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La Chine est en train de terminer sa crise d'adolescence diplomatique… enfin presque
Publié le 02 janvier 2016
Pendant des décennies, la Chine a semblé se comporter sur la scène internationale comme un adolescent qui possède la force et les désirs d'un adulte mais à qui il manque l'expérience. Néanmoins, certains indices suggèrent que la Chine serait peut-être en train de commencer sa maturation géopolitique.
Le Général de brigade aérienne Jean-Vincent Brisset est directeur de recherche à l’IRIS. Diplômé de l'Ecole supérieure de Guerre aérienne, il a écrit plusieurs ouvrages sur la Chine, et participe à la rubrique défense dans L’Année stratégique.Il est l...
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Le Général de brigade aérienne Jean-Vincent Brisset est directeur de recherche à l’IRIS. Diplômé de l'Ecole supérieure de Guerre aérienne, il a écrit plusieurs ouvrages sur la Chine, et participe à la rubrique défense dans L’Année stratégique.Il est l...
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Pendant des décennies, la Chine a semblé se comporter sur la scène internationale comme un adolescent qui possède la force et les désirs d'un adulte mais à qui il manque l'expérience. Néanmoins, certains indices suggèrent que la Chine serait peut-être en train de commencer sa maturation géopolitique.

Atlantico : L'analyste américain Peter Marino a publié un article remarquable dans Reuters (voir ici) dans lequel il décrit l'évolution de la géostratégie chinoise comme celle d'un "adolescent géopolitique enfin devenu grand". Cette expression traduit-elle avec justesse les rapports qu'entretient la Chine avec le monde ?

Jean Vincent Brisset : La comparaison entre l’évolution de la Chine et celle d’un adolescent est effectivement intéressante. Mais il est difficile de se contenter de cette image. La prise en compte de sa force nouvelle a certainement beaucoup conditionné l’évolution géopolitique de Pékin dans ses rapports avec le reste du monde. Mais d’autres déterminants entrent aussi en jeu. Il ne faut jamais oublier que la priorité absolue des gouvernants chinois, celle qui conditionne toutes leurs actions, demeure le maintien de la stabilité intérieure du pays, les relations internationales n’étant qu’un aspect secondaire. Et, s’il est vrai que certains responsables veulent désormais que leur pays soit considéré sur la scène internationale comme un adulte raisonnable, ce choix impliquerait de se soumettre à des règles imposées par l’extérieur, ce que les conservateurs refusent absolument. De plus, la Chine semble toujours hésiter entre deux concepts. Son passé le plus glorieux faisait d’elle un hégémon régional, même si elle était en même temps gouvernée par des dynasties étrangères qui l’avait vaincue et colonisée. Sa puissance présente, surtout économique, semble lui promettre un avenir mondial. Il n’est pas certain qu’elle ait l’envie d’aller aussi loin. La puissance mondiale, qu’elle n’a jamais exercée, l’effraie. Par contre, elle se voit sans aucun problème en superpuissance régionale, entourée de ses vassaux et traitant d’égale à égale avec "le reste du monde". L’adolescent n’est peut-être pas encore devenu adulte. Il reste en proie à des doutes et des tiraillements et n’est toujours pas à l’abri des troubles du comportement et autres aléas du développement qui marquent l'adolescence.

Les grands axes sur lesquels Pékin a bâti sa politique étrangère ont-ils évolué ? Si oui quels étaient-ils et que sont-ils devenus ?

En 1949, Mao a bâti sa gouvernance sur un terrain pratiquement vierge parce que dévasté. Avant tout préoccupé de recréer une nation qui n’existait plus, il a d’abord choisi -ou plutôt accepté- de s’aligner sur l’U.R.S.S., en particulier dans son combat contre les Etats Unis. Cette subordination n’a pas duré longtemps. Dès 1955, la Conférence de Bandoeng marque la fondation du mouvement des non-alignés. Quatre ans plus tard, la rupture avec l’U.R.S.S. est consommée.

Pendant des années, la politique étrangère de la Chine ne connaît qu’une seule cohérence : l’aide à la décolonisation, en particulier par le biais de fournitures de moyens aux "Mouvements de libération", alors que le pays est englué dans les luttes internes et les folies maoïstes. Cela suscite quelques sympathies dépravées en Occident, mais Pékin reste très isolé dans le concert des nations. La mort de Mao (1976) et l’avènement de Deng marquent une première vraie rupture. L’idéologie cède au moins à la vue de l’extérieur- au pragmatisme. Petit à petit, on voit se mettre en place un discours de rapprochement avec l’Occident et la mise en veilleuse de l’affirmation des revendications vis-à-vis des voisins. Dans le même temps, Pékin étend son réseau diplomatique, en particulier hors Occident et s’efforce de présenter une image de relations "gagnant-gagnant" hors de toute considération idéologique.

L’affaire de Tian An Men remet tout en cause. Comme il a été dit plus haut, la priorité absolue est le maintien de la stabilité intérieure et le refus des ingérences étrangères. La Chine gère donc l’exclusion internationale et se referme pour régler ses problèmes en interne. Les sanctions décrétées par l’Europe et les Etats-Unis sont perçues comme autant d’attaques intolérables et renforcent à la fois le refus de tout ce qui vient de l’extérieur et le "droit" à ne pas jouer les règles communément admises. C’est alors que se nouent, par exemple, des liens avec des régimes "infréquentables", mais fournisseurs de matières premières ou de débouchés.

