En direct
Best of
Best of du 13 au 19 juillet
En direct
© Reuters
Fleur Pellerin, ex-ministre de la Culture.
Gentleman

Ejection de Fleur Pellerin : François Hollande ou l’inélégance normalisée

Publié le 13 février 2016
Ministre du 26 août 2014 au 11 février 2016, Fleur Pellerin fait partie des "remerciées" du dernier remaniement du quinquennat de François Hollande. La jeune femme n'était, certes, pas la meilleure ministre de la Culture qui soit, mais une fois de plus notre Président manque de style.
Eloïse Lenesley est journaliste. Elle collabore notamment à Causeur et FigaroVox. 
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Eloïse Lenesley
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Eloïse Lenesley est journaliste. Elle collabore notamment à Causeur et FigaroVox. 
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Ministre du 26 août 2014 au 11 février 2016, Fleur Pellerin fait partie des "remerciées" du dernier remaniement du quinquennat de François Hollande. La jeune femme n'était, certes, pas la meilleure ministre de la Culture qui soit, mais une fois de plus notre Président manque de style.

La mise en pénitence de Fleur Pellerin, écartée sans ménagement du ministère de la Culture, aura fourni une nouvelle démonstration, s’il en était encore besoin, de l’inélégance de notre Président au comportement prétendument "exemplaire", en particulier à l’égard de la gent féminine. Certes, la locataire de la rue de Valois était une stakhanoviste des bourdes médiatiques. Quelques semaines après sa nomination, la voyait-on sur Twitter se réjouir du prix Nobel décerné à Patrick Modiano et témoigner de sa "profonde admiration"  pour son "œuvre si justement récompensée"... avant de se révéler incapable de citer un titre de l’auteur et de confesser sur Canal+ n’avoir lu aucun livre depuis deux ans. Ses thuriféraires saluèrent sa franchise, ses contempteurs fustigèrent la désinvolture d’une ministre qui ne prend même pas la peine de potasser ses fiches pour camoufler ses lacunes.

Visiblement plus sensible à l’art contemporain (il est vrai, davantage lucratif que les grands écrivains), la voilà qui  distribue dans la foulée du point Goldwin aux saboteurs de l’œuvre "d’art" gonflée et gonflante de McCarthy érigée place Vendôme : "Curieux... On dirait que certains soutiendraient volontiers le retour d'une définition officielle de l'art dégénéré", réagit-elle à nouveau sur Twitter. Excusez du peu. Elle brille, en revanche, par son silence lors de la polémique honteuse touchant le compositeur Henri Dutilleux, pour lequel la mairie de Paris refuse, dans un premier temps, une plaque commémorative, au prétexte d’accusations fantaisistes de collaboration sous Vichy. Sa gestion balourde de l’affaire Agnès Saal, taxicomane convulsive, recasée à son ministère après avoir été limogée de l’INA, froisse l’opinion. Plus récemment, ses tergiversations face aux classifications contestées de films tels que "La Vie d’Adèle", "Salafistes" ou "Les Huit Salopards" laissent à croire qu’elle se soucie davantage de caresser le microcosme artistique dans le sens du poil plutôt que de s’interroger sur le bien-fondé de la démarche. Quels que soient l’antipathie que puisse inspirer l’association traditionaliste Promouvoir, à l’origine des plaintes, et l’engouement que puisse susciter le cinéma de Quentin Tarantino, force est de constater que "Les Huit Salopards" comporte des scènes extrêmement violentes, qu’il fait l’objet d’interdictions aux moins de 16, 17 ou 18 ans dans de nombreux pays, mais seulement aux moins de 12 ans en France. Une ministre de la Culture digne de ce nom ne peut se contenter de rétorquer : "J'ai la mission bien sûr de protéger les mineurs, la jeunesse, contre des images de trop grande violence ou de pornographie mais mon sujet principal, c'est bien de défendre la création." On ne voit pas en quoi l’un empêcherait l’autre. Certaines œuvres sont destinées à tous les publics, d’autres non.

Plus injustes sont les quolibets dont elle fut la cible après un reportage du Petit Journal tourné dans son bureau, où elle apparaissait entourée de cadeaux non déballés et de matériel audiovisuel dont elle ignorait tout du fonctionnement. Et après ? Jusqu’à preuve du contraire, elle n’était pas là pour regarder la télévision ou écouter de la musique.

