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Docteur toutou : comment ours, rats et autres animaux peuvent-ils nous soigner

Publié le 04 janvier 2016
Une équipe de trois chercheurs américains publiait mi-novembre un article scientifique dans lequel ils expliquaient l'aide que des pigeons peuvent apporter pour détecter des cancers.
Bruno Verschuere est consultant auprès du Gircor, groupement des établissements de recherche biologique et médicale.
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Une équipe de trois chercheurs américains publiait mi-novembre un article scientifique dans lequel ils expliquaient l'aide que des pigeons peuvent apporter pour détecter des cancers.

Atlantico : Dressés en quelques semaines, des oiseaux peuvent apprendre à d'identifier des tumeurs cancéreuses à partir d'images médicales. Cette compétence pourrait servir à tester de nouvelles techniques d’imagerie numérique.  Comment les scientifiques exploitent-ils déjà le potentiel des animaux pour diagnostiquer des maladies ?

Bruno Verschuere : Les pigeons étaient déjà utilisés pour leurs capacités visuelles discriminatoires: ils reconnaissent des émotions, des lettres de l'alphabet, etc. Et les scientifiques se sont désormais aperçu qu'ils peuvent être sollicités pour améliorer la lecture des images histologiques de tumeurs, c'est-à-dire des images issues de l'étude de tissus et êtres vivants au microscope. Dans ce cas précis ils le font aussi bien que des humains professionnels, formés pendant des années ! La prochaine étape est de modéliser leur comportement pour développer un logiciel de détection.

L'odorat des rats et des chiens est aussi beaucoup utilisé. Une ONG belge implantée en Afrique, APOPO, a utilisé des rats pour détecter des cas de tuberculose au Mozambique. Un crachat tuberculeux peut en effet être détecté à l'odeur par un rat et ce beaucoup plus rapidement que par les méthodes habituelles.

Récemment, des scientifiques ont démontré que des chiens, de la race Berger allemand, sont capables de détecter des cancers chez l'humain. Sur un groupe de 902 personnes, ils ont eu plus de 98% de réussite, un résultat exceptionnel. La méthode consistait à faire sentir les urines des personnes du panel, car chez les malades, l'organisme produit des composés organiques volatils (COV), qui ont une odeur particulière et que les chiens repèrent. Un chien a 40 fois plus de cellules sensorielles dans son nez qu'un être humain. On envisage alors de créer des nez artificiels pour détecter des cancers. Les animaux nous servent donc à explorer de nouveaux domaines.

En outre, l'observation des animaux permet aussi de travailler sur la résistance aux maladies : des scientifiques cherchent par exemple à expliquer le fait que l’ours Grizzly accumule une quantité de graisses phénoménale dans son corps à chaque hibernation, et ne souffre pourtant jamais de maladies cardiovasculaires.

Il y a beaucoup d'interactions entre la médecine humaine et la médecine vétérinaire. Des chiens victimes de cancers peuvent tester des chimiothérapies complexes ou l'on peut au contraire utiliser des traitements ayant obtenu de bons résultats sur l'homme pour le décliner aux chiens.

Comment expliquer que des chats, des chiens ou des pigeons soient apte à détecter des pathologies de manière innée ?

Ce n'est pas inné, c'est toujours lié à un apprentissage. On récompense  l'animal dès qu'il obtient le résultat recherché et l'on procède par répétitions. Mais ce qui explique leurs résultats, est le fait qu'ils ont des sens plus développés que nous: le chien pour l'odorat et l'oiseau pour la vue. On utilise leurs sens pour détecter des choses que nous ne sommes pas nous-même capables de repérer naturellement. Cela peut inspirer la création de logiciels ou de machines pour les imiter, comme dans le cas du nez artificiel pour poser un diagnostic de cancer par exemple.

Au-delà du diagnostic, les animaux accompagnent parfois les malades dans leur guérison, cela s'appelle la zoothérapie. Quelles en sont les applications thérapeutiques ? Quels sont les exemples les plus courants ?

En Alsace, la zoothérapie est utilisée à Colmar sur des enfants polyhandicapés pour rompre l'isolement, stimuler les sens et leur donner un peu de bonheur. La médiation animale peut être utilisée chez les personnes âgées: en les faisant côtoyer des chiens ou des cochons d'Inde. Il faut que l'animal s'adapte à la proximité de l'homme, qu'il apprécie les caresses.

Auprès des enfants, la présence de chiens réduit l'anxiété, les allergies et l'asthme. Ils apportent en effet des bactéries et entraine une réaction immunitaire qui protège contre une propreté excessive de nos intérieurs.

L'aide de ces animaux pour améliorer notre santé est-elle plus ou moins coûteuse que des méthodes classiques ? S'ils étaient davantage sollicités, quels impacts sur les dépenses de santé cela pourrait-il avoir ?

Concernant l'exemple des rats en Afrique qui détectent la tuberculose, c'est effectivement moins onéreux que les méthodes utilisées classiquement. Côté zoothérapie, il est envisageable de consulter un spécialiste mais trouver un animal doux, pas trop indépendant, suffira généralement. Ils sont déjà admis dans certaines maisons de retraites.

En revanche, pour les diagnostics de cancers ou la formation de chiens guides d'aveugles, l'entrainement des animaux demandant beaucoup de temps, c’est assez coûteux. On ne peut pas non plus en faire des esclaves. Il n'est pas toujours facile de faire entrer des animaux dans les hôpitaux. C'est pour ces raisons que l'on cherche à créer des machines, des nez artificiels par exemple.

Propos recueillis par Adeline Raynal

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