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Vous êtes au bureau ? regardez le bien, bientôt plus rien ne sera pareil (et vos relations avec votre hiérarchie n’y couperont pas)

Publié le 29 janvier 2016
Plus collaboratif, plus mobile... l'environnement de travail du futur devra s'adapter aux nouvelles pratiques en vigueur dans (et hors) les entreprises. Des prototypes de bureau imprimés en 3D, ou bien où l'on travaille debout voire allongé existent déjà. Ces nouvelles façons de travailler pourraient bien changer notre rapport à l'entreprise.
Emmanuelle Léon est professeur de gestion des ressources humaines à l'ESCP Europe. Elle est diplômée de l'ESSEC et du CNAM en sciences de gestion et a notammé travaillé en conduite du changement au sein d'Accenture, avant de se tourner vers...
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Emmanuelle Léon est professeur de gestion des ressources humaines à l'ESCP Europe. Elle est diplômée de l'ESSEC et du CNAM en sciences de gestion et a notammé travaillé en conduite du changement au sein d'Accenture, avant de se tourner vers...
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Plus collaboratif, plus mobile... l'environnement de travail du futur devra s'adapter aux nouvelles pratiques en vigueur dans (et hors) les entreprises. Des prototypes de bureau imprimés en 3D, ou bien où l'on travaille debout voire allongé existent déjà. Ces nouvelles façons de travailler pourraient bien changer notre rapport à l'entreprise.

Atlantico : Qu'ils soient designer d'espace ou chercheurs au MIT, des professionnels réfléchissent actuellement à de nouvelles façons d'organiser l'espace au bureau pour les années à venir. Comment l'environnement matériel de travail est-il voué à évoluer ?

Emmanuelle Léon : Les réflexions sur les espaces de travail ne datent pas d'hier ! Cependant, les espaces de travail ont longtemps été considérés comme "le parent pauvre" des réflexions en sciences sociales. Il en était de même d'ailleurs dans les entreprises où la seule préoccupation - encore très présente aujourd'hui - est la maîtrise des coûts.  Or les évolutions - somme toute récentes - des entreprises (liées tant à la mondialisation des systèmes productifs qu'aux technologies aujourd'hui disponibles) ont donné une nouvelle coloration à ce sujet. En effet, les gestionnaires commencent à percevoir que des espaces de travail bien pensés, bien conçus et bien gérés peuvent représenter un avantage compétitif. L'expérience d'Accenture avec le lancement des bureaux virtuels au milieu des années 90 est un excellent exemple de cette évolution. Cependant, le métier de consultant est bien particulier et, s'il est un domaine où l'entreprise ne devrait pas se contenter d'imiter son prochain, c'est bien celui-là ! En effet, un espace de travail ne doit pas uniquement être pensé du point de vue fonctionnel. Il est également le reflet de la culture de l'entreprise, de ses modes de fonctionnement, de son appréhension de l'autorité hiérarchique. Bref, tout un chacun, en allant dans des locaux qu'il ne connait pas, se fait une première impression de qui peut les occuper, et de l'ambiance qui y règne. 

Si la gestion des espaces de travail est une pratique, encore faut-il savoir quelle est sa finalité. L'on peut utiliser les espaces de travail pour acquérir des ressources rares. Ce sera le cas d'entreprises comme Google, par exemple. On peut également les penser dans une logique d'intégration dans la durée, ce qui fut longtemps la norme. Plus longtemps vous restiez dans l'entreprise, plus grand était votre bureau, plus élevé était votre étage, etc. Dans certains cas, notamment dans les cabinets d'audit et de conseil, la gestion de l'espace de travail répond aussi à un besoin d'allocation: les bureaux partagés, non attribués, permettent à tout un chacun de travailler dans n'importe quel site de l'entreprise en s'y sentant "chez lui", car il a accès aux mêmes services et aux mêmes technologies sans avoir besoin de faire le moindre effort (connexion informatique, imprimantes, fournitures, ligne de téléphone, etc.). Cela ne peut qu'encourager la mobilité dans des activités où elle est nécessaire.

L'on voit aujourd'hui se dégager trois tendances fortes dans la manière dont les entreprises gèrent l'espace au bureau. On a tout d'abord des entreprises que je qualifierai d'attentiste, non pas de manière négative, mais parce qu'elles ne voient pas l'opportunité, à ce stade, de changer, ou parce qu'elles attendent les retours d'expériences d'autres organisations. On a ensuite les entreprises qui vont vouloir que leurs locaux les incarnent, et vont par conséquent dédier des sommes importantes pour les transformer en lieux d'échanges informels, de rencontres, de travail collaboratif ou individuel, etc. Et ceci en fonction de ce qui leur semble clé pour leur performance. On a enfin les entreprises qui souhaitent s'affranchir d'une partie de leurs locaux, en mettant en oeuvre le télétravail (souvent pour compenser la  migration de bureaux personnels vers des open spaces, ou pour limiter l'impact négatif d'un déménagement lointain) ou en étudiant l'opportunité de développer le coworking.

