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"Impossible n'est pas français" : avons-nous besoin d'un Napoléon en 2015 ?
Publié le 11 mai 2015
A l'heure du bicentenaire de Waterloo, Dimitri Casali décrypte cet épisode fondateur de l'histoire européenne pour mieux le mettre en résonance avec notre époque.Si la victoire décisive des armées anglo-prussiennes sur les troupes françaises est un fait, une majorité de personnes reste pourtant persuadée que c'est Napoléon qui a remporté la bataille. Dès lors, en étudiant le mythe napoléonien, l'auteur s'interroge : mais qui a vraiment gagné Waterloo ? Et si la défaite n'en avait pas été une ? Extrait de "Qui a gagné Waterloo ? - Napoléon 2015", de Dimitiri Casali, publié chez Flammarion (2/2).
Dimitri Casali, historien et directeur de collection, est l’auteur de plus d’une trentaine d’ouvrages historiques, notamment : Qui a gagné Waterloo ? Napoléon 2015 (6 mai 2015, Flammarion), L’Histoire de France de l’Ombre à la Lumière (Flammarion 2014),...
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Dimitri Casali
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Dimitri Casali, historien et directeur de collection, est l’auteur de plus d’une trentaine d’ouvrages historiques, notamment : Qui a gagné Waterloo ? Napoléon 2015 (6 mai 2015, Flammarion), L’Histoire de France de l’Ombre à la Lumière (Flammarion 2014),...
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A l'heure du bicentenaire de Waterloo, Dimitri Casali décrypte cet épisode fondateur de l'histoire européenne pour mieux le mettre en résonance avec notre époque.Si la victoire décisive des armées anglo-prussiennes sur les troupes françaises est un fait, une majorité de personnes reste pourtant persuadée que c'est Napoléon qui a remporté la bataille. Dès lors, en étudiant le mythe napoléonien, l'auteur s'interroge : mais qui a vraiment gagné Waterloo ? Et si la défaite n'en avait pas été une ? Extrait de "Qui a gagné Waterloo ? - Napoléon 2015", de Dimitiri Casali, publié chez Flammarion (2/2).

Si horrible que fût le carnage de Waterloo, les guerres suivant cette bataille se révéleront infiniment plus affreuses et dévastatrices encore. Il faut dire que le gaz moutarde, les bombardements aériens, les exécutions de masse feront franchir à l'homme les frontières de la barbarie. Waterloo, comme toutes les batailles, visait la destruction de l'ennemi, mais on assista dans les deux camps – comme je l'ai raconté – à des manifestations d'esprit chevaleresque. C'est avec l'apparition des guerres totales du XXe siècle que cet état d'esprit disparut définitivement des conflits militaires.

Certes, aujourd'hui, le sens de l'honneur, mourir pour la patrie ne font plus sens. Ces valeurs, à l'instar de l'esprit de sacrifice, du sens du devoir, de la discipline, sont à replacer dans le contexte de l'époque tant, pour comprendre, il ne faut jamais plaquer nos visions sur celles de nos aïeux. Waterloo s'inscrivit dans une époque aux valeurs bien différentes des nôtres, époque où la guerre s'imposait comme l'horizon quotidien. Ne l'oublions pas : l'espérance de vie des Français ne dépassait pas trente-cinq ans !

Forcément, les générations actuelles, élevées dans le confort matériel du XXIe siècle, ne peuvent comprendre que les soldats de la Grande Armée aient été capables de mourir pour la patrie. Waterloo, comme la Moskowa ou Eylau sont des boucheries – et on ne le répétera jamais assez –, mais résumer ces batailles à cela occulte des pans de la réalité historique. À cette époque la valeur première était le patriotisme. Non seulement celui-ci s'ancrait de génération en génération, mais il était défendu et enseigné par la société. Qui plus est, l'Église jouait un rôle fondamental et des notions comme l'obéissance, la discipline concernaient toutes les catégories sociales. Ce qui n'est plus le cas et rend la perception des modes de pensée de XIXe siècle bien complexe.

Autre question fondamentale : comment les soldats de l'Empereur, hommes simples, sont-ils parvenus à supporter et affronter des conditions aussi atroces ? Là encore, retirons nos lunettes de 2015 pour tenter de (les) comprendre. Et n'oublions pas que la mort est omniprésente à l'époque, que les exécutions capitales sont très répandues et se font sur les places publiques, que les exécutions militaires pour exactions ou pillages sont courantes, qu'au final la chute de Napoléon a mis fin à un monde bien plus cruel que le nôtre. Hugo ne disait-il pas : « Le nom grandit quand l'homme tombe », expliquant ainsi que l'honneur des hommes, leur rédemption tenaient aussi à leur manière de mourir ?

Deux siècles plus tard, évidemment – et heureusement –, la gloire et la destinée de chacun ne tiennent pas à un trépas héroïque. Les rêves qui propulsent et forgent ont changé de nature. Pour autant, il me paraît indispensable de préserver le souvenir de la dernière grande épopée nationale. Au nom de la mémoire, de l'Histoire comme de l'avenir. Pour bien marcher vers le futur il faut connaître et respecter ses racines. Or Napoléon symbolise à lui seul trois mots trop galvaudés dont le sens tend désormais à s'estomper voire disparaître au sein de notre monde globalisé. Il s'agit de : France, honneur et mérite, termes dont la définition évolue et se transforme.