Cette accumulation de maladresses, voire de légèreté, ne justifiait toutefois en rien qu’elle fût congédiée comme une domestique, prévenue une heure avant son éviction alors que François Hollande lui avait assuré quelques jours plus tôt être satisfait de son travail. On se dit que Fleur Pellerin paye son arrogance. Celle d’une donzelle un peu hautaine, qui, à peine parachutée secrétaire d’État au Commerce extérieur, se plaignait de ses bureaux au Quai d’Orsay et lorgnait un hôtel particulier dans le 7e arrondissement (ce qu’elle démentit) ; qui manifestait une certaine condescendance vis-à-vis des radios privées comparées au service public ayant, selon elle, "une mission spécifique de décryptage de l'information, d'accès à la culture" ; qui était persuadée de n’avoir rien à craindre du remaniement ministériel. Mais la question qu’on peut légitimement se poser est pourquoi diable le chef de l’État avait-il muté à ce poste une ministre globalement plébiscitée quand elle officiait à l’Économie numérique puis au Commerce extérieur ? Fallait-il qu’il méprisât autant la personne que la fonction pour lui balancer d’aller glaner des idées auprès de Jack Lang et d’aller se pavaner au spectacle : "Tu te tapes ça tous les soirs, tu dis que c’est bien, que c’est beau !" Ça, c’est du conseil de pro, qui a compris qu’il est plus aisé de faire des courbettes que d’inverser les courbes. Mais qui s’avère peu enclin à respecter le protocole ou les règles élémentaires du savoir-vivre lorsqu’il se retrouve face au Pape ou à la reine d’Angleterre. Pas assez politicienne, pas assez obséquieuse, Fleur Pellerin a été grossièrement remerciée, comme fut virée Delphine Batho en 2013, comme fut répudiée Valérie Trierweiler en 2014. On murmure que la ministre avait aussi le mauvais goût de déplaire à la dulcinée du Président, contrairement à sa remplaçante, Audrey Azoulay. Très appréciée du petit monde du cinéma, ancienne directrice financière et juridique du CNC puis conseillère à l’Élysée, elle devra reprendre en cours de route la loi controversée "Création, architecture, patrimoine", avant de s’attaquer au régime des intermittents. Tout compte fait, ce ministère aura été à l’image de la mandature de François Hollande, un vaste jeux de dupes et de lois laborieuses où un énarque chasse l’autre et où la culture devient aussi accessoire qu’un accent circonflexe.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.

Les accusations de racisme et de sexisme portées contre Zohra Bitan pour avoir critiqué les tenues et la “coupe de cheveux sans coupe” de Sibeth NDiaye sont-elles justifiées ? Petits éléments de réflexion

02.

Anorexie : une nouvelle étude montre que les causes ne sont pas seulement psychologiques

03.

Finale de la CAN : 48% des Français pensent qu'il est normal pour des personnes d'origine algérienne de manifester leur joie et leur attachement à leur pays lors des victoires de l'Algérie en football

04.

Lignes de fractures : ce que les drapeaux algériens nous révèlent de l’état des Français (et des nouveaux clivages politiques)

05.

Camille Combal et Heidi Klum mariés en secret ; Karine Ferri &Nabilla, Kate &Meghan : tout était faux !; Libertinage et infidélités lesbiennes : Stéphane Plaza & Miley Cyrus assument; Brad Pitt & Angelina Jolie se réconcilient par surprise

06.

Le pape François a transmis un message "très touchant" à Viviane Lambert, la mère de Vincent Lambert

07.

Quand Benjamin Griveaux crie tout haut ce que Benjamin Griveaux pense tout bas : "fils de pute", "abrutis"

01.

Auriez vous le brevet des collèges ou... signé une pétition car les épreuves étaient trop difficiles ?

02.

Le Sénégal triompha de la Tunisie par 1-0 : les supporters sénégalais se livrèrent alors en France à une orgie de violences

03.

François de Rugy, le bouc émissaire dont la mise à mort inquiète le monde de l’entreprise

04.

Matteo Salvini / Carola Rackete : mais qui représente le plus grand risque pour la démocratie et la paix civile ?

05.

L’humanité a-t-elle atteint son pic d’intelligence ?

06.

La dangereuse complaisance du planning familial avec l’islam radical

01.

Matteo Salvini / Carola Rackete : mais qui représente le plus grand risque pour la démocratie et la paix civile ?

02.

Greta Thunberg à l’Assemblée nationale : le révélateur de la faiblesse des écologistes politiques ?

03.

Face au "séparatisme islamiste" qui menace l’unité de la France, la tentation de "l’autonomie relative"...

04.

L’humanité a-t-elle atteint son pic d’intelligence ?

05.

François de Rugy, le bouc émissaire dont la mise à mort inquiète le monde de l’entreprise

06.

Intégration sensible : le cas particulier des immigrés d’origine algérienne ou turque

Commentaires (22)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
bjorn borg
- 14/02/2016 - 14:22
Fleur Pellerin (reprise)
n'était pas si mal au numérique qu'elle connaissait. La culture n'était pas pour elle. Elle s'en doutait mais a voulu faire plaisir au chef ! Maintenant qu'elle est limogée comme une malpropre, elle pleure la perte du pouvoir de ministre qu'elle ne reverra sans doute plus, dommage pour elle.
bjorn borg
- 14/02/2016 - 14:17
Fleur Pellerin
n'était pas si ma
jupiteruranus
- 14/02/2016 - 12:45
MERCI POUR LE MOMENT
CELA RENVOIE AU LIVRE "MERCI POUR LE MOMENT"
Dans la continuité ...