A quels changements doit-on s'attendre dans notre rapport personnel au travail ? Comment cela peut-il accompagner les évolutions dans la façon de travailler ?

Je ne suis pas convaincue que ce soit notre rapport personnel au travail qui change: je pense que c'est davantage notre rapport à l'entreprise qui a évolué. Pour simplifier, disons que le lien de subordination, tel que nous l'avons longtemps connu, à savoir du temps passé dans un lieu, est questionné. Aujourd'hui, notamment pour les populations que l'on qualifie de "travailleurs du savoir", le travail est avant tout ce que l'on fait, et non plus un lieu où l'on se rend. Les technologies mobiles ont accentué ce phénomène. Il est évident que de nombreuses activités peuvent avoir lieu en-dehors des locaux traditionnels de l'entreprise. Il faut alors se demander pour quelles raisons l'on irait encore "au bureau". C'est en répondant à cette question que l'on pourra repenser l'espace de travail. 

Aujourd'hui, on assiste à une forme de surenchère sur le thème de la nécessaire coopération entre les salariés, coopération qui devrait être accompagnée, voire amplifiée par les aménagements des espaces de travail. Si cela est vrai pour certaines entreprises - je pense notamment au monde des start-ups - toutes les activités en entreprise ne devrait pas être pensées en fonction du diktat de la coopération ! De la même manière que l'espace de travail traduisait la hiérarchie interne de l'entreprise, je pense que le rapport à l'espace de travail traduira, d'une autre manière, les segmentations en cours : le télétravail, par exemple, ne sera pas plus égalitaire que ne l'était le travail !

Un espace de travail modulable en fonction des tâches à effectuer pourrait-il devenir la norme?

Pourquoi pas si tant est que cela fasse sens par rapport à un objectif clairement affiché et compris par les collaborateurs! Trop souvent, on assiste à des changements pour le changement, pour faire comme les autres, en s'imaginant naïvement que le fait de mettre à disposition des espaces de détente, par exemple, suffira à pallier les problèmes de stress, que les espaces de circulation suffiront à développer les échanges informels. Mais se voir ne suffit pas pour échanger! Et échanger ne suffit pas pour que cet échange soit productif! De nombreux travaux montrent ainsi que les échanges dans des espaces ouverts restent souvent superficiels car trop facilement entendus par tous. La coopération ne se décrète pas, l'espace de travail modulable ne suffira pas à rendre les salariés "flexibles" et "adeptes du changement". En revanche, dans des expérimentations comme celle de la villa Bonne Nouvelle entre autres, on voit se dessiner de nouvelles manières de travailler ou de s'approprier l'espace qui ne sont possibles que parce qu'il y a du mobilier modulable. Mais l'on est là dans une entreprise qui a fait le pari de transformer et son environnement et ses méthodes de travail. Penser que l'un aura un effet automatique sur l'autre relève de l'utopie.

Comment la communication entre collègues peut-elle évoluer à l'aide de nouveaux outils numériques ?

Elle l'a déjà fait ! La surcharge mentale dont se plaignent nombre de cadres est notamment liée au fait que les courriers électroniques se sont rajoutés aux temps de réunion au lieu de les remplacer. Résultat: tout le monde répond à ses courriers électroniques tout le temps ! pendant les réunions, bien sûr, mais également dans les transports, chez soi, dans la rue, etc. On pourrait dire que l'on n'a jamais autant communiqué... La question est de savoir si quantité et qualité vont de pair. 

Ces outils ont, pour beaucoup, l'indubitable avantage de nous permettre d'effectuer de nombreuses tâches à distance. Mais le balancier, me semble-t-il, est loin d'être équilibré, notamment dans la population cadre. C'est davantage le travail qui s'invite dans la sphère privée que l'inverse... Aujourd'hui, les dirigeants se voient d'ailleurs obligés d'imaginer des normes d'utilisation de ces outils pour éviter l'empiètement sur la vie privée, pour faire en sorte que les désaccords ne se transforment pas en conflits, etc. Alors, oui, on assiste à une évolution mais elle est loin de faire l'unanimité car les outils sont arrivés sans que leurs usages soient pensés et  accompagnés. Espérons que la désastreuse expérience du courrier électronique soit un signal pour éviter de pareilles dérives sur d'autres outils tels que les réseaux sociaux d'entreprise, le chat, la téléprésence, etc. 

Propos recueillis par Adeline Raynal

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