La France, pour Napoléon, revêtait une importance particulière qui mêlait souvenir et souffrance. Avant d'en épouser entièrement le destin, il dut s'imprégner – presque malgré lui – de notre culture classique, ce qui le conduisit à l'amour de sa nouvelle patrie. Sa formation intellectuelle acquise, il devint pleinement français, plus français même que les rejetons des vieilles familles aristocratiques. Au point d'en incarner désormais les valeurs collectives, d'être la meilleure définition du génie français voire de la nation française.

Le mérite et le travail furent pour lui des données de chaque jour. Il personnifie la capacité à mettre en oeuvre des réformes pérennes et salutaires, vertu dont aimeraient bénéficier les Français, eux qui depuis trente ans sont dans l'incapacité de se réformer eux-mêmes. « À chacun selon ses mérites », disait Napoléon, créant ainsi les fondements d'une nouvelle société bâtie sur le talent et l'action individuelle. Dans chaque domaine il a su choisir les plus compétents… : les meilleurs soldats, les meilleurs politiques, les meilleurs savants, les meilleurs administrateurs, les meilleurs chefs d'entreprise. « Je veux que le fils d'un cultivateur puisse se dire : “je serai un jour cardinal, maréchal de France ou ministre” » aimait-il rappeler… Pourquoi ne pas s'en inspirer ?

Enfin, ce mot presque disparu – honneur – il le choyait. Or le panache, nos élites en manquent cruellement, lui préférant trop souvent les petits intérêts particuliers, la fuite des responsabilités, le manque de courage voire la simple satisfaction de buts électoralistes.

Certes, le temps n'est plus aux hommes sans nom que le destin couronne, aux conquêtes, aux batailles, à l'héroïsme guerrier, à l'avènement d'individus s'élevant au-dessus de tous par leur volonté et le hasard des armes. Pour autant, constater que le mythe napoléonien perdure indique la fascination que son destin exerce encore. Il suffit de voir les enchères obtenues par des objets le concernant pour s'en convaincre. Une assiette décorée aux armes de l'Empereur peut atteindre 420 000 euros. À Fontainebleau, le 16 novembre 2014, on a vu l'un de ses dix-neuf bicornes acheté par un milliardaire sud-coréen pour 2 400 000 dollars (1,9 million d'euros), alors qu'il était estimé entre 300 000 et 400 000 dollars.

Derrière l'ombre de Napoléon, la nostalgie de la grandeur d'une France tenant en mains son destin survit. C'est pourquoi il faut préserver cette légende et entretenir ce mythe napoléonien, car ils incarnent ces valeurs qui sont tout autant républicaines. En commémorant son souvenir, nous ne célébrons pas la défaite de 1815 mais la victoire finale d'un homme qui, en 2015, reste dans les esprits du monde entier. Nous célébrons la victoire d'une France audacieuse, volontaire, fidèle à cette citation de l'Empereur selon laquelle « impossible n'est pas français » ! Dans le Nouveau Monde où les identités se dissolvent et la mémoire devient courte, la profondeur historique apparaît comme une nécessité. Il faut donc inverser notre rapport au passé ; ne plus voir dans celui-ci une raison de lamentations, mais une source d'assurance. Pour affronter l'avenir en face, notre société doit redevenir confiante, sûre d'elle-même, fière de ses valeurs, capable de regarder les nouveaux défis sans s'enfouir la tête dans le sable…

C'est avec cette France-là que l'avenir peut dessiner des énergies nouvelles. Vive la dernière geste mondiale, vive la légende napoléonienne

Vive Napoléon 2015 !

« Vivant, il a manqué le monde ; mort, il le possède », notait Chateaubriand.

Extrait de "Qui a gagné Waterloo ? - Napoléon 2015", de Dimitiri Casali, publié chez Flammarion, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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Deudeuche
- 11/05/2015 - 14:44
"Certes, aujourd'hui, le sens de l'honneur,
mourir pour la patrie ne font plus de sens" Comme si cela était lié à la bayonette, au sabre et à la poudre noire!
Il faut dire cela à nos militaires qui pratique encore ce "sens" au 21eme siècle. Encore un monsieur de HAUT NIVEAU qui ne sort pas de son cercle parisien et ne connaît que du politico-culturel de salon.
Anouman
- 11/05/2015 - 12:37
Napoléon
C'est un Napoléon qu'il nous faudrait. On pourrait mettre l'Europe à feux et à sang et aller se faire battre en essayant d'envahir la Russie, rétablir l'esclavage dans les iles, et avec un service militaire de sept ans, plus de chômage... Quel bonheur...
Anguerrand
- 11/05/2015 - 10:40
Napoleon, qui s'est?
L'EN " oublie" cet horrible personnage, non conforme à la bien pensance socialiste. Il n'est pas le seul à etre ostracisé par l'Histoire vue par la gauche; Clovis, le génocide vendéen, en un mot tout ce qui gêne les socialo- fascistes.