Toutefois, si l’opinion publique chinoise peut, au départ, se contenter d’un "splendide isolement", quelques dirigeants sont conscients de la nécessité d’exister pleinement au sein d’un ensemble plus vaste. Quand le pays devient, un peu malgré lui, l’usine du monde, il faut bien prendre en compte cette réalité. C’est d’autant plus vrai que les voyageurs de commerce de cette industrie sont de plus en plus nombreux et forment très vite un groupe social financièrement aisé mais, surtout, ouvert au monde et imperméable à la pensée unique. Deux grands événements vont précipiter le changement. Les Jeux Olympiques de 2008 sont un énorme moment de fierté pour tout le peuple chinois. La tenue de l’Exposition Universelle de 2010 le conforte dans cette découverte de la puissance retrouvée de son pays. Dans le même temps, une grande partie des dirigeants, mais pas tous, ont alors compris que de tels succès n’étaient possibles que si la Chine n’offrait pas de prise à des accusations d’impérialisme ou de colonialisme prédateur.

Comment cette évolution - voire maturation si l'on reprend les termes de Peter Marino - se traduit-elle dans la manière dont la Chine conduit son action économique, politique, diplomatique et militaire dans le monde ? 

La cohérence de l’action économique et financière de la Chine hors de ses frontières reste toujours peu lisible, malgré quelques progrès. Elle affirme, depuis bientôt 23 ans, que sa monnaie sera bientôt convertible, mais cela reste une annonce et les soupçons de manipulation des taux de change ne se disparaissent pas. Dans le même temps, elle obtient que cette monnaie rentre dans le "grand panier" tout en créant une "Banque Mondiale Bis" où elle occuperait une place prépondérante. On note aussi que les problèmes de concurrence déloyale et d’atteintes à la propriété intellectuelle et industrielle sont loin d’être réglés.

L’action politique a perdu, depuis des années, le caractère de prosélytisme qu’elle a longtemps eu. Le maoïsme n’existant plus en Chine, sauf de manière iconique, il n’a plus vocation à s’exporter. Ce qui a beaucoup changé, c’est la mise en place de gros moyens de soft et de hard power, gérés de manière très professionnelle. On ne donnera que quelques exemples. Les Instituts Confucius, remarquables instruments de diffusion d’une certaine culture chinoise, se multiplient et forment, 11 ans seulement après leur création, le premier réseau culturel du monde. Sur le plan militaire, la Marine chinoise, longtemps strictement côtière, s’implique désormais dans la lutte contre la piraterie dans le Golfe d’Aden et a fait une belle démonstration de capacité lors de l’évacuation de citoyens chinois en Libye.

A côté de cela, l’ouverture au monde demeure très contrôlée. Le 16 décembre 2015, le Président Xi justifiait encore publiquement la censure d’Internet au nom de la souveraineté. Les atteintes aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales demeurent au quotidien, même si les gouvernants étrangers en visite ont fini par ne plus les évoquer publiquement.

La pierre de touche d’aujourd’hui est certainement la conduite, à la fois politique, diplomatique et militaire, de Pékin en Mer de Chine du Sud. Les dirigeants chinois clament leur bon droit, "preuves" à l’appui, mais refusent tout arbitrage international qui les obligerait à se placer sur un pied d’égalité avec les autres pays concernés. Ils affirment vouloir négocier et mettre en place un code de bonne conduite, mais bloquent toutes les propositions faites dans ce sens par l’ASEAN, allant jusqu’à exercer de très fortes pressions sur les moins concernés de ses membres pour éviter la publication du moindre communiqué commun sur le sujet. Sur le plan militaire, ils mettent en place des outils, création de bases artificielles ou déploiements de forces, qui sont avant tout des prises de souveraineté. Le tout en jouant au chat et à la souris à coups de plateformes pétrolières ou de bateaux de pêche. La gestion de cette affaire est et sera un excellent démonstrateur de l’évolution de la conception pékinoise des relations internationales.

Selon vous, peut-on dire comme Peter Marino que la Chine a complètement quitté le rang des pays en voie de développement ?

Le terme de "pays en voie de développement" est surtout utilisé pour qualifier un positionnement par rapport au reste du monde dans l’économie marchande. Il est clair que, dans cette acception, la Chine ne fait plus partie de cette classe de pays, même si on tend à oublier que son PIB par habitant (7000 USD/an en 2014) reste au même niveau que celui de la Bulgarie et que son Indicateur de développement humain la place seulement en tête de la seconde moitié du tableau, au même niveau que l’Algérie ou le Monténegro.

La diplomatie chinoise joue d’ailleurs beaucoup sur cette ambiguïté entre pays puissant parce que globalement riche et pays en voie de développement parce qu’individuellement modeste. On le voit, entre autres, lors des négociations sur l’environnement. En tant que grand pays, la Chine exige de prendre une part importante dans les discussions et les décisions. Mais, dans le même temps, elle affirme qu’elle est toujours en voie de développement, ce qui l’autorise à s’exempter des accords contraignants à effets immédiats tant que ses nuisances "par habitant" ne seront pas au niveau de celles des plus développés.

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