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Beaucoup de personnes possèdent des photos d'elles nues.
© Reuters
Beaucoup de personnes possèdent des photos d'elles nues.
Ta mère en fourrure sur la toile

Anatomie d’un phénomène : pas besoin de voler les photos de M et Mme Toutlemonde nus, contrairement aux stars, les anonymes en publient en masse sur internet

Publié le 05 septembre 2014
Si on ne sait pas combien de personnes postent des images d'elles nues, tout un chacun pourrait se laisser tenter. On sait par ailleurs que beaucoup possèdent des photos d'eux nus, qu'il s'agisse de selfies ou de photos prises par leurs partenaires. Et les femmes sont les premières concernées.
Christophe Colera est sociologue et anthropologue.Il a écrit La nudité pratiques et significations, éditions du Cygnes 2008 et Les tubes des années 1980 (Cygnes, 2013)
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Michelle Boiron est psychologue clinicienne, thérapeute de couples , sexologue diplomée du DU Sexologie de l’hôpital Necker à Paris, et membre de l’AIUS (Association interuniversitaire de sexologie). Elle est l'auteur de différents articles...
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Christophe Colera
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Si on ne sait pas combien de personnes postent des images d'elles nues, tout un chacun pourrait se laisser tenter. On sait par ailleurs que beaucoup possèdent des photos d'eux nus, qu'il s'agisse de selfies ou de photos prises par leurs partenaires. Et les femmes sont les premières concernées.

Atlantico : Après la publication des photos de Scarlett Johansson nue en 2011, ce sont les photos de Jennifer Lawrence qui ont fuité le 31 août 2014. Plus d’une trentaine de stars se seraient fait dérober des photos-dont certaines très coquines- sur leur téléphone portable ou leur compte iCloud. Si les stars sont généralement victimes de hackers, parmi les anonymes, combien sont-ils à s'exposer volontairement nus sur Internet ? Où trouve-t-on ces photos, sur quels types de sites ?

Christophe Colera : Les célébrités postent des photos dénudées sur des réseaux sociaux comme Twitter (comme l'avait fait Lady Gaga) ou Instagram (Rihanna récemment). Il y a des sites spécialisés dans les images ou vidéos de célébrités nues, qui collectionnent les photos trouvées dans les journaux ou dans des films etc., certains exposant même des fausses photos qui sont des montages réalisées à l'aide de Photoshop. 

Ensuite tout un chacun peut être tenté de faire cela. Beaucoup le tentent même sur des réseaux sociaux qui interdisent la nudité comme Facebook, dans le but de briser le tabou.

Il faut distinguer (ce qui n'est pas toujours possible) les gens qui postent volontairement des photos d'eux et ceux dont leurs proches ou "ex" le font pour eux, avec leur consentement, leur demi-consentement, ou sans leur consentement du tout.

On a beaucoup parlé en 2013 du Revenge porn par exemple, les gens qui balançaient des photos ou des vidéos de leurs exs nu(e)s pour se venger. Le Daily Mail britannique racontait cette anecdote rapportée par le San Francisco Chronicle du 22 janvier 2013 à propos du site Texxxan.com : une mère de 27 ans , Kelly Hinson, aux alentours de la mi-janvier, faisait du shopping dans un supermarché Walmart quand un inconnu est venu vers elle pour lui dire "tu es Kelly n'est ce pas ?". Et il lui a expliqué qu'il a sauvegardé sur son ordinateur des photos d'elle nue prises par son dernier petit ami. Le site mentionnait son lieu de résidence et divers éléments "trash" (comme le fait qu'elle aurait tenté d'avorter "avec un cintre rouillé" -sic-). Elle est allée au commissariat de police, puis elle a consulté deux avocats, mais sa plainte n'a pas été prise en considération. On lui a expliqué qu'il n'y avait rien à faire, d'autant que Kelly Hinson ne peut même pas se retourner contre l'auteur des photos qui s'est suicidé deux mois avant leur publication (de sorte que celles-ci circulent désormais indépendamment de lui).

Quelle est ampleur du phénomène ? Et quelles sont les catégories de population qui sont concernées par ce genre de pratiques ?

