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Lundi, le Premier ministre britannique David Cameron demandait à la France de rompre son contrat relatif à la livraison de deux porte-hélicoptères Mistral à la Russie.
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Lundi, le Premier ministre britannique David Cameron demandait à la France de rompre son contrat relatif à la livraison de deux porte-hélicoptères Mistral à la Russie.
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Polémique franco-britannique sur la vente de navires Mistral à la Russie : un vrai vrai bal de très faux-culs

Publié le 23 juillet 2014
"Un faux débat mené par des faux-culs" : telle a été la réaction du Premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, suite aux déclarations de David Cameron demandant la suspension du contrat de vente passé entre la France et la Russie en 2011 pour la livraison de deux porte-hélicoptères Mistral. Une position étonnante quand on sait que les britanniques ne se sont pas privés de vendre pour 86 millions de sterling d'armes à la Russie pendant la période 2013-2014
Anciennement Arthur Young.Ancien conseiller politique à l'Ambassade de Grande-Bretagne à Paris, Bruno Bernard est aujourd'hui directeur-adjoint de cabinet à la mairie du IXème arrondissement de Paris.
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"Un faux débat mené par des faux-culs" : telle a été la réaction du Premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, suite aux déclarations de David Cameron demandant la suspension du contrat de vente passé entre la France et la Russie en 2011 pour la livraison de deux porte-hélicoptères Mistral. Une position étonnante quand on sait que les britanniques ne se sont pas privés de vendre pour 86 millions de sterling d'armes à la Russie pendant la période 2013-2014

Atlantico : Lundi, le Premier ministre britannique David Cameron demandait à la France de rompre son contrat relatif à la livraison de deux porte-hélicoptères Mistral à la Russie, affirmant qu'une telle situation serait "impensable" en Grande-Bretagne dans le cadre de la situation actuelle. La diplomatie britannique peut-elle se permettre de donner des leçons à la France ?

Bruno Bernard : Si l'on reprend les chiffres d'exportation d'armes britanniques dans le monde, cette position est assez difficile à tenir dans la mesure où visiblement, la Grande-Bretagne continue de vendre des armes à la Russie à hauteur de 86 millions de livres sterling pour la période 2013-2014, soit pendant la crise actuelle. A ma connaissance, Monsieur Cameron et son gouvernement ne sont pas revenus dessus, malgré la crise en Ukraine et celle générale qu'il y a avec la Russie. Si l'on remonte dans les documents officiels rapportés devant la Chambre des communes, de 2008 à 2013, la Grande-Bretagne a livré pour près de 406 millions de livres sterling de matériel militaire à la Russie. 

Ce qui est étonnant, c'est que cette attitude britannique est en contradiction avec les propos qui ont pu être tenus par ce même gouvernement devant la Chambre des communes selon lesquels la Grande-Bretagne ne vendra plus d'armes lorsqu'il y a un risque clair que les armes exportées pourraient provoquer ou faire durer un conflit régional, ou faciliter la répression interne. 

Sur le plan de la vente d'armement militaire, on a donc du mal à comprendre pourquoi David Cameron adopte une position aussi ferme. Se pose aussi la question en Grande-Bretagne du rapport entretenu avec un bon nombre de milliardaires russes, vis-à-vis desquels David Cameron n'a jamais parlé d'une expulsion éventuelle en guise de représailles. Et on comprend bien pourquoi au regard de l'argent qu'apportent ces personnalités à l'économie britannique par leurs impôts et leurs achats. 

Alexandre MelnikIl faut replacer cette déclaration de David Cameron dans le nouveau contexte géopolitique, issu de la tragédie du vol MH17. Les Occidentaux sont actuellement à la recherche d’une nouvelle stratégie commune (ou, du moins, coordonnée) vis-à-vis de la Russie, dont la responsabilité dans cet acte de barbarie  semble évidente en raison d’un faisceau de preuves concordantes et irréfutables. Bien entendu, pour se prononcer définitivement sur ce sujet, il faudra attendre les résultats de l’enquête, mais la transparence et l’exhaustivité de celle-ci sont, de toute évidence, largement compromises, dans une zone d’un conflit armé, qui implique des protagonistes aux positions diamétralement opposées. Cependant, d’ores et déjà, sur le plan géopolitique, un constat s’impose : la destruction en plein vol de l’avion de la Malaysia Airlines est la conséquence directe d’une guerre que livre la Russie, depuis des mois, à travers son soutien des bandes de terroristes, politiquement instrumentalisées, à l’Ukraine, ayant le seul tort de construire sur son territoire national, reconnu par la loi internationale, la démocratie, l’Etat de droit et la société civile, au diapason des principes européens et aux antipodes de l’autocratie corrompue en Russie.  

