étrangères. D'un point de vue empirique, comment l'Opep a-t-elle pour habitude d'intervenir sur les questions de politique internationale ? Quel degré d'importance le pétrole a-t-il pris en terme de diplomatie ?

 

L’Opep a toujours été une organisation politique, au sens où, à l’instar d’autres organismes internationaux, elle réunit des États qui ont un objectif politique commun, contrairement à des lobbies ou des cartels commerciaux qui allient des compagnies privées. Ainsi, dès son origine, elle a pris des positions politiques, à commencer par l’embargo envers les pays occidentaux en représailles à la guerre du Kippour en 1973. Le refus d’intervenir pour faire remonter les cours lors des guerres d’Irak était encore un choix politique. Mais le contexte a bien changé : durant la Guerre Froide, l’Opep était un outil aux mains des pays émergeants pour lutter contre leurs anciennes puissances colonisatrices. Aujourd’hui, la situation est tout autre : ce sont les membres de l’Opep qui s’opposent entre eux, avec divers soutiens, pour tenter d’augmenter leur influence. De plus, certains de leurs principaux clients sont aussi des émergents et ils ne veulent pas de cours trop élevés. L’Opep ne peut donc plus se servir de l’arme du prix pour punir l’Occident, sans froisser au passage la Chine et l’Inde. 

Saoudiens et Russes s'opposent indirectement dans le conflit syrien, en soutenant le front sunnite pour le premier et l'axe chiite pour le second. Si un accord aboutissait entre ces pays de l'Opep et la Russie, comment leurs positions ou leurs interventions pourraient-elles évoluer ?

 

Il s’agit là du point épineux entre les parties. En principe, un accord pétrolier auquel toutes les parties ont intérêt pourrait se suffire. Mais il est bien évident que lorsque l’Arabie Saoudite vient demander à Moscou de limiter sa production, Poutine ne saurait se satisfaire d’une présence saoudienne sur le sol syrien. En réalité, la présence saoudienne a, jusqu’à présent, été surtout verbale et ce ne sont pas les soldats saoudiens qui perturbent les opérations russes. Mais les prochains mois seront certainement marqués par une grande discrétion saoudienne sur la question syrienne et il est peu probable que l’on voit les forces spéciales saoudiennes intervenir sur le terrain. 

Une position commune entre la Russie et les pays de l'Opep pourrait-il fragiliser les Etats-Unis ?

Certainement pas. Sur le plan strictement pétrolier, les États-Unis cherchent à augmenter leur production et visent l’autonomie. Une limitation de la production saoudienne et russe leur rendrait même service ! De plus, des cours plus élevés ne les desserviraient pas puisqu’ils permettraient de relancer les investissements gelés sur les champs de pétrole de schiste. Quant aux prix à la pompe, ils ne sont pas si critiques dans un pays aussi riche. Sur le plan géopolitique, la stratégie américaine est bien établie et cette fantaisie diplomatique n’en est qu’une conséquence marginale. Les États-Unis cherchent à se libérer de leur dépendance diplomatique à Riyad depuis un moment afin de pouvoir intervenir librement contre les groupes terroristes issus de la sphère sunnite. Dans le même temps, ils se rapprochent progressivement de Téhéran afin de garder un pied dans la région et recomposer leurs alliances sur de nouvelles bases. Bien sûr, les Américains continueront de suivre ce 

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