Christophe Colera : On a peu d'éléments sur le nombre de gens qui postent des photos d'eux nus volontairement, car la plus grande opacité tourne autour de ce sujet - les gens ne répondent pas sincèrement aux questions des interviewers là-dessus. J'avais quand même pu faire une enquête qualitative chez des lycéennes il y a 3 ans. On voyait que la tendance à se dénuder sur des réseaux sociaux correspondait à deux profils : soit des filles timides, qui sortent peu en boîte, qui parlent peu et qui se mettent ainsi en valeur par l’image ; soit des filles qui ont un profil psychologique plus extraverti que la moyenne.

Michelle Boiron : C’est d’abord fondamentalement féminin. Aujourd’hui et de manière consentante, elles décident de se filmer nues et  diffusent les images sur Internet.

A l'heure actuelle, tout le monde peut se montrer grâce aux réseaux sociaux. Nos photos, nos images nous échappent dès qu’elles sont sur le Net.  Ce qui était réservé avant aux stars et hommes célèbres s’étend à tout le monde et donne ainsi le sentiment d’exister.

Nous sommes dans un monde où l’image prime sur tout le reste. " Le poids des mots, le choc des photos " : le slogan bien connu d’un magazine tout aussi connu! Il était précurseur à l’époque. Aujourd’hui, il reste surtout l’image, mais quelle image ? Le grand sport est de se montrer.  Où ? Avec qui ? Dans quel lieu ? Et dans quelle tenue ? Y a-t-il une limite ?

La confusion entre vie publique et vie privée s’étend à l’image. Il n’y a plus beaucoup d’intimité pour le commun des mortels; quant aux stars, c’est la traque permanente. Certains se font plus discrets que d’autres. On arrive néanmoins à leur voler quelques moments intimes.  On fête en ce moment l’anniversaire de Brigitte Bardot : elle a été en son temps assaillie et littéralement victime des photographes. En ce sens, ce n’est pas un phénomène nouveau.

Ce qui est nouveau, c’est que se généralise la diffusion de photos privées en photos divulguées sans accord. C’est dans un premier temps, en tout bien tout honneur, réalisé par les proches pour en rire et projeter ensuite sur des sites et réseaux sociaux. Cela prend de l’ampleur car l’image se répand comme une trainée de poudre sans consentement. Votre image ne vous appartient plus. 

 

Quelles sont les motivations de ceux qui s'exposent nus ou quasiment nus sur Internet ? Faut-il y voir une forme de transgression ?

Michelle Boiron : Avant d’être une transgression, c’est d’abord une forme d’exhibitionnisme qui est l’envers du voyeurisme. Voir et être vu. Les deux phénomènes sont complémentaires. C’est toujours une forme de provocation, d’excitation, parfois un jeu ou un pari.

Ce phénomène est accentué par la banalisation de la nudité qui, sur la voie publique, représente toujours un délit donc une transgression, un interdit.

Il faut distinguer selon les catégories. Etre actrice, c’est par nature accepter de s’exhiber devant une caméra. Dès lors poser nu devant un photographe relève de la même nature qu’être pris par la caméra ; c’est une différence de degré puisque l’actrice est dans son rôle. Le cinéma utilise souvent la femme dans son rôle de séductrice, la met à nu. Pas surprenant que celles qui ont voulu devenir actrices se soient mises à nu devant un photographe. Tout autre est la motivation des femmes qui se filment aujourd’hui sur Internet.

Pour les adolescentes, c’est une manière de prendre conscience de leur corps et se renarcissiser. Elles n’avaient pas prévu que cela deviendrait public. Se montrer nu, dans son plus simple appareil, relève normalement de la sphère privée. La pudeur et les complexes empêchaient autrefois les adolescentes de se dévoiler. Ces mêmes complexes dans une société sans tabous ni limites les incitent aujourd’hui à se montrer nu pour dépasser cette phase difficile de transformation de leur corps qui génère une faible estime de soi. En s’exposant, elles pensent s’affranchir de leurs craintes. Si dans le regard de l’autre, elles sentent qu’elles existent,  elles acceptent de jouer le jeu de la nudité qui crée  la séduction et  l’excitation.

