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Les enfants et les adolescents lisent toujours des livres malgré... ou grâce à Internet

Publié le 04 décembre 2015
Le Salon du livre de la jeunesse ouvre ses portes ce mercredi 2 décembre, comme chaque année à Montreuil. Si le revenu net global de l’édition baisse de 1,3% en 2014, l’édition jeunesse connaît au contraire une croissance de son chiffre d’affaires. Et Internet n'est pas étranger à ce succès.
Sylvie Vassallo est la directrice du Salon du livre et de la presse jeunesse depuis 2001.
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Alain Sotto est psychopédagogue. II s'est spécialisé dans les stratégies d'apprentissage pour enfants et adultes. Il a co-écrit, avec Varinia Oberto, "Le beau métier de parent" aux éditions Hugo Doc. 
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Le Salon du livre de la jeunesse ouvre ses portes ce mercredi 2 décembre, comme chaque année à Montreuil. Si le revenu net global de l’édition baisse de 1,3% en 2014, l’édition jeunesse connaît au contraire une croissance de son chiffre d’affaires. Et Internet n'est pas étranger à ce succès.

Atlantico : L'édition jeunesse se porte bien puisque le chiffre d'affaires de 2014 est en hausse (+4,3 % soit plus de 357 millions d'euros). Pourquoi ?

Sylvie Vassallo : Nous avons des éléments très structurants de la littérature et de l'édition jeunesse qui expliquent cela. D'une part les adultes sont préoccupés autour de la question de la lecture. La qualité éditoriale de ce secteur est également importante avec de bonnes images reconnues à l'internationale. Ce secteur a également la capacité à être très en prise avec la société et ses évolutions et être en mouvement permanent sur ses formes. L'une des choses qui porte très fort économiquement en ce moment est l'adaptation au cinéma pour les plus petits. Il y a une tendance qui vient également du monde de l'édition, ce sont les jeux de plateau organisés autour des personnages de la littérature de jeunesse. Un imaginaire se crée autour de ces héros qui sont vus dans leurs livres, à la télé et dans les jeux. Ce n'est pas totalement nouveau mais là les jeux sont édités par les éditeurs puis vendus en librairie. Il y a une tendance du secteur à s'adapter aux pratiques culturelles et de répondre aux préoccupations des enfants et des parents. C'est quelque chose que l'on retrouve dans le monde. La littérature pour adolescents et jeunes adultes s'est développée dans le monde anglo-saxon. Dans la spécificité française il y a la qualité des albums.

Internet joue un rôle positif dans cette bonne santé de l'édition jeunesse avec les nombreux blogs et les diverses chaînes YouTube qui lui sont dédiés. Comment expliquer ce paradoxe ?

Sylvie Vassallo : Pour les jeunes, Internet est un moyen d'échanger et de s'informer. Tous les éléments qui les intéressent s'y trouvent. C'est la même chose pour la littérature. L'interactivité du secteur se couple bien avec toutes les possibilités d'être acteur sur un sujet et d'être créateur de contenu qu'offre Internet. On est passé en quelques années à un échange horizontal entre les jeunes qui peuvent partager et même se mettre en scène. Il y a l'exemple avec les "youtubeurs " qui est assez parlant. Il y a une telle complémentarité entre les deux médias, papier et numérique, qu'ils se répondent l'un l'autre sans se montrer en concurrence.

On voit le même effet avec les sagas littéraires adaptées à l'écran également...

Sylvie Vassallo : Véritable renvoi du livre vers le cinéma et du cinéma vers le livre. Il y a aussi un effet de génération pour les auteurs aussi bien que les spectateurs. En effet, les auteurs sont déjà des spectateurs de séries de télévision et leur travail se retrouve en lien avec cet environnement culturel là. Pareil pour les jeunes qui peuvent apprécier l'un et l'autre. Dans la littérature la dimension de scénario est très présente. On est maintenant passé à une génération qui redécouvre les livres. Et surtout, aussi bien les petits que les ados, aiment bien rester en contact avec leurs héros et vivent sur des relations avec des objets différents qu'il s'agisse des films ou même des jeux vidéo qui font vivre leurs personnages.

Les ventes de livres numériques augmentent également. Est-ce inquiétant pour l'édition jeunesse ?

