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La France détient un des taux de création d’entreprise rapporté à la population parmi les plus élevés au sein de l’OCDE.
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5 cas concrets pour comprendre qui a (ou non) un problème d’investissement en France
Publié le 07 avril 2015
Dans une note du 2 avril, l'Insee prévoit une augmentation sensible du taux de marge des entreprises à son niveau de 2011. Afin de convertir ces disponibilités à venir en investissements, Manuel Valls doit détailler une nouvelle série de mesures à l'issue du Conseil des ministres mercredi.
Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.
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Philippe Crevel
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Dans une note du 2 avril, l'Insee prévoit une augmentation sensible du taux de marge des entreprises à son niveau de 2011. Afin de convertir ces disponibilités à venir en investissements, Manuel Valls doit détailler une nouvelle série de mesures à l'issue du Conseil des ministres mercredi.

1- Les start-ups françaises en phase d'expansion doublement pénalisées par les lourdeurs fiscales et la frilosité des banques face aux risques commerciaux

Contrairement à quelques idées reçues, la France détient un des taux de création d’entreprise rapporté à la population parmi les plus élevés au sein de l’OCDE. Ce taux était, en 2014, de 0,86 % en France contre 0,49 % au Royaume-Uni 0,34 % en Allemagne, 0,67% en Espagne, 0,52 % en Italie, 0,14 % aux Etats-Unis et 0,07 % au Japon. Même en déduisant les auto-entrepreneurs, la France reste bien classée. Pour les start-up, notre pays fait la course en tête au sein de l’Union européenne. Parmi les jeunes innovantes, notre pays est devant le Royaume-Uni et devance de très loin l’Allemagne. Ce bon positionnement s’explique par l’existence d’un bon réseau d’écoles d’ingénieurs et par le dynamisme de certains centres de recherche.

>> Lire également Mesures en faveur de l'investissement : les erreurs économiques de François Hollande, épisode 432

La preuve de cette vitalité des start-up françaises a été fournie par la dernière édition du Consumer Electronics Show qui réunit chaque année, à Las Vegas, les entreprises les plus innovantes de l’électronique. Parmi les 900 entreprises présentes, 120 entreprises françaises, dont 66 start-up, seuls les Etats-Unis en avaient davantage.

Les jeunes entreprises françaises arrivent à lever des fonds certes sans proportion avec leurs homologues américaines mais les sommes en jeu ne sont pas misérables. Les fonds d’investissement, la BPI, les business-angels mais également le crowdfunding sont de plus en plus présents.

Ainsi, BlaBlarCar a réussi à lever 100 millions de dollars en 2014 afin de se développer à l’international. Finexkap, spécialiste de la reprise de factures impayées sur Internet a levé de son 22,5 millions de dollars. Synthesio, éditeur de solutions de gestion de la relation client et de la réputation sur les médias sociaux, a réussi également à engranger 20 millions de dollars.

La question est de savoir pourquoi il y a peu de start-up françaises qui réussissent à devenir des firmes mondiales. La question n’est pas que française, elle est américaine. Le problème, c’est le passage de la PME à l’entreprise de taille intermédiaire puis à la grande entreprise. Les raisons sont multiples. Au niveau sociologique, les créateurs français éprouvent des difficultés à ouvrir leur capital et à partager le pouvoir avec des représentants des fonds. Nous sommes marquées par notre culture pyramidale et du chef. Les créateurs français sont souvent des femmes et des hommes de coup. Ils préfèrent vendre une bonne affaire à bon prix que de prendre le risque de la développer sur le long terme. Il y a évidemment des aspects fiscaux et en particulier l’ISF qui peuvent freiner ces ouvertures de capital avec à la clef une dilution des actionnaires d’origine. Les banques peuvent quand les entreprises commencent à grossir et au moment où elles doivent prendre des risques, fermer le robinet à crédits avec comme conséquences, l’étiolement de la start-up ou son adossement à un grand groupe. Il faut, à ce titre, que les grandes entreprises sont des prédateurs de start up soit pour réduire la concurrence soit pour capter les innovations ainsi développées à peu de frais.

2- Le batîment, un secteur de TPE fermé au financement par les marchés, et dont les carnets de commandes légers peinent à convaincre les banques

En 2014, le secteur du bâtiment est celui qui a connu le plus grand nombre de défaillances d’entreprise. Ce secteur doit faire face à la baisse des permis de construire et à la réduction des commandes publiques. Les normes 2012 ont provoqué en outre un renchérissement des coûts. Les banques sont toujours très frileuses à financer les PME du bâtiment qui connaissent de fortes variations au niveau de leur carnet de commandes. Les entreprises du bâtiment doivent améliorer leur compétitivité en modernisant leurs équipements d’autant plus que la concurrence espagnole est de plus en plus vive. Certaines entreprises recourent à des travailleurs détachés et à de la sous-traitance pour résister mais cela ne durera qu’un temps… En lieu et place de mettre en place des dispositifs d’incitation fiscale pour le logement, il faut faciliter l’investissement dans ce secteur (amortissement exceptionnel, fonds de garantie bancaire…). Il faut également étudier les moyens de réduire les contraintes qui pèsent sur le foncier.

