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Un drone volant en pleine campagne.
Double facette
Livrés par un drone ou espionnés par un autre : du potentiel de service ou de celui de nuisance, qu’est-ce qui l’emportera ?
Publié le 29 août 2014
La police canadienne a reçu depuis le mois de mai dix plaintes de personnes ayant été espionnées à leur domicile par des drones. L'utilisation à des fins de voyeurisme de ces appareils est l'un des nombreux dangers qui nous guettent dans le futur, si on ne se dote pas d'une législation adaptée.
Fabrice Epelboin est enseignant à Sciences Po et cofondateur de Yogosha, une startup à la croisée de la sécurité informatique et de l'économie collaborative.
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La police canadienne a reçu depuis le mois de mai dix plaintes de personnes ayant été espionnées à leur domicile par des drones. L'utilisation à des fins de voyeurisme de ces appareils est l'un des nombreux dangers qui nous guettent dans le futur, si on ne se dote pas d'une législation adaptée.

Atlantico : Au cours de ce mois d'août, un habitant de Vancouver se serait plaint à la police car il aurait surpris un drône en train de filmer l'intérieur de son appartement. La police canadienne a enregistré plus d'une dizaine de plaintes pour voyeurisme depuis le mois de mai. Quelles sont les menaces que soulèvent actuellement l'utilisation des drones ?

Fabrice Epelboin : Précisément cela : le voyeurisme, ou plus exactement la surveillance. Qu’il s’agisse de l’initiative d’un particulier - le terme de voyeurisme est ici adéquat - d’une entreprise privée qui surveillerait des populations à des fins marketing (quelles sont les couleurs de vêtement les plus portées dans telle ou telle ville ?), ou pour le compte d’un Etat (en faisant des drones des adjoints “low cost” des forces de l’ordre), le principal problème qui apparait aujourd’hui face aux drones est la surveillance, ou - c’est une autre façon de voir cela - le rétrécissement à peau de chagrin de la vie privée dans l’espace public.

Nous percevons aujourd’hui les drones comme des caméras de vidéosurveillance mobiles. C’est assez restrictif comme vision, mais cela pose déjà de nombreux problèmes, qui ne sont finalement pas grand-chose par rapport à ceux que poseront demain cette technologie.

En Russie, des drones ont pu servir à livrer des pizzas, d'autres ont été utilisés pour des usages météos ou encore humanitaires. Quelles sont les différentes utilisations qui sont aujourd'hui faites des drones et que nous promettent-ils d'un point de vue positif à l'avenir ? 

On peut déjà observer une multitude d’usages qui semblent à priori positifs dans l’utilisation qui est faite des drones. Dans le monde de l’agriculture, les drones servent à inspecter de vastes cultures afin d’être averti de l’arrivée d’un problème, des entreprises du monde de l’énergie s’en servent pour inspecter des lignes électriques ou des pipelines, les chaines d’information continue font des drones de alliés de poids pour déployer un dispositif vidéo spectaculaire de façon rapide et efficace, remplaçant de couteux hélicoptères, tout comme les services d’urgence, ou même le monde de l’immobilier, quoi voit là une façon efficace de réaliser des clips vidéo à bas coût mettant en valeur un bien, et bien sûr, même si cela reste pour le moment bien embryonnaire, le fait de livrer une pizza par drone préfigure une concurrence des drones vis à vis de l’industrie des transports, notamment pour ce qui est du “last mile”. Enfin, n’oublions pas notre voyeur canadien : les drones ont également un bel avenir auprès du grand public à des fins de distraction et de loisir.

Les usages vont par ailleurs évoluer et se diversifier, principalement du fait d’une chute drastique des coûts de fabrication des drones - ce qui permet leur utilisation en essaim - combinée à leur miniaturisation et à des technologies embarquées les rendant non seulement plus autonomes, mais également plus connectés, et plus à même de comprendre par eux même leur environnement.

Du potentiel de service ou du potentiel de nuisance de ces engins, lequel pourrait-il l'emporter à l'avenir ? 

Cela dépend plus de l’état du monde que de la technologie en tant que tel. Vu la situation actuelle, les chances de voir arriver des usages allant à l’encontre des libertés individuelles ont toutes les chances de l’emporter. L’un des usages les plus évident des drones est le maintien de l’ordre, et dessine un monde où les forces de l’ordre disposeraient d’une vaste flotte de drones surveillant le moindre recoin des espaces urbains à des fins de “sécurité”. La série TV “Dark Angel” évoque ce type d’utilisation des drones, et bien sûr, le changement radical de la doctrine américaine au Proche-Orient montre très clairement le potentiel des drones à remplacer une présence humaine par de la technologie.