Cette guerre de la Russie contre la jeune et fragile démocratie ukrainienne est aussi une " proxy war " (guerre par procuration, sous-traitée par les intermédiaires) que mène Poutine contre l’ensemble de l’Occident et ses valeurs fondatrices. Une cruelle réalité que les Européens, inhibés par la peur de dire la vérité à Poutine, les yeux dans les yeux, refusent de reconnaître. Ils cherchent donc tous les prétextes possibles et imaginables pour minimiser l’impact de ce qui se passe actuellement à l’Est de l’Ukraine. Pour retarder les échéances. Pour éviter le clash direct avec la Russie, qui porte, en germe, la menace d’une conflagration mondiale.

Dans ce contexte, en citant la première partie de la déclaration du numéro un britannique, à laquelle vous vous référez, il ne faut surtout pas oublier sa conclusion, évoquant l’ensemble de la communauté occidentale, à savoir " nous ne pouvons pas continuer à faire du " business as usual " à l’égard d’un pays qui se comporte de cette façon ". En pointant clairement la Russie qui viole impunément le droit international, et qui porte donc, en dernier ressort, l’entière responsabilité de cet attentat au-dessus de l’Ukraine, comparable à celui de Lockerbie en 1988, commandité par Khadafi.

Ceci étant, j’interprète la déclaration de David Cameron comme un appel à la solidarité occidentale (certes, sous une forme qui tranche, en ce moment particulièrement grave, avec les bienséances diplomatiques, auxquelles nous habitue le " politiquement correct "), face à la réelle menace d’une barbarie moderne, qui se dessine actuellement, plutôt comme une nouvelle tentative de la Grande-Bretagne (qui n’en serait pas, en effet, à son coup d’essai là-dessus) de " donner des leçons " à la France.

 

La Grande-Bretagne s'est-elle toujours montrée cohérente entre des positions diplomatiques affichées et la nécessité d'un certain pragmatisme économique ou géopolitique ? 

Alexandre Melnik : Bien sûr, que non. Comme l’ensemble des pays occidentaux, dont aucun ne peut prétendre à la virginité absolue en la matière,  le Royaume-Uni est (et a toujours été) tiraillé entre les idéaux moraux de sa civilisation et les impératifs de sa realpolitik. Et, surtout, dans le cas de ce pays, entre ses principes fondateurs et son pragmatisme économique, ses intérêts commerciaux, clairement délimités et poursuivis, à travers toute son histoire.

Rappelons-nous que l’auteur de la célèbre maxime : " L’Etat n’a pas d’amis ou d’ennemi, il n’a que des intérêts permanents ", n’était autre que Henry John Temple, mieux connu sous le nom du Lord Palmerston, qui parlait ainsi de l’Angleterre, dont il fut le Premier ministre, et ce, en 1848, après une floraison de révolutions libérales (" Printemps des Peuples "), qui ont secoué l’Europe, en brandissant les slogans de la démocratie. Plus récemment, un curieux clin d’œil de l’Histoire, avec un siècle-et-demi d’intervalle : tout porte à penser, d’après les révélations de la presse d’Outre-Manche jamais en manque d’audace, que les armes britanniques auraient servi à la répression des révoltes du Printemps arabe en Libye, à Bahrein et en Egypte. Sans oublier la possible implication – pointée, cette fois, non seulement par la presse, mais aussi, via les procédures judiciaires par le Serious Fraud Office britannique – du British Aerospace (actuellement, BAE Systems) dans le trafic d’armes avec le régime de Pinochet au Chili et le versement de pots de vin en Roumanie et en Tchécoslovaquie, pendant la Guerre froide, ainsi qu’en Afrique du Sud et en Tanzanie.

Cette liste est loin d’être complète, sur fond d’un flou juridique, qui handicape, actuellement, le droit international à l’égard des ventes d’armes. Le traité international, clair et contraignant, qui a souvent été évoqué dans ce domaine, est toujours dans les limbes, alors que sa mise en place pourrait constituer, sans doute, la plus grande avancée de la législation internationale, dans le monde global du XXIe siècle, depuis l’adoption, en juillet 1998, du Statut de Rome créant la Cour pénale internationale.

Bruno Bernard : Il y a toujours forcément un peu de jeu politique, et on le constate une nouvelle fois si l'on reprend l'exemple des ventes d'armes destinées à la Russie, mais aussi à la Chine, au Pakistan, à l'Arabie-Saoudite, à l'Egypte, au Soudan, au Zimbabwe, etc. Tous ces pays ont bénéficié à différents degrès de la technologie militaire britannique. 

