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Le dictateur allemand a fait face à de la résistance au sein même de son pays.
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"Ils étaient Allemands contre Hitler" : la résistance religieuse

Publié le 09 juin 2015
Cet ouvrage décrit l'ensemble du mouvement hostile au national-socialisme avec ses motivations, ses innombrables sacrifices, son étendue à toute la société allemande et ses incroyables souffrances. Les résistants allemands ont payé par leur sang la honte suscitée par la folie d'Hitler et celle de l'avoir amené au pouvoir. Ce livre rappelle aussi que la résistance a été à l'origine des réformes ayant permis d'instaurer la démocratie qui honore l'Allemagne contemporaine. Extrait de "Ils étaient Allemands contre Hitler", de Philippe Meyer, publié publié chez l'Âge d'Homme (1/2).
Philippe Meyer est professeur émérite à l'hôpital Necker de Paris et à l'hôpital de la Charité-Humbolt de Berlin, correspondant de l'Académie des sciences. Il est aussi historien. Il est notamment l'auteur de "Une histoire de Berlin" ...
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Philippe Meyer
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Cet ouvrage décrit l'ensemble du mouvement hostile au national-socialisme avec ses motivations, ses innombrables sacrifices, son étendue à toute la société allemande et ses incroyables souffrances. Les résistants allemands ont payé par leur sang la honte suscitée par la folie d'Hitler et celle de l'avoir amené au pouvoir. Ce livre rappelle aussi que la résistance a été à l'origine des réformes ayant permis d'instaurer la démocratie qui honore l'Allemagne contemporaine. Extrait de "Ils étaient Allemands contre Hitler", de Philippe Meyer, publié publié chez l'Âge d'Homme (1/2).

La résistance chrétienne a été influencée par la séparation entre protestants et catholiques et les deux religions ont été lentes à manifester clairement leur opposition à Hitler. L’Église protestante a fini par soutenir une Église « confessionnelle » qui s’opposait à l’Église « allemande » respectueuse d’Hitler comme les accords signés avec le Vatican l’avaient demandé. Le retard de l’Église protestante à entrer en résistance a été moins prononcé que celui de l’Église catholique. Ceci est dû en partie à ce qu’elle ne voulait pas s’aligner avec des catholiques qui toléraient Hitler, suivant en cela les incitations du Vatican. Des résistants protestants se sont manifestés à partir de 1933 : le pasteur Martin Niemöller, premier chef emblématique de l’opposition protestante a été déporté longtemps avant d’être libéré en 1945 ; son successeur, le pasteur Paul Schneider a été assassiné, soulevant une réaction antinazie généralisée et une volonté d’en découdre chez ses fidèles ; l’évêque du Württemberg Theophil Wurm a condamné ouvertement le meurtre d’enfants retardés commis dans des institutions spécialisées par les nazis ; en 1944, le théologien Dietrich Bonhoeffer a joué un rôle important dans la réalisation de l’attentat contre Hitler ; il l’a payé de sa vie.

Chez les catholiques, le concordat signé en 1939 entre Hitler et les évêques de confession catholique avait été embarrassant. Certains ont même accepté la mise au pas nazie en créant des associations complices de l’idéologie national-socialiste. Mais l’euthanasie décidée en août 1941 par le pouvoir hitlérien a constitué un frein définitif à la tolérance de l’idéologie nazie par les catholiques. Une protestation d’ampleur les a animés sous l’égide des évêques Konrad von Prysing et Clemens August von Galen. Des centaines de prêtres ont alors clamé leur attachement aux valeurs chrétiennes. Ils ont été emprisonnés en grand nombre et déportés. Deux d’entre eux ont péri héroïquement : Bernhard Lichtemberg, curé de l’église Sainte Hewige de Berlin, condamné à vingt ans de réclusion dans le camp de concentration de Dachau par un « tribunal du peuple », et Alfred Delp, jésuite et philosophe, exécuté dans la prison de Berlin-Plötzensee sur les ordres d’un autre « tribunal du peuple ».