3- Des entreprises industrielles qui ont besoin d'investissements lourds, mais qui souffrent de l'absence de visibilité

Les entreprises industrielles ont réduit leurs investissements du fait de la baisse du taux de marge et de la faiblesse de la demande. Il faut savoir que le taux d’utilisation des capacités de production est faible en France et très en-deçà de son niveau d’avant crise, environ 76 % contre 84 %. L’industrie française est 10 points en-dessous de son niveau de 2008 quand celle de l’Allemagne est 8 points au-dessus. Le solde industriel est fortement déficitaire, plus de 28 milliards d’euros en 2014.

>> Et pour une approche macro-économique des leviers de l'investissement des entreprises, lire : L’ancien patron de la Fed passe la sclérose européenne au karcher

L’industrie française doit monter en gamme afin de retrouver de l’espace face à ces concurrents internationaux. Or, sans marge, pas de possibilité pour investir ; sans carnet de commande plein, pas d’incitation pour investir. Les chefs d’entreprise très méfiants vis-à-vis de la politique économique menée par les gouvernements depuis plusieurs années optent pour un dangereux immobilisme. L’entrée en vigueur du CICE et du pacte de responsabilité est trop récente pour avoir modifié leur comportement. Le taux de marge a commencé à réaugmenter mais de manière très faible. Il se situe à 29,9 % près de 10 points en-dessous du taux de marge allemand ou anglais.

Si la baisse des taux d’intérêt devrait faciliter l’accès au crédit, celui-ci se révèle plus complexe qu’auparavant en raison des conditions qui y sont associées. Les banques dont les ratios prudentiels ont été durcis prennent plus de garantie.

Malgré des résultats décevant ces derniers mois, l’industrie française devrait renouer avec la reprise d’autant plus que ces coûts sont inférieurs à ceux de l’Allemagne. La priorité est de créer un élan pour repositionner sur le haut de gamme et de se libérer de la contrainte des prix à l’exportation en fabriquant des produits à faible élasticité.

4- Le secteur du tourisme en proie à la nécessité de se moderniser face à la concurrence d'acteurs non-traditionnels et qui n'a pas les faveurs des dispositifs de financement public

La France est le premier pays au monde pour l’accueil de touristes internationaux, 85 millions. En 2013, la fréquentation de l'ensemble des hébergements touristiques a atteint 400 millions de nuitées mais la fréquentation des hôtels baisse. Ces derniers enregistrent la moitié des nuitées (197,9 millions de nuitées). En revanche, les résidences hôtelières et le tourisme à domicile (airbnb) se développent à grande vitesse. Face à cette évolution, les hôteliers doivent monter en gamme afin de spécialiser dans l’accueil de touristes étrangers et pour se différencier des chambres d’hôtes. Au niveau de la restauration, les contraintes des normes pèsent de plus en plus lourdement sur les marges. De ce fait, ce secteur qui concerne 250 000 entreprises et 680 000 emplois est assez fragile. Souvent mal épaulé par les pouvoirs publics car en-dehors du champ de la haute technologie, il est pourtant crucial pour l’économie française. Les entreprises du tourisme génèrent plus de 90 milliards d’euros de chiffres d’affaire.

5. Des grandes entreprises qui préfèrent désormais se financer à l'international et qui bénéficient en parallèle d'un fort soutien des pouvoirs publics

Les grandes entreprises françaises bénéficient d’un fort soutien des pouvoirs publics pour investir, CICE, crédit d’impôt recherche, commandes publiques certes en baisse… Pourtant, elles ont réduit la voilure préférant s’internationaliser. Elles n’ont pas de problème pour accéder à des financements du fait de leur taille. Elles empruntent de moins en moins aux banques et de plus en plus via le marché. Du fait de l’absence de fonds de pension français, elles doivent trouver des investisseurs internationaux étrangers. Les entreprises du CAC 40 sont détenues à plus de 50 % par des fonds étrangers ce qui constitue un record. Or, pour attirer des investisseurs étrangers, il faut consentir un peu plus de rendement qu’à des investisseurs nationaux. Cette dépendance à des investisseurs étrangers peut également contribuer aux délocalisations par une moindre référence au territoire national au niveau du Conseil d’administration. Les grandes entreprises allemandes du fait de la composition de leur actionnariat sont plus ancrées sur leur territoire. Mercedes, Porsche c’est Stuttgart, Volkswagen, Wolfsburg et BMW, Munich. Renault n’est plus à Boulogne et Citroën n’est plus à Javel… La France manque de banques à vocation régionale et industrielle qui suivent le développement des entreprises. Nous avons préféré un financement public avec la Caisse des Dépôts ou la BPI…

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2bout
- 07/04/2015 - 18:58
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Investir dans de la Machine-outil française, ce serait mieux, mais quasi-impossible.