Il est vraiment étonnant de constater à quel point la Grande-Bretagne s'en prend là à la Russie quand on se souvient que la Grande-Bretagne, notamment à l'occasion du passage de la flamme olympique en France et en Grande-Bretagne lors des Jeux Olympiques organisées en Chine, avait laissé la France seule affronter la colère de la Chine face aux condamnations des autorités françaises quant aux violations des droits de l'homme en Chine. Le pragmatisme britannique est donc généralement bien présent dans leur diplomatie, ce qui renforce l'étonnement face à la position actuelle de David Cameron vis-à-vis de la Russie, alors que la Grande-Bretagne s'est montrée si accueillante vis-à-vis des oligarques russes. On pourrait supposer que cette véhémene britannique à l'égard de la Russie proviendrait de l'assassinat en 2006 d'Alexandre Litvinenko à Londres.

Quels types de relations entretiennent aujourd'hui la Grande-Bretagne et la Russie ? Qu'en est-il tout particulèrement des rapports entretenus de la Grande-Bretagne avec les oligarques russes ?

Bruno Bernard : On ne peut pas dire que la Russie puisse être considérée comme un allié historique de la Grande-Bretagne, cela n'a jamais été le cas. Néanmoins, le pragmatisme anglais fait que dès que les Russes ont commencé à s'enrichir, il n'y a eu aucun cas problème à les acceuillir; de toute façon, les Britanniques n'ont jamais eu de difficultés à accueillir les gens riches, d'où qu'ils viennent. 

Pour revenir plus précisément sur la question des oligarques russes, ceux-ci investissent largement en Grande-Bretagne, notamment dans le domaine du sport : tel est le cas d'Abramovitch, propriétaire du club de Chelsea, ou bien encore d'Alisher Usmanov, qui détient près de 30% du capital d'Arsenal. Les investissements se portent aussi largement sur l'immobilier à Londres : c'est ainsi que l'ancien bâtiment de l'ambassade soviétique a été racheté pour 10 milliards de livres par un oligarque souhaitant se faire bâtir un palais au coeur de Londres. 

Bien entendu, jamais les autorités britanniques ne se sont posées la question de la provenance des fonds russes. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien qu'on dit que Londres est la plus grande machine à blanchir de l'argent avec la City. 

Alexandre MelnikDepuis l’arrivée au pouvoir de Poutine en Russie, en 2000, et son fameux " deal " avec les oligarques (à la suite duquel  beaucoup de fortunes russes, accumulées pendant les privatisations des années 1990, ont été expatriées), la City bénéficie largement de placements russes directs, effectués souvent sous une forme dont la transparence n’est pas la qualité première. Si l’acquisition du club de football Chelsea par Roman Abramovitch en est un exemple très médiatisé, combien d’autres transactions financières entre Moscou et Londres ont été menées en catimini, dans l’ombre des cabinets, souvent crées ad hoc, en charge d’achats immobiliers, fusions-acquisitions et joint-ventures !

Cet activisme bilatéral en matière financière, qui contribue puissamment au dynamisme économique du Royaume-Uni (première destination des investissements étrangers en Europe, devant la France et l’Allemagne), contraste avec la stagnation, sur la base de la méfiance réciproque, qui paralyse le dialogue politique entre Londres et Moscou, depuis l’affaire Alexandre Litvinenko (un ancien membre des services secrets russes et opposant au régime de Poutine, dont la mort à Londres, en 2006, est considérée par Scotland Yard comme un meurtre, commandité et perpétré par les hautes instances politiques russes).  

Enfin, malgré cette dualité de la relation entre la Russie et la Grande-Bretagne, qui conjugue, paradoxalement, la dynamique financière et le statu quo politique, notre voisin d’Outre-Manche ne dépend pas de Moscou, contrairement à l’Allemagne, en termes d’approvisionnement en gaz, et ne mène pas avec les Russes, à la différence de la France, de grands projets en matière d’armements, semblables aux navires de guerre Mistral que Paris s’est engagé à livrer à la Russie.

 

Le président Obama s'est lui aussi ému de ce contrat d'armement passé entre la France et la Russie, bien avant David Cameron. Retrouve-t-on là une des caractéristiques de la diplomatie britannique, à savoir l'alignement sur la position des Etats-Unis ? Où s'agit-il là d'une position originale ? 