Il faut bien réaliser que l’évolution des drones est liée à la maturité actuelle de quatre technologies distinctes : les technologies de géolocalisation (GPS) dont le coût est aujourd’hui négligeable, celles qui sont issues des gyroscopes et qui sont elles aussi d’un cout négligeable, et intégrés dans la plupart des smartphone aujourd’hui ou dans les manettes de votre console de jeux vidéo Nintendo, les caméras vidéo, et les communications sans fil. A cela s’ajoute une autre technologie, qui elle est pour le moment encore embryonnaire, et qui va connaitre dans les années à venir des progrès phénoménaux, il s’agit d’une forme d’automatisation - et pourquoi pas d’intelligence artificielle - qui permettra aux drones de devenir plus ou moins autonomes. C’est sur cette dernière composante technologique que va se jouer l’arrivée ubiquitaire des drones dans notre quotidien. 

On peut ainsi imaginer à moyen terme des drones autonomes effectuant des tâches de surveillance, voire de maintenance. Les applications sont infinies. Harvard travaille ainsi sur des mini drones destinés à remplacer les abeilles dans leur travail de pollinisation des cultures.

 

Si demain les abeilles disparaissent (ce qui semble être une possibilité de plus en plus menaçante), alors le fait de disposer de drones capables de remplacer les abeilles sera une véritable bouée de sauvetage pour l’humanité (qui se sera au passage tiré une balle dans le pied pour en arriver là, mais c’est un autre problème). 

Parallèlement à cela, il semble évident que les drones seront à l’avenir utilisés à des fins de “sécurité” et que cela aura un lourd impact sur nos libertés individuelles.

Lequel de ces deux aspects l’emportera dans le jugement que nous aurons à l’avenir des drones ? Pas évident à dire à l’heure actuelle, d’autant que mille nouveaux usages totalement inattendus devraient surgir d’ici là.

Peut-on se prémunir d'un usage malveillant des drones ? Comment faudrait-il s'y prendre ? 

Comme souvent dans l’encadrement de nouvelles technologies, cela dépend de la capacité du législateur à appréhender tout cela, et donc de la capacité du législateur à penser la chose technologique. Une capacité quasi absente des rangs de l’Assemblée Nationale, et pour ce qui est de l’exécutif, le parti pris qui consiste à mettre en œuvre au pas de charge la société de la surveillance, tant du côté du PS que de l’UMP, ne laisse rien présager de bon en ce qui concerne l’usage des drones.

Ajoutons à cela que la France est particulièrement en retard en matière de drones militaires, ce qui ne peut que mener à un “effort national” destiné à équiper nos armées avec du matériel français, ce qui ne manquera pas de susciter des vocations, comme - par exemple - surveiller les banlieues à l’aide d’une armée de drones, induite par la recherche de nouveaux marchés par le complexe militaro industriel, connu pour imposer ses quatre volontés au législateur.

Eviter un usage malveillant des drones nécessiterait une réflexion et un débat public qui pourrait reprendre les travaux d’Asimov et se poserait la question de l’usage et des limitations de ces usages pour ces technologies. Cependant, l’Etat et les médias n’ont jamais lancé de tels débats. Ils ont été par exemple totalement absents des débats du Hadopi - cantonné aux blogs - avant de s’apercevoir du bien-fondé des arguments de ceux qui dénonçait une atteinte aux libertés individuels, des années plus tard, lors du scandale Snowden. Trop tard.

La législation en France nous protège-t-elle davantage d'usages malveillants et pouvant porter atteinte à la vie privée relativement à ce qui peut se passer outre-Atlantique ? 

Une législation, cela se change. Nous sommes en train de changer la nôtre pour mettre en place la société de la surveillance, et dès lors, il ne faut pas compter sur une quelconque législation pour nous protéger, la seule chose qui pourrait le faire, c’est la combinaison d’une prise de conscience des populations face aux dangers que représente ce type de technologies, ainsi que des relais politiques fort et soutenus par d’importants groupements citoyens. L’Allemagne a de bonnes chance d’arriver à ce stade - et l’a fait pour la surveillance, qui est là-bas un sujet de société récurrent -, la France, elle, n’a aucune chance d’en arriver là. A force d’être en retard sur les technologies et leur appropriation par les populations, on rate des choix civilisationnels décisifs et on laisse d’autres décider à notre place.

S’il faut regarder une chose d’un point de vue législatif, c’est du coté de la loi américaine qu’il faut regarder. C’est elle qui imposera à l’Europe de se mettre au diapason de ses propres choix politiques. Pour l’instant, la législation américaine et l’organe en charge de cette législation (la Federal Aviation Administration) pose des contraintes de taille. 

Les principale contraintes à mon sens sont l’interdiction pour un pilote de drone civil de piloter un appareil qui ne serait pas dans sa ligne de mire, empêchant ainsi de piloter un drone distant, comme le font les militaires américains, ainsi que l’interdiction de tirer des profits des services rendus par un drone, bloquant ainsi tout usage commercial. Les règles édictées par l’Etat américain doivent être revues en 2015, c’est à ce moment-là que se décidera, pour le monde entier, de l’avenir des drones civils.

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