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Eternel Retour
25 ans après la chute du mur de Berlin, le cadavre des communistes européens bouge encore vivement (pour certains)
Publié le 16 novembre 2014
Malgré la chute du mur de Berlin en 1989, le communisme n'a jamais quitté la scène politique mais il est en France surtout présent dans les sciences humaines, l'enseignement plutôt qu'électoralement.
Stéphane Courtois est directeur de recherche au CNRS (université Paris X) et professeur à l'Institut catholique d'études supérieures de La Roche-sur-Yon. Il s'est spécialisé dans l'histoire des régimes communistes.
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Malgré la chute du mur de Berlin en 1989, le communisme n'a jamais quitté la scène politique mais il est en France surtout présent dans les sciences humaines, l'enseignement plutôt qu'électoralement.

Atlantico : Vous venez de publier l'édition 2015 de l'ouvrage collectif "communisme" dont le sous titre est "En Europe : L’éternel retour des communistes". Quels sont en 2014, les éléments qui attestent d'un retour des communistes ? 

Stéphane Courtois: "Eternel retour" est une manière de dire qu’à la fois ils n’ont jamais quitté la scène politique, mais qu’ils se présentent souvent sous d’autres formes de type néo-communiste ou post-communiste. Il faut distinguer des situations très différentes. En Russie, les communistes demeurent omniprésents, bien sûr avec le Parti communiste reconstitué après 1991, mais surtout avec Poutine et son équipe qui sont quasiment tous des hommes du KGB reconvertis dans l’administration étatique, les services secrets et le gros business (gaz, pétrole, etc.). En Europe centrale et orientale, cela dépend : là où il y a eu une véritable révolution anticommuniste en 1989 – dans les Etats baltes, en Pologne, en République tchèque –, soit ils se sont convertis effectivement à la démocratie parlementaire, soit ils sont marginalisés. Mais là où on a assisté à une fausse révolution mise en scène par des fractions du parti communiste et de la police politique – Roumanie, Bulgarie, Slovénie etc. –, les communistes se sont reconvertis – au sens professionnel du terme – en « sociaux-démocrates », tout en s’assurant du maintien du quasi monopole qui était le leur sur la justice, les médias, l’économie et la politique. En Europe occidentale, en dehors des nombreux groupes toujours orthodoxes, nombre de communistes se sont rapprochés de l’extrême gauche et des écologistes pour former des alliances électorales, et être en meilleure position pour s’allier aux socialistes.

>>Lire également les bonnes feuilles du dernier ouvrage de Stéphane Courtois : A la conquête du pouvoir et des richesses nationales : la captation des Etats par les ex-élites communistes

Pourquoi les communistes n'ont-ils jamais disparu finalement ? 

Ils n'ont pas disparu parce que les pouvoirs communistes, à la différence du pouvoir nazi allemand ou fasciste italien, n'ont pas été vaincu militairement par les démocraties. 

Ils se sont effondrés sur eux-mêmes, ce qui a laissé le temps à la partie la plus opportuniste et la plus décidée de ces pouvoirs de préparer d'abord une retraite, puis ensuite un retour.

Cela s'est opéré essentiellement à travers les services secrets et les polices politiques qui controlaient les flux financiers internationaux et qui disposaient de dossiers et de moyens de chantage sur de nombreuses personnalités.

Et qui en outre ne se sont pas gêné pour truquer les élections et même pour utiliser la force pure et simple.

Alors que le Parti communiste et le Parti de gauche ont essuyé une défaite lors des dernières élections européennes, quelle forme alors ce retour en France ?

Il est vrai que le communisme est affaibli sur le plan électoral, à la fois en raison des modes de scrutin, et parce qu’il est coincé entre le PS au pouvoir et le Front national qui est en train de conquérir un électorat populaire – ouvriers et employés –, très déçu du président et du gouvernement et sensible aux thèmes démagogiques de Marine Le Pen, bien proches de ceux de Georges Marchais il y a 30 ans. Mais sur le plan des idées, les communistes et l’extrême gauche demeurent puissants dans l’enseignement, dans l’université, dans les sciences humaines, dans nombre de médias. Certaines figures demeurent emblématiques, comme celle d’Alain Badiou qui revendique toujours l’idée communiste tout en continuant de dire son admiration pour les Khmers rouges ou pour la Révolution culturelle de Mao. On constate que 15 ans après la publication du Livre noir du communisme, qui dénonçait la dimension fondamentalement criminelle des pouvoirs communistes au XXe siècle, leur caractère totalitaire tend à s’effacer.

Si le communisme "s'exprime" dans les mouvements altermondialistes en France, cela témoigne-t-il d'une mutation de la sociologie communiste ? 