Alexandre Melnik : Comme je l’ai déjà indiqué, cette position de Barack Obama a le mérite de rappeler l’impératif urgent du rassemblement de l’Occident, confronté à la Russie de Poutine, en proie à une paranoïa anti-occidentale, et dont le but consiste à diviser les Etats-Unis et l’Europe. Bien entendu, la Grande-Bretagne ne pourra jamais échapper à son tropisme proaméricain et atlantique, qui fait partie de son identité profonde, mais, à mon avis, il serait erroné de voir derrière chaque concomitance des positions américaine et britannique une sorte de trahison éternelle de la " perfide Albion " à l’égard au continent européen, auquel ce pays a toujours apporté sa contribution fondamentale, souvent décisive, ayant été, notamment, la patrie de la première démocratie moderne, inspirée de la philosophie des Lumières d’Outre-Manche (John Stuart Mill, David Hume, Thomas Hobbes, Jonh Locke, Adam Smith) et le berceau de la Première révolution industrielle, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, avec sa triade des innovations clés qui ont changé la face du monde et ont assuré à l’Europe son leadership mondial : machine à vapeur, chemin de fer et navette mécanique dans le textile.

L’agressivité de la nouvelle donne russe, qui s’impose actuellement sur le devant de la scène géopolitique, dicte, en substance, une totale remise en cause du fonctionnement de l’Union européenne, qui doit renouer avec ses valeurs initiales, propres à l’ensemble de ses pays - membres, et retrouver ainsi la confiance de ses citoyens. Pour y parvenir, l’UE doit arrêter de chercher les alibis pour son immobilisme, qui n’est, en l’occurrence, qu’un habillage diplomatique de sa pusillanimité, et éviter toute tentation de " mistralisation " de sa stratégie vis-à-vis de la Russie, qui nargue l’Occident.

Bruno Bernard : David Cameron joue là un jeu un peu étrange : il dit vouloir se mettre en dehors de l'Union europénne et de l'Europe, mais sur le dossier ukrainien, il se veut un peu être le leader de l'Europe face à Poutine et devant les attermoiements franco-allemands. Peut-être est-ce là un moyen pour David Cameron de reprendre un certain leadership au sein de l'Europe vis-à-vis de ses partenaires européens, mais aussi de l'administration Obama. Cette dernière est tout particulièrement réticente aux vélléités de sortie de l'Union européenne de la Grande-Bretagne de David Cameron ; Hilary Clinton a eu l'occasion de le rappeler à plusieurs reprises. Malgré tout, il est difficile d'avoir fait la guerre contre Juncker et d'avoir nommé un ministre des Affaires étrangères qui doit que la Grande-Bretagne, et de vouloir en même temps faire pression sur la France et l'Allemagne sur ce dossier-là. 

De plus, on ne voit pas quel Etat au monde reviendrait sur sa propre signature pour un contrat signé il y a 3 ans. Pour tuer l'industrie militaire française, il n'y a pas mieux. 

 

 

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winnie
- 23/07/2014 - 19:06
Pour une fois
que CAMBADELIS dit quelque chose de d'aplomb il va tomber de la crotte!
quesako
- 23/07/2014 - 16:03
Le maillon (très) faible est la France de Hollande !
Ce qui aurait pu se traiter entre chefs d'état prend une dimension publique visant à remettre à sa place ce pays donneur de leçons (la France) et un chef d'état qui aux yeux du monde est complètement fragilisé par non seulement un manque de soutien des Français, mais, plus grave dans son propre parti. Quand Hollande a eu l'outrecuidance de demander à Obama d'intervenir dans une question de justice pour la BNP, alors qu'il va clamer haut et fort qu'il n'intervient pas en France dans la justice du pays (cf écoutes de Sarkozy) car elle est libre, il ne faut pas qu'il s'étonne qu'on le prenne pour par grand chose. La politique de la France n'est plus celle de la Vème République, elle est redevenue égale au bruit de fond de celle de la IVème. Les différents non-recevoirs de Fabius en sont la preuve. Il n'y a que A. Merkel qui a la bonté de ne rien dire : de toute façon a t'elle quelque chose à dire devant de telles incompétences, aller-retours politiques et désastre économique. Là, une fois de plus ce n'est pas l' Europe la responsable mais nos gouvernents. Et il veut proposer Moscovici commissaire européen à l'économie , lui que Montebourg n'a fait que ridiculiser partout !
ISABLEUE
- 23/07/2014 - 15:50
ce Obama ne manque pas d'air
Des hommes politiques comme Poutine sont inexistants en Europe, et pourtant, on aurait bien besoin d'un Poutine pour remettre de l'ordre.
Cette histoire de Mistral a du se décider le 6 juin sur les plages normandes;..
Mais un contrat est un contrat. on ne le dénonce pas impunément et unilatéralement pour faire plaisir à obama .