Contrairement aux centrales syndicales ouvrières et aux communautés juives, les Églises chrétiennes allemandes ont pris un certain temps 55 avant de réaliser pleinement les dangers inhérents au national-socialisme. Dans les premières années suivant l’accession d’Hitler au pouvoir, bien que dénonçant ici et là l’hérésie national-socialiste, les Églises eurent une attitude, plutôt indifférente et au plus conciliante, vis-à-vis du nazisme. Le 20 juillet 1933, le vice-chancelier Franz von Papen a signé un concordat avec le nonce Pacelli, futur Pie XII, les deux négociateurs s’étant surtout entendus par leur hantise du bolchevisme. Hitler avait tenté de rallier les catholiques par ce traité et les fidèles catholiques furent autorisés à adhérer au NSDAP, le parti nazi. Six mois plus tard, Ludwig Müller, évêque protestant du Reich, adressa une déclaration de fidélité à Hitler ; les chrétiens approuvant cette démarche se dénomment alors « Chrétiens allemands ». Dans les églises allemandes, à la fin des offices, les prêtres bénirent le Führer et chancelier du Reich, ce qui a sans doute neutralisé de nombreux opposants. Mais, peu à peu, des protestations se firent entendre. Les religieux et les fidèles avaient enfin compris que le nazisme équivalait à un Kirchenkampf (combat contre l’église). Parmi les prêtres et les fidèles des deux religions chrétiennes, des adversaires déclarés du nazisme s’exprimèrent parfois sans réserve. En 1935, 700 prêtres protestants ont été arrêtés parce qu’ils avaient lu du haut de leurs chaires un manifeste contre la « mystique raciale ». L’évêque du Land de Bavière, Mgr Meiser, exprima son opposition au nazisme par écrit. Le cardinal Bertram de Breslau,président de la conférence des évêques, fit part habilement de la réticence de plusieurs d’entre eux, dont l’énergique pasteur Martin Niemöller. Lors du deuxième synode libre national en 1934, les opposants ont créé une Église réfractaire au nazisme, l’« Église confessante » (BekennendeKirche) qui se veut la vraie église, différente de celle des « Chrétiens allemands ». Le pasteur Niemöller décide en mars 1935 de protester ouvertement contre l’idéologie raciale national-socialiste et le « néo paganisme » de ses adeptes. Le ton du mémoire de Pentecôte, intitulé « Au Führer » qui fut un an plus tard directement envoyé à Hitler par Niemöller était très ferme : « Si le sang, la race, la nationalité et les honneurs se classent désormais parmi les valeurs éternelles, le chrétien protestant se voit contraint par le premier commandement de refuser une telle échelle de valeurs. Si l’homme aryen est magnifié, la parole de Dieu n’en atteste pas moins que tous les hommes sont faillibles. Si dans le cadre de l’idéologie national-socialiste, on impose aux chrétiens l’antisémitisme qui implique de haïr les Juifs, cela entre en contradiction avec le commandement chrétien de l’amour du prochain. »

Ce texte a été rédigé avec l’aide active du juriste Friedrich Weissler et signé par une dizaine de noms soutenant la révolte du pasteur Niemöller, parmi lesquels ceux de protestants de vieille souche, Müller, Albertz, Böhm, Forck, Fricke, Asmussen, Lücking, Middendorf, et von Thadden. Ces fidèles ne 57 pouvaient supporter l’obligation de prêter serment imposée par Hitler aux prêtres. La doctrine raciste y était fermement condamnée : « Dieu ne peut pas être emprisonné dans les frontières d’un peuple particulier, d’une race particulière. » La plupart d’entre eux ont été emprisonnés ; leur détention initialement provisoire a été rapidement commuée en détention définitive. Les camps de déportation ont été la destination finale. Toute rébellion aux exigences de la Gestapo entraînait la mort. 700 pasteurs ont été arrêtés.

Plusieurs personnalités de l’Église catholique ont fini par s’alarmer devant le comportement nazi ; parmi elles, entre autres, le comte Preysing, cardinal de Berlin, le comte Galen, évêque de Münster et Conrad Gröber, évêque de Fribourg. Le régime répondit en confisquant les maisons d’édition religieuse et en arrêtant les religieux les plus véhéments. Hitler, furieux contre l’encyclique, ordonna que son portrait remplace les crucifix des salles de classe. Dans les deux églises, les réactions des religieux comme des fidèles sont restées très disparates, individuelles et peu violentes. Nombre d’évêques ont sans doute eu peur de perdre l’avantage que leur avait accordé Hitler, c’est-à-dire une protection contre l’emprisonnement. Quelques religieux catholiques et protestants ont été favorables aux nazis, principalement par opportunisme vis-à-vis des bourgeois qui soutenaient le NSDAP, mais d’autres sont devenus des adversaires déclarés. Par contre, 58 les deux Églises se sont engagées clairement en faveur des Juifs persécutés en affirmant leur sollicitude pour les victimes et ceci, dès la parution des décrets aryens et des lois de Nuremberg qui codifièrent l’exclusion raciale le 15 septembre 1935. À cet égard, l’attitude de l’église chrétienne a été sans ambiguïté : en dénonçant l’antisémitisme nazi, elle a témoigné de son humanisme et de son respect pour la religion juive. L’antériorité de la religion juive par rapport à la religion chrétienne a été clairement reconnue. L’affirmation de cette précession a été d’une grande importance théologique.

Extrait de "Ils étaient Allemands contre Hitler", de Philippe Meyer, publié chez l'Age d'Homme, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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