Il devient difficile de parler d’une sociologie du communisme, tant le PCF est aujourd’hui affaibli et réduit à quelques dizaines de milliers de membres et tant il a perdu une grande part de son implantation dans le monde ouvrier. Il s’est replié sur le monde enseignant en général, sur les municipalités qu’il contrôle et à la CGT – surtout implantée à EDF-GDF, à la SNCF, dans le métro, les ports, etc –, c’est-à-dire dans le secteur public et parapublic.

Comment la colonne vertébrale du communisme a-t-elle évolué pour s'adapter aux préoccupations contemporaines ? 

Il est symptomatique que nombre de communistes refusent d’assumer ce que fut leur histoire durant 74 ans, de 1917 à 1991, expliquant qu’il ne s’agissait pas du « vrai » communisme. Ce déni, voire souvent un négationnisme, est un moyen commode d’« oublier » Brejnev, Staline, Lénine et leurs crimes contre l’humanité. Parfois même gênés par Marx – un penseur peu porté sur la démocratie parlementaire et adepte de la violence –, ils remontent au fondateur du communisme moderne, Gracchus Babeuf, qui en 1795 prônait « la Sainte Égalité » et la « Communauté de biens ». Cela demeure un horizon utopique fondamental qui se nourrit d’un anticapitalisme devenu aujourd’hui antimondialisation, doublé du traditionnel anti-impérialisme contre les Etats-Unis. Ces thèmes demeurent communs à tous les communistes européens, « de l’Atlantique à l’Oural », et continuent de fonder leur identité commune.

Faut-il voir dans la montée du Front national auprès des classes populaires un échec des partis communistes à saisir les préoccupations qui traversent les classes populaires contemporaines ?

Le PCF avait réussit son implantation dans le monde ouvrier entre 1935-36 et les années 1960 en l’aidant à obtenir des avantages sociaux très importants – salaires, horaires, vacances, etc. –, en lui offrant un modèle identitaire gratifiant – LE métallo, LE mineur, LE docker etc. – dans une société où le manuel était méprisé des élites, et en lui proposant un « avenir radieux » – le socialisme à la mode soviétique. NOr, l’effondrement de l’URSS a désenchanté puis ruiné le rêve. La crise pétrolière, la désindustrialisation, le passage au post-industriel de la fin des années 1970 ont détruit la base sociologique ouvrière – voir l’exemple de la sidérurgie en Lorraine. Et dès 1981, on a assisté à la désaffection électorale envers le PCF des ouvriers et employés qui se sont d’abord reportés sur le PS. Mais l’annonce par les dirigeants de Terra Nova que l’avenir de ce parti n’était plus dans les couches populaires mais dans les classes moyennes et supérieures, n’a pu que désespérer un peu plus ces milieux populaires, violemment frappés par le chômage et qui se vengent des élites en votant Le Pen. 

Propos recueillis par Carole Dieterich 

 

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langue de pivert
- 16/11/2014 - 19:48
Bravo !
Le "livre noir du communisme" devrait être étudié dans les écoles ; collèges ; lycées et universités ainsi que sa suite "du passé faisons table rase". En histoire, (contemporaine). Au même titre que sont étudiés le nazisme et ses méfaits en étudiant la seconde guerre mondiale ! Avec le noyautage de la gauche dans l'E.N. c'est pas demain ! Bon c'est plus compliqué d'emmener un car d'élèves dans un ancien goulag en Sibérie qu'à Dachau ! ☺ Un regard d'une grande lucidité de M. Courtois. Une analyse en béton, sans une faille, inattaquable. Un grand historien, ses écrits seront encore une référence sur le communisme dans un siècle.
timee
- 16/11/2014 - 16:46
Gauchistes : nier le réel
@Ganesha : Un commentateur qui commence par dénigrer ce que lui semble être les autres commentateurs plutôt que d'argumenter est probablement un gauchiste ... Ceci dit, depuis un siècle que cette funetse idéologie existe, connaissez vous UN seul pays où elle ait amené la réduction des inégalités sociales (même dans la pauvreté) ? Partout les apparatchiks du parti vivaient dans l'opulence au dessus d'un peuple qu'ils méprisaient. L'argent n'est jamais plus justement dépensé que par celui qui s'est donné la peine de le gagner !
Texas
- 16/11/2014 - 13:50
Contes pour enfants :
" Le livre noir du Communisme " , écrit par un collectif auquel appartenait Stéphane Courtois , dans lequel est relaté toute la tendresse de l' Ideologie . Mais que les Post-Modernes continueront à nier en essayant de nous convaincre d' un dévoiement historique , alors qu' Hannah Arendt a elle aussi parfaitement décrit que le Socialisme porte dans son ADN , celui du Totalitarisme . Ou la preuve est faite que l' on peut être jeune et décérebré .