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Le marché de la recherche ADN, majoritairement trusté par des compagnies américaines, est loin d’être l’apanage de petites structures.
Pas dans les gènes
Les trois raisons pour lesquelles la France est incapable de rivaliser avec les géants américains de l'analyse ADN
Publié le 08 septembre 2015
Nouvel eldorado des entreprises scientifiques de la planète, l'analyse de données à partir de votre ADN ouvre d'importantes opportunités de business. Pourtant, malgré la qualité indéniable de la recherche française, les start-up hexagonales peinent à développer des business, freinées par un cadre législatif contraignant et un besoin en financement important.
Julien Gagliardi est journaliste pour Atlantico. Il couvre l’actualité des entrepreneurs et des start-up.
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Nouvel eldorado des entreprises scientifiques de la planète, l'analyse de données à partir de votre ADN ouvre d'importantes opportunités de business. Pourtant, malgré la qualité indéniable de la recherche française, les start-up hexagonales peinent à développer des business, freinées par un cadre législatif contraignant et un besoin en financement important.

Et si votre personnalité était contenue dans votre ADN ? C’est ce qu’a affirmé, au cœur de l’été, la start-up suisse Kermagenes. Sa promesse, analyser vos molécules à partir d’un simple échantillon de salive pour déterminer les principaux traits de votre caractère afin de vous assurer "un développement personnel optimal". A l’instar de l’organisation helvète, notre ADN est en train de devenir le nouvel eldorado des entreprises scientifiques de la planète.

Le marché, majoritairement trusté par des compagnies américaines, est loin d’être l’apanage de petites structures. Chez Google, ou plutôt Alphabet, la division santé ambitionne via ses filiales dédiées de vous faire gagner 20 ans d’espérance de vie d’ici 2035 ou encore de prévenir différentes maladies comme le cancer. Un diagnostic possible grâce aux techniques de séquençage ADN chaque jour plus performantes : un pas de plus vers la médecine personnalisée. Chez Illumina, le pionnier du secteur, on est capable d’identifier votre risque d’être, un jour, atteint d’une maladie génétique. L’entreprise de San Diego peut surtout se targuer d’avoir refusé une offre d’achat à 5,7 milliards de dollars par le laboratoire Roche en 2012. Depuis, IBM, Microsoft ou encore Amazon tentent de prendre leur part du gâteau en proposant des services de stockage de ces données.

En France, le marché du diagnostic génomique est loin d’être aussi dynamique qu’outre-Atlantique. "La qualité de la recherche scientifique est incroyable, l’une des meilleures" explique Gordon Hamilton, fondateur et dirigeant de PicoSeq, un acteur français de l’analyse ADN. Après plusieurs années dans la Silicon Valley, le scientifique entrepreneur a lancé en 2013 en partenariat avec l’Ecole Normale Supérieur de Paris et le CNRS, une start-up destinée à traiter ces problématiques. "Le seul soucis, c’est que l’on a beaucoup de difficultés ici à transformer ces recherches en vrai business" explique-t-il. Même constat pour les fondateurs de Genosplice, une autre start-up hexagonale du marché. "La France fait la course en tête dans ce domaine grâce à la qualité de la recherche mais paradoxalement, c’est très dur d’entreprendre sur ce secteur" souligne Pierre de la Grange, co-fondateur de l’entreprise dont les clients sont principalement Anglais et Américains.

De l’avis de tous, trois raisons justifient ce déficit entrepreneurial. La première viendrait du cadre légal pour le moins restrictif. "En France, une analyse de donnée génétique peut venir seulement de deux prescripteurs : un médecin ou un tribunal. Aux Etats-Unis, si vous prenez la filiale de Google, 23andme, c’est leur business. Vous envoyez un coton-tige de salive et moyennant quelques dollars, vous recevez directement vos résultats. On est donc plus limité en termes de marché", explique Marc Rajaud, le second cofondateur de Genosplice.

L’autre frein provient de la lourdeur du système administratif français, incapable de s’adapter à la vitesse de croissance de ces entreprises. "Nous avons mis presque deux ans pour négocier les licences nécessaires aux brevets de Picoseq. Le même processus en Californie prend entre deux semaines et deux mois. Sur un marché aussi rapide que celui-ci, deux ans c’est très long. Tout change vite, c’est donc impossible pour nous d’être de sérieux concurrents de ces sociétés américaines qui ont toujours un temps d’avance" déplore Gordon Hamilton.

Enfin, les investisseurs hexagonaux seraient un peu plus frileux que leurs homologues américains expliquent le dirigeant de PicoSeq. "Ces derniers mois, une entreprises californienne a levé plus de 660 millions de dollars pour faire des essais scientifiques dans le but de rivaliser avec les technologies d’Illumina. En Angleterre, une autre start-up a débloqué 250 millions de livre auprès d’investisseurs avec le risque que ces recherches prennent du temps et n’aboutissent pas. En France, un tel discours est inenvisageable. Les investisseurs ne sont pas très à l’aise avec l’idée qu’ils doivent prendre des risques sans résultats tangibles à la fin". "Il est plus facile aux USA de développer un produit, car en France aucun acteur n’a le pouvoir en cash de ces sociétés là". confirme Pierre de la Grange chez Genosplice. Et Gordon Hamilton d’ajouter : "vous devez prendre le risque que la technologie ne fonctionne pas. Aux USA, ils prennent le risque, ils disent OK essayons".

Reste pour la France la possibilité de miser sur la technologie plus que sur les activités de diagnostic, freinées par des besoins capitalistiques énormes et un cadre légal contraignant. "Notre avenir, c’est le développement de petits séquenceurs ADN pour le plus grand nombre. Nous pensons qu’un jour un laboratoire médical pourra aussi bien vous faire un test d’urine, une prise de sang et une petite analyse ADN" explique Marc Rajaud. "L’accès à la technologie est de plus en plus simple et de moins en moins chère. Notre business, il sera dans l’analyse des données grâce à ces technologies, qui deviendront de plus en plus précises, donc de plus en plus complexe. La qualité de notre recherche scientifique trouvera alors toute sa place" conclut le dirigeant.

En France, on n’a pas peut-être pas de pétrole mais, heureusement, on a des scientifiques.

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