Il y a des lieux pour se montrer nus. Les camps, plages de nudistes en témoignent. ils ont toujours existé et leurs adeptes ont une philosophie qui " va avec ". C’est une décision prise, un mode de vie choisi.

Les cabarets, dont le Crazy Horse, ont fait leur renommée sur l’exposition de corps de femmes magnifiés et choisis pour signifier l’existence d’un corps parfait et représentatif de l’idéal et du fantasme du moment. En revanche, une star au demeurant très célèbre, pour ne pas la nommer, a eu le courage alors que ses mensuration n’étaient pas conformes, à s’exposer parmi ces corps de femmes idéales. Alors une provocation ? Une revanche ? Ou une simple exhibition pour provoquer le mâle?   

Christophe Colera : Les filles qui sont moins dans la dépendance à l’égard du regard d’autrui (et du regard masculin), pouvant plutôt se contenter de diffusion d’images d’elles dans des réseaux plus restreints, ou l’envoi du strip tease à leur petit ami.

Chez les femmes d'âge plus mûr, cela peut correspondre à des défis personnels, ou simplement un besoin de valoriser son corps dans un moment de déprime comme ces femmes qui vont chez des photographes d'art qui prennent des photos d'anonymes et les mettent sur la toile (j'ai préfacé le livre de l'un d'eux à Paris). Certaines en font même un combat idéologique, celui du refus du vêtement (un combat dans lequel l'affirmation de soi peut finir par effacer complètement le désir de plaire).

Les personnes dont des images circulent sur Internet ont-ils conscience du risque qu'ils prennent à s'exposer de la sorte ? Quelle est la nature de ce risque ? Avez-vous connaissance de cas qui auraient mal tournés ?

Michelle BoironJe ne pense pas que ces personnes aient conscience du risque couru car ce n’est pas directement sur Internet que ces images  sont filmées ou photographiées. Il s’agit souvent de photos privées qui ont été piratées et qui se retrouvent ensuite sur Internet, comme en témoigne cette affaire. Les risques sont multiples, parmi lesquels, tout d’abord, l'atteinte à la réputation. Très souvent, ces photos ont été prises alors que les stars n’étaient pas connues et avaient besoin d’argent ou pensaient que ces photos les aideraient à se faire connaître ou encore, il s’agit de photos prises dans le cadre de leur vie privée.  Quand elles se retrouvent sur Internet, à un moment où la personne est " honorablement " connue, cela peut sinon ruiner sa carrière, du moins singulièrement atteindre sa réputation. Les conséquences sur l’entourage, les enfants , peuvent être très négatives.

En deuxième lieu, existe le risque de déstabilisation personnelle. Si, à un moment de sa vie, telle ou telle apprentie star ou autre, a accepté que soit pris ce type de photos, ou, encore pire, s’il s’agit de photos privées piratées, elle peut être impactée par une publication des années plus tard sut Internet. Le droit à l’oubli n’existe pas encore vraiment sur Internet. Et même si la sanction judiciaire permet de supprimer les photos de l’Internet, le mal est fait ; les photos ont circulé et ont été copiées. Les commentaires souvent outranciers, qui accompagnent ces diffusions, contribuent à accroître les risque de déstabilisation.

En troisième lieu, ceux dont les photos circulent ainsi sur Internet s’exposent à des opérations de chantage de la part de ceux qui détiennent les négatifs, ou encore de harcèlement de la part de déséquilibrés. 

La diffusion de ces photos, uniquement de femmes, inaugure un nouveau sexisme anti-femme. Il s’agit de les rabaisser, de leur faire honte.

Par exemple, l’amie du joueur de football camerounais Samuel Eto’o a été congédiée de son emploi à cause de la publication de photos d’elle nue sur Internet ; traumatisée, la jeune femme a dû être hospitalisée.

