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Stratégie
50 ans du début de la guerre du Viêtnam : les leçons des guerres ingagnables et ce qui pourrait nous servir dans la lutte contre l'EI
Publié le 23 février 2015
Il y a 50 ans commençait une guerre opposant une armée très bien équipée et formée, face à des troupes disparates, mais prêtes à mourir pour leur cause et se battant sur leur terrain. Ce contexte s'est répété plusieurs fois depuis, avec une issue le plus souvent défavorable au "fort".
Quentin Michaud est journaliste spécialisé dans les questions de défense et de stratégie. Il a été formé à l'Ecole de guerre économique.
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Il y a 50 ans commençait une guerre opposant une armée très bien équipée et formée, face à des troupes disparates, mais prêtes à mourir pour leur cause et se battant sur leur terrain. Ce contexte s'est répété plusieurs fois depuis, avec une issue le plus souvent défavorable au "fort".

Atlantico : En 1963, 16 000 conseillers militaires prêtaient main forte aux forces vietnamiennes du sud contre les troupes communistes. Deux ans après, commençait ce qui est devenu la guerre du Vietnam, dont on connait l’issue.  Aujourd’hui des militaires occidentaux contribuent à former et équiper les troupes irakiennes et kurdes qui contre-attaqueront eu printemps les forces de l’EI. Jusqu’où peut-on pousser la comparaison entre les deux situations ?

Quentin Michaud : La comparaison tient au fait que les Etats-Unis supportent une force intérieure afin de combattre un adversaire qui conquiert un territoire. Mais la comparaison s'arrête là à mon sens, la guerre contre les nord-vietnamiens n'a pas de similitude avec la guerre asymétrique que les Etats-Unis mènent aujourd'hui contre le terrorisme en Irak. L'ennemi est bien équipé et bien armé mais il ne constitue pas une véritable armée, ils usent de nombreux procédés qui nourrissent une terreur bien encadrée (attentats terroristes, enlèvements, médiatisation de leurs actions terroristes). 

L’étape suivante, en cas d’enlisement du conflit malgré l’aide apportée aux Irakien et aux Kurdes, sera-ce l’intervention, une fois de plus, des Américains, et cette fois de la France, sur le sol ?

A l'heure actuelle, on est effectivement dans une situation qui rend obligatoire un soutien qui va au-delà de la livraison d'armes et d'équipements. 2600 soldats américains forment autour de Bagdad des soldats irakiens qui devront reprendre les terres irakiennes conquises par l'Etat islamique. Selon les officiels américains qui se sont exprimés ouvertement sur le sujet à la presse américaine, c'est une bataille décisive qui se jouera au printemps pour que les quelques 25 000 combattants kurdes et irakiens reprennent possession de la ville stratégique de Mossoul. Etant alors soutenus sur le plan de la formation, ils sont également appuyés dans les airs par les avions de chasse la coalition. Mais cet appui ne suffit pas. Il faut effectivement "terminer" le travail au sol et Barack Obama va peut-être engager des troupes combattantes (Forces Spéciales) directement insérées au sein des forces kurdes et irakiennes. 

Mais il me paraît difficile que les Etats-Unis reproduisent l'erreur de l'invasion conduite en 2003 pour renverser Saddam Hussein en déployant un contingent américain conséquent en Irak se retrouvant alors embourbé face à un adversaire invisible qui rêve d'une telle confrontation directe avec les forces américaines. La formation et l'appui aérien ont déjà fourni des résultats, leurs effets peuvent être démultipliés en accentuant le rythme d'opérations spéciales et de missions d'appui feu au sol visant à frapper les terroristes au coeur de leur sanctuaire.
 

Dans ce contexte, la France fournit quelques dizaines d'hommes des Forces Spéciales et conventionnelles à Bagdad et à Erbil qui forment et conseillent les forces kurdes et irakiennes dans des domaines bien précis (génie de combat, appui feu, neutralisation d'explosifs, etc). En dehors d'un appui aérien renforcé par l'engagement du porte-avions Charles de Gaulle dans les opérations au-dessus de l'Irak, l'armée française est déjà très sollicitée au Sahel et en Centrafrique. Les effectifs ne sont pas extensibles de manière infinie. 

Quelles leçons tirer de cette guerre "ingagnable" qu’était le Vietnam ? La Corée, l’Indochine ou encore l’Afghanistan pour les Soviétiques sont-elles également des guerres qui peuvent nous en apprendre un peu plus sur les erreurs à ne pas commettre ?

Les erreurs d'hier nous mettent au pied du mur des enjeux que nous devons relever aujourd'hui. Les armes livrées en Afghanistan destinées à combattre l'Armée Rouge au cours des années 1980 ont terminé entre les mains des talibans. L'armement et l'équipement américain délivré à l'armée irakienne sont désormais entre les mains des djihadistes de l'Etat islamique. Les groupes terroristes se nourrissent de ces mêmes armes qui terminent aujourd'hui en Libye et que l'on retrouve même jusqu'au Mali. Reconnaissons qu'il n'existe pas de solution miracle plus encore aujourd'hui qu'hier. Ces erreurs ne doivent pas et ne peuvent pas nous empêcher de continuer à armer des forces locales qui servent nos intérêts. Cela n'est pas sans risque mais il faut bien trouver des relais locaux en Libye, au Yémen, en Irak pour contrer la menace terroriste et tenter de préparer une continuité politique au règlement de la guerre. Nous sommes davantage en ce moment dans une situation qui vise à contenir l'expansion de cette menace en Afrique et au Moyen-Orient que de la détruire de manière définitive. 

Le risque est-il aussi, par peur de perdre en crédibilité politique, pour les gouvernements occidentaux de s’acharner dans un bourbier inextricable ?

Depuis le 11 septembre 2001, la guerre contre le terrorisme ne connaît pas de temps mort et la période que nous vivons en ce moment inaugure une nouvelle ère incertaine face à laquelle notre organisation sécuritaire globale n'est pas adaptée. C'est cette adaptation dont nous devons faire preuve qui ne peut que permettre de contenir à défaut d'éradiquer la menace islamiste à l'intérieur comme à l'extérieur de nos territoires, en Europe ou aux Etats-Unis. 
 
Une adaptation militaire, économique, diplomatique qui demande beaucoup plus de temps que le tempo politique. Le retrait d'Afghanistan, la fin de l'opération Serval au Mali, le déclenchement des frappes aériennes en Syrie en Irak contre l'Etat islamique sont autant de repères clefs depuis l'Histoire moderne permettant de comprendre que les Etats occidentaux mènent un combat qui ne fait que débuter. 

 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Texas
- 23/02/2015 - 14:58
Terminologie
Le concept est ancien et a pour nom : " War by Proxy " . Les proxies en question défendent les interêts économiques et zones d' influence de leurs clients , qui sont souvent aussi les leurs .
cloette
- 23/02/2015 - 14:34
Comparaison limite
Comparaison avec le maquis des Algériens FLN , ou les talibans dans les grottes , mais là je ne vois pas le lien, certes il y a une sorte de maquis , mais non décidément quelque chose cloche dans le parallèle
zouk
- 23/02/2015 - 10:43
Forces françaises contre EI, Boko Haram, et autres
Même si elles ont très compétentes, nos forces armées sont déjà trop largement déployées pour obtenir seules des résultats probants. Nous ne pouvons ajouter à leur surcharge.