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Pourquoi le cerveau est conçu pour créer des hallucinations

Publié le 23 octobre 2015
Souvent associé aux troubles psychotiques, les hallucinations pourraient résulter d'un processus naturel utilisé par le cerveau pour appréhender le sens du monde.
Psychiatre, praticien hospitalier, Alexandre Baratta est expert auprès de la Cour d'appel de Metz, et expert associé à l'Institut pour la Justice. Il est également correspondant national de la Société médico-psychologique.  
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Alexandre Baratta
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Souvent associé aux troubles psychotiques, les hallucinations pourraient résulter d'un processus naturel utilisé par le cerveau pour appréhender le sens du monde.

Atlantico : A l'issue d'une étude menée au Département de psychiatrie de l'Université de Cambridge, il apparaît que le cerveau humain soit conçu pour créer des hallucinations et ce, en dehors de toute maladie mentale. Comment qualifiez-vous ces hallucinations ? A quoi servent-elles dans notre psychisme ?

Alexandre Baratta : En réalité, le cerveau n’est pas programmé dans le but de créer des hallucinations. C'est seulement dans certaines conditions de stimulations – comme des figures géométriques par exemple – que le cerveau humain va reconstruire une image et donner du sens à un stimulus qui, à la base, n’en avait aucun. Il ne s’agit pas à proprement parler d’hallucinations visuelles mais d’illusions visuelles, qui n'ont pas de rapport avec les hallucinations observées dans les maladies mentales. Ce phénomène d’illusions n’a rien de nouveau : il est connu et documenté de longue date.

Comment faites-vous donc pour discerner les hallucinations symptomatiques d'une pathologie mentale des hallucinations "normales" ? Cette étude permet-elle de mieux soigner les phénomènes hallucinatoires pathologiques ?

Les phénomènes hallucinatoires peuvent se rencontrer dans une multitude de maladies, que celles-ci soient neurologiques (démence à corps de Lewy, épilepsie, tumeurs cérébrales, etc), psychiatriques (schizophrénie par exemple, psychose hallucinatoire chronique, etc) ou métaboliques (intoxication au monoxyde de carbone, consommation de stupéfiants, etc).

Plusieurs modalités hallucinatoires existent :  elles peuvent être visuelles, auditives (voix venant du dehors), intrapsychiques (voix dans la tête) ou cénesthésiques (impression d’insectes sous la peau).

Les phénomènes hallucinatoires sont nombreux et peuvent s’inscrire dans des maladies diverses et variées. Mais ce n’est pas l’hallucination qui va permettre de poser le diagnostic. Ce sont les autres signes de la maladie. Un syndrome parkinsonien associé va par exemple orienter vers une démence à corps de Lewy. Un délire mystique - un individu se prenant pour Dieu par exemple - pourra être un schizophrène ou un sujet ayant simplement consommé des stupéfiants. Un syndrome confusionnel va orienter vers une intoxication à un produit lambda (monoxyde de carbone, neurotoxine, etc). Un individu présentant des vomissements en jet et des céphalées sera suspect d’une tumeur cérébrale. Un mouvement anormal d’un membre va orienter vers une origine épileptique.

Les résultats de cette étude ne permettent donc pas une meilleure prise en charge des hallucinations. En revanche, ces travaux démontrent - après une série de précédentes études similaires - que des illusions visuelles sont possibles en dehors de toute pathologie neurologique ou psychiatrique.

Quant au traitement des hallucinations en général, il reste inchangé dans la mesure où celles-ci ne constituent qu’un élément parmi d’autres d’une maladie neurologique ou psychiatrique.

 

L'étude démontre aussi que le processus hallucinatoire est plus développé chez les patients atteints d'une maladie mentale, notamment chez les psychotiques. Est-ce que cela signifie que les personnes atteintes de ces pathologies mentales ont une meilleure appréhension du monde que leurs congénères "sains d'esprit" ?

Les hallucinations peuvent constituer un signe de maladie neurologique ou psychiatrique à côté des autres symptômes de ladite maladie. Des schizophrènes peuvent présenter des hallucinations auditives par exemple (ils ne souffrent jamais d’hallucinations visuelles). Mais il ne s’agit pas d’un phénomène constant, loin de là. De très nombreux psychotiques ne présentent jamais d’hallucinations : tous les hallucinés ne sont pas psychotiques et tous les psychotiques n’hallucinent pas.

Une personne souffrant de schizophrénie aura tendance à être coupée du monde et n’a pas une meilleure appréhension du monde, bien au contraire. Il s’agit de la 6ème cause de handicap mondial et les troubles psychotiques sont à l’origine de nombre de désinsertion sociale, par rupture de contact avec la réalité.

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