Christophe Colera : Il existe un danger pour celle qui a décidé d'offrir son image de la sorte : celui de tomber dans le cliché de la femme facile, de s'enfermer dans ce rôle. Il est intéressant de voir que même des infirmières qui avaient posé nues pour une cause avaient eu ensuite des inquiétudes sur le risque de passer pour des catins. Elles peuvent cependant compter en partie sur le développement du "droit à l'oubli" et sur le caractère éphémère des passions que déclenche Internet. Du moins pour ce qui concerne les gens ordinaires. Certaines en font carrière, comme cette étudiante argentine, filmée par son petit ami en train de montrer ses seins sur les bancs de la fac, Annalissa Santi, qui est devenue la coqueluche de la toile en 2013 et qui s'est tournée par la suite vers une carrière de modèle et dans la téléréalité. Mais bien sûr, ces cas sont les plus rares.

Qu'est-ce que cela traduit de l'évolution de notre rapport au corps ?

Christophe Colera : Si on ne sait pas combien de femmes postent des images d'elles nues, on sait en revanche que beaucoup de gens ont des photos d'eux nus, soit qu'il s'agisse de selfies, soit que leurs partenaires en aient prises.

Et l'on sait à quoi cela est dû : la diffusion des moyens de capture d'images très discrets (téléphones mobiles) et des écrans qui créent une emprise très forte de l'image sur les esprits (ce que Régis Debray appelait la "victoire de la vidéosphère sur la graphosphère") peut entrainer une obsession de la fétichisation des images des instants, et une volonté d'immortaliser chaque seconde de sa vie, un peu comme ce personnage du film Brooklyn Boogie (1995) de Wayne Wang avec Mel Gorham qui filmait le même coin de rue de son quartier en toutes saisons. Cette obsession de l'image, seule valeur pérenne face à l'agression du temps, se fixe sur l'image du "moi" avec ces gens qui photographient leur visage chaque jour de l'année pour en faire ensuite un montage en film accéléré sur leur ordinateur. Compte tenu de l'invasion de l'espace public par la nudité (une invasion qu'on remarquait déjà dans les années 1950 sur les affiche publicitaires, mais qui aujourd'hui est démultipliée sur les écrans), on comprend que le besoin de fixer l'instant se porte aussi sur la nudité, qui est devenue en soi un éloge de la jeunesse, de la beauté et de la liberté corporelle, de la fraîcheur et désir. Le fait de se photographier ou se faire photographier devient une sorte d'acte rituel au service de cette religion collective. Acte rituel qui a renforcé cette religion, ainsi que la norme apparente de la monstration de soi dans l'espace des écrans. Une religion dont des célébrités qui n'ont acquis leur célébrité que par le fait de se montrer comme naguère Paris Hilton, et aujourd'hui Kim Kardashian et Nabila, sont en quelques sortes les grandes prêtresses, qui elles-mêmes pratiquent périodiquement une monstration rituelle sur la toile qui légitime leur religion et leur rôle sacerdotal.

Cependant, nous ne sommes plus dans le polythéisme de l'Empire romain que dans le dogmatisme chrétien médiéval. Le culte de la monstration de soi, comme le culte de Mithra dans l'Antiquité si l'on veut, est un culte certes bien installé chez les consommateurs d'images suggestives sur la Toile (hommes et femmes), et dans certaines avant-gardes médiatiques, mais qui aussi suscite des agacements et de forts réflexes de rejet dans des pans importants de la société (voir le sondage Ifop-Tena de 2008 sur le nombre de femmes agacées par le fait de voir des seins et des fesses dénudées sur des affiches par exemple).

Propos recueillis par Carole Dieterich

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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cpamoi
- 03/09/2014 - 18:59
Sexualisation de la société.
La sexualisation du monde occidental est la continuité logique du culte du corps né aux USA, et propagé en France par mai 68. Les promoteurs se délectaient d’une doctrine permettant de coucher avec de jeunes et jolies filles, lesquelles ne pouvaient refuser sous peine de paraître « réac » et « vieux jeu ». Rome s’est effondré au milieu des orgies. Nous en prenons le chemin.

La sexualisation de la société, la permissivité grandissante, vont de pair avec l’éclatement de la cellule familiale. Eclatement dont les jeunes générations assumeront le fardeau : on ne réchappe pas d’une société qui promeut l'insécurité affective.