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La situation en Ukraine semble se normaliser.
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La seule vraie question que doit se poser l’Otan pour décider de la réaction à adopter face à Poutine

Publié le 04 septembre 2014
Qui aurait pensé que Vladimir Poutine prendrait ainsi le contrôle de la Crimée ? Si les ambitions territoriales de la Russie sont difficiles à prévoir, elles ne sont plus à démontrer et le pays n'avait pas hésité dans le cas de la Géorgie à intervenir militairement afin de maintenir sa zone d'influence.
Béatrice Giblin est géographe et membre fondatrice, avec Yves Lacoste, de la revue de géographie et de géopolitique Hérodote, dont elle est actuellement codirectrice. Elle a fondé, en 2002, l’Institut français de géopolitique, université Paris-VIII.
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Béatrice Giblin
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Béatrice Giblin est géographe et membre fondatrice, avec Yves Lacoste, de la revue de géographie et de géopolitique Hérodote, dont elle est actuellement codirectrice. Elle a fondé, en 2002, l’Institut français de géopolitique, université Paris-VIII.
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Qui aurait pensé que Vladimir Poutine prendrait ainsi le contrôle de la Crimée ? Si les ambitions territoriales de la Russie sont difficiles à prévoir, elles ne sont plus à démontrer et le pays n'avait pas hésité dans le cas de la Géorgie à intervenir militairement afin de maintenir sa zone d'influence.

Atlantico : La situation en Ukraine semble se normaliser, avec l'annonce par les présidents russe et ukrainien d'un cessez-le-feu. Mais après la crise ukrainienne, pensez-vous que la Russie pourrait être tentée par d'autres ambitions territoriales ? Pourrait-il y avoir la tentation de s'étendre sur ce qui serait considéré comme une "zone d'influence" russe ?

Béatrice Giblin : Oui elle paraît se normaliser car le président ukrainien est conscient des faiblesses de son armée mise en difficulté du fait des renforts russes et de l'assurance qu'il a désormais de la non intervention des forces occidentales sur lesquelles il comptait pour les soutenir. 

Quant aux ambitions territoriales de la Russie, c'est difficile à prévoir. Qui aurait pensé que Vladimir Poutine prendrait de cette façon le contrôle de la Crimée ? Par ailleurs, il a déjà étendu son contrôle sur la Biélorussie et le Kazakstan et, dans une moindre mesure il est vrai, sur les républiques d'Asie centrale ; quant aux républiques du Caucase, l'exemple de la Géorgie leur a montré que la Russie n'hésitait pas à intervenir militairement quand elle estimait son contrôle sur sol étranger proche menacé.

Quelles seraient alors les zones les plus à risques pour voir se développer une tension, potentiellement armée, avec la Russie ? Pourquoi ? 

On pense bien sûr aux Etats Baltes où résident des minorités russes mais qui ne sont importantes qu'en Estonie, à Tallin la capitale et dans une région au nord-est de ce petit pays. Mais à la différence des Etats cités auparavant, les Etats Baltes sont membres de l'OTAN et donc en cas d'intervention de l'armée russe les forces de l'OTAN devront intervenir. C'est pourquoi je ne pense pas que les Etats Baltes soient les plus menacés. De même l'Azerbaïdjan est un Etat trop important pour intervenir et l'argument des minorités russes ne s'y pose pas de la même manière. Je pense que c'était l'Ukraine qui représentait l'enjeu le plus important pour la Russie.

La sphère d'influence russe est vaste, c'est pourtant en Ukraine que s'est cristallisée la plus grosse tension depuis la fin de la Guerre froide. Pourquoi ? Quelle est la particularité de l'Ukraine aux yeux de la Russie ?

Comme je l'ai déjà dit sur votre site (cliquez sur la biographie de l'auteur pour accéder à ses interviews ndlr) les liens historiques de la Russie avec l'Ukraine sont très anciens - au 18ème siècle la Russie tsariste prend le contrôle de l'Ukraine - et les liens furent très étroits. Pour les Russes la nation ukrainienne n'existe pas réellement et ils dénient à la langue ukrainienne le même statut qu'à la langue russe. Le rapprochement de l'Ukraine avec l'Europe est donc vu comme une trahison,  tant de la part des Ukrainiens surtout ceux de l'Ouest du pays qui ne partagent pas la même histoire que ceux de l'est. Rappelons que les frontières ouest de l'Ukraine sont récentes et que la partie ouest de ce pays était un territoire polonais jusqu'en 1939. En outre Staline a toujours réprimé toutes les tentatives de mouvements autonomistes ukrainiens en s'opposant par exemple à l'utilisation de la langue ukrainienne.

Enfin, la représentation du risque de l'encerclement de la Russie  est forte dans certains milieux politiques et militaires russes même si on peut la juger infondée ; néanmoins elle existe. Aussi le rapprochement avec l'UE est-il mal vécu et ce d'autant plus que l'OTAN avait promis de ne pas intégrer les Etats Baltes et que cette promesse n'a pas été tenue ; les Russes estiment qu'il pourrait en être de même avec l'Ukraine.

Avant l'Ukraine, il y eut déjà le précédent géorgien en 2008. Y a-t-il des similitudes flagrantes avec la situation en Ukraine ? Etions-nous déjà face à une manifestation d'un expansionnisme russe ? Ces crises assez rapprochées dans le temps ne donnent-elles pas une indication sur les volontés russes à long terme ?