Sylvie Vassallo : Les livres en numérique qui font partie du secteur de l'édition sont compris dans les ventes de livre. Il y a également des ventes de livres numériques qui ne font pas forcément partie du secteur de l'édition comme dans tout ce qui est du domaine applicatif. Toutes les études montrent que lorsqu'on est un grand lecteur de numérique on est également un grand lecteur de papier. En terme de conquête la question est plutôt celle d'aller vers un nouvel lectorat et de s'intéresser également à la qualité artistique et littéraire que l'on trouve sur le numérique pour enfant. Elle n'est pas autant au rendez vous qu'en édition papier.

Les chiffres de l'édition jeunesse sont bons, ce qui prouve notamment que, malgré la multiplication des écrans, les enfants lisent toujours. Pourquoi une lecture de livre papier est-elle meilleure pour les enfants ? 

Alain Sotto : Tout comme pour les adultes, il est préférable que les enfants lisent sur papier, pour éviter la fatigue visuelle, d'autant qu'ils passent déjà beaucoup de temps le regard fixé sur leurs écrans. Avec le livre, ils appréhendent la structure totale d’un texte, peuvent le feuilleter pour en prendre la mesure ou l’intérêt. Ils en prennent possession. Ils regardent les illustrations et tout ce qui peut attirer l’œil. Il est aussi plus facile de faire des retours en arrière, de lire en diagonale ou d’approfondir des passages. La mise en page et la typographie jouent également un rôle important pour pénétrer dans un texte. 

A contrario, certains enfants, empêchés de lire, parce qu'ils ont associé le livre papier au scolaire, y parviennent plus facilement s'ils plongent dans un récit sur leur tablette. 

Mais, livre papier ou numérique, le plus important est de lire pour transformer rapidement les mots d’un texte en images donnant du sens et de la compréhension. Si cette mise en images (dans la tête de l'enfant) n’est pas faite, il ne peut pas y avoir de plaisir à lire.

Les adolescents, eux, semblent encouragés à lire par les diverses adaptations des sagas à l'écran (Hunger Games, Harry Potter, Game of Thrones...) et les divers blogs ou chaînes YouTube consacrées à la littérature jeunesse. Quels sont leurs intérêts (communautés) ?

Alain Sotto : Auparavant, les adolescents regardaient le même programme à la télévision. Aujourd’hui, malgré la variété qui leur est offerte, ils convergent vers les mêmes centres d'intérêt. Ils regardent les mêmes saga, puis vont sur Internet pour se documenter, en savoir "plus", et raconter, partager avec leurs copains ce qu’ils ont vu ou lu au cours de leur navigation. Et le fait d'appartenir au même club de fans les soude davantage. L’appartenance à des réseaux sociaux est évidemment déterminante. Pour les adolescents, être membre d’un groupe est ressenti comme vital. Ils ont le même vocabulaire, les mêmes attirances, les mêmes rejets, ils aiment la même musique, ils se rassemblent autour des mêmes univers. Ils s'attachent à une saga qu'ils aiment, en deviennent accros, et pour ne pas quitter son univers, les personnages,  ils la regardent et la regardent encore, et ils finissent par ouvrir le livre, et certains, qui n'avaient pas le goût du livre, le découvrent ainsi.

Au moment des attentats de janvier et de novembre, les parents se sont tournés vers les livres pour trouver des réponses aux questions de leurs enfants. Et cela semble se vérifier aussi pour d'autres sujets délicats (sexualité, mort...). Malgré Internet, les livres restent-ils des outils privilégiés pour trouver des réponses ?

Alain Sotto : Depuis quelques années, les livres pour jeunes enfants et ceux pour adolescents se sont multipliés. Et il y a un engouement actuel pour ceux traitant les questions auxquels les enfants sont un jour ou l'autre confrontés. On y évoque la mort, le divorce, la jalousie, la violence, les addictions, la sexualité, les abus sexuels et autres sujets que les parents ne savent pas comment aborder. Que dire ? Tout dire ? Avec quels mots ? Longtemps, ces thèmes ont été traités sous forme d'allégories, dans les contes, puis on a vu l'apparition de quelques ouvrages à partir du moment où l'enfant est devenu "une personne" et non seulement une personne en devenir, et que la psychanalyse aidant, on en est venu à mettre en avant l'importance du langage, du "dire". Pour la plupart ce sont de bons livres. Mais il est important d’être conseillé et orienté par un libraire dont c’est le métier et le plaisir.

Pourtant, il est essentiel que les parents, après la lecture d'un de ces ouvrages par l'enfant, soient disponibles pour en parler avec lui. Avec le petit, et aussi avec l'adolescent. Disponibles pour répondre à leurs questions. Pour évoquer leurs propres sentiments et laisser l'enfant exprimer les siens.

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