Les situations de la  Géorgie et de l'Ukraine ne sont pas exactement les mêmes. Tout d'abord  la taille même de ces deux Etats : l'Ukraine compte 45 millions d'habitants et a une superficie de 600 000 km2 et la Géorgie 4,5 millions d'habitants et 70 000 km2 : en quelque sorte la Géorgie représente le 1/10 ème de l'Ukraine, donc peu de chose. Mais sur le plan symbolique, il est indéniable que pour Vladimir Poutine, il était important de montrer aux Occidentaux qu'il ne tolérerait pas la moindre ingérence sur ce qu'il considère comme la zone d'influence russe. Depuis 2008, le temps de la faiblesse de la puissance russe sous  la présidence Eltsine est clairement fini.

Récemment les russes ont a plusieurs reprises violé l’espace aérien finlandais. Faut-il le voir comme une forme d'avertissement de la part des Russes ? S'agit-il d'une volonté de rétablir des relation similaires à celle que les deux pays entretenaient pendant la Guerre Froide ? 

Je ne crois pas que Vladimir Poutine cherche à recréer un climat de guerre froide ni réinstaller des relations du même type que pendant la guerre froide. Mais il s'agit de bien faire comprendre que désormais la Russie est redevenue une puissance avec laquelle il faut compter.

La réponse des pays de l'OTAN a finalement été assez mesurée en Ukraine. Ce relatif non-interventionnisme ne pourrait-il pas pousser justement la Russie à être plus expansionniste, voyant qu'elle rencontrait jusque-là peu de résistance ?

Je ne le pense pas. Si un cessez le feu a été signé entre Petrochenko et Poutine c'est  parce que V. Poutine sait aussi jusqu'où ne pas aller trop loin, même si avec le soutien aux séparatistes il est déjà allé très loin. Il ne faut pas négliger son isolement diplomatique : on présente souvent la Chine comme étant un partenaire proche de la Russie qui par son marché peut aisément compenser le marché européen. Mais les choses ne sont pas si simples et si la construction d'un immense oléoduc vers la Chine vient d'être démarrée il n'est de fait pas encore opérationnel. Or les exportations de gaz russe vers l'UE sont indispensables au budget russe puisque l'économie russe est principalement une économie de rente. Les revenus des hydrocarbures vendus à l'UE sont donc indispensables il n'est donc pas si facile de s'en passer.

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Commentaires (3)
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vangog
- 04/09/2014 - 15:16
Comme dans toute paranoïa, les dirigeants russes sont
responsables de leur peur obsessionnelle de l'encerclement. En pratiquant une diplomatie agressive et impérialiste vis à vis de leurs voisins directs, aussi bien que la persécution de leurs minorités ethniques et linguistiques, les Russes ont justifié la défiance et le mépris qu'ils inspirent à tous leurs voisins. Ils récoltent, aujourd'hui, le résultat de la haine qu'ils ont , eux-même, semés! Leur paranoïa anti-encerclement n'est donc pas près de s'éteindre et culminera dans une crise majeure qui justifie la réactivation des défenses de l'OTAN.
Trop longtemps, l'UE a été la victime des stratégies écolo-pacifistes et autres ultra-gauchistes qui relayaient les ordres russes, et la baisse des budgets européens de défense qu'ils ont suscité est responsable, pour une grande part, de la stratégie de conquête de l'ogre russe.
Leucate
- 04/09/2014 - 14:36
(suite)
Qu'on l'admette ou pas peu importe, il y a bien deux Ukraine, celle qui regarde vers la Russie orthodoxe et celle qui regarde vers l'Occident catholique latin. L'Histoire reprend toujours ses droits, meme après les bouleversements dus à deux guerres mondiales, à la guerre civile et à l'instauration du bolchévisme et de la collectivisation.
L'Ukraine indépendante n'a jamais été un Etat stable, gouvernée qu'elle était par un parti Orange pro-occidental représentant l'ancien e "rive droite" ou un parti Bleu pro-russe représentant l'ancienne"rive gauche" de la Russie impériale.
L'insurrection armée qui renversa le parti Bleu au pouvoir à Kiev a été le déclencheur de ce qui s'est mué en guerre civile entre les deux Ukraine, la catholique et l'orthodoxe.
Un peu comme pour ce qui s'était passé en ex-Yougoslavie entre la Croatie et la Serbie, même peuple, mais un histoire ancienne différente, sauf que les différences sont moins marquées en Ukraine.
Seule la fédéralisation pourrait recoller les morceaux s'ils peuvent encore l'être, assortie de la neutralisation - pas d'OTAN en Ukraine - sur le modèle Finlandais. Sinon, la Russie récupère à terme la Rive Gauche qui est historiquement russe.
Leucate
- 04/09/2014 - 14:17
Les deux (ou trois) Ukraine
En complément de l'article, pour bien comprendre, il faut remonter jusqu'au XVII° siècle. En 1914, l'Empire de Russie distinguait deux parties de cette province, la Rive Gauche et la Rive Droite, dont l'histoire est complètement différente.
La Rive Gauche se subdivisait en deux: à l'Ouest, l'ancien protectorat russe sur les cosaques zaporogues orthodoxes, l'Hetmanat de Kiev, dont les chefs avaient sollicité la protection du tsar, protecteur des orthodoxes, contre les polonais et les musulmans du Khanat de Crimée qui débordait largement de la presqu'île. A l'Est, la Nouvelle Russie, ce sont tous les territoires où l'on se bat actuellement, territoires de Reconquista comme dirait un espagnol,, c'est l'ancien khanat de Crimée vassal d'Istanbul, conquis et annexé par l'impératrice Catherine II et son général préféré, le prince Potemkine, véritable prince consort non officiel. Comme en Espagne au XIII° siècle, ces terres de reconquête furent repeuplées de russes.
La rive droite, c'est toute l'Ukraine polono-lituanienne, annexée par Catherine II lors du partage de la Pologne en 1772, Galicie exceptée. En rive droite, les paysans ukrainiens travaillaient pour les nobles polonais.