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Bonnes feuilles

Jeux dangereux à l'Élysée : le chemin de croix des futures premières dames

Publié le 19 juillet 2014
Les présidents, leurs femmes... et leurs maitresses. L’affaire Hollande-Gayet-Trierweiler a levé le voile sur la condition difficile et douloureuse des épouses ou des compagnes des hommes d’état. Ce qu’elles doivent supporter, endurer et surtout taire. Extrait de "Jeux dangereux à l'Elysée", de Catherine Rambert, publié chez First (2/2).
Journaliste et scénariste, Catherine Rambert est l'auteur de plusieurs livres dont Petite philosophie du soir (Éditions 1). Chez First, elle a déjà écrit Petite philosophie de l'amour (2012).
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Catherine Rambert
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Les présidents, leurs femmes... et leurs maitresses. L’affaire Hollande-Gayet-Trierweiler a levé le voile sur la condition difficile et douloureuse des épouses ou des compagnes des hommes d’état. Ce qu’elles doivent supporter, endurer et surtout taire. Extrait de "Jeux dangereux à l'Elysée", de Catherine Rambert, publié chez First (2/2).

Mais à tout seigneur, tout honneur, commençons par les premières dames de la Ve République. Laissons Yvonne de Gaulle dont les états d’âme ont été enfouis dans les oubliettes de l’histoire, à part. Quand on a vécu la guerre, la séparation, les privations, la peur, la vraie, l’Élysée fait figure de jardin d’Eden. Autres temps, autres mœurs.

Claude Pompidou la redoutait cette carrière politique qu’elle voyait inexorablement se dessiner pour Georges. Elle n’en voulait pas et n’a cessé de regretter les premières années de leur mariage, quand le futur président était alors professeur dans le Sud de la France. Elle a aimé leur vie d’intellos bohèmes à Marseille. Tout comme elle s’est épanouie plus tard durant les années 1954-1958 passées à la banque Rothschild, période dorée de mondanités et de vie culturelle intense. Le couple était alors la coqueluche du Tout-Paris. Mais elle avait gardé un goût mitigé de son passage dans les cabinets ministériels après la guerre, huit ans après leur mariage. Elle y avait découvert les intrigues, les hypocrisies, le rythme de vie infernal, les trahisons. Pompidou, amoureux de sa femme (lui !) avait toujours promis qu’il ne retournerait pas en politique. On connaît la suite… En 1962, quand Georges est nommé Premier ministre, elle refusera de s’installer à Matignon pour préserver à son couple un semblant de liberté. Le soir de la nomination, elle est accablée, elle pressent la fin d’une vie heureuse. Ils resteront dans leur appartement du 24, quai de Béthune, sur l’île Saint-Louis jusqu’à l’élection présidentielle de 1969. Bien qu’elle ait entièrement décoré le palais de l’Élysée, dans un style résolument contemporain, elle y fut très malheureuse. La première dame est sujette à des crises de larmes et sa santé psychologique se dégrade. Elle n’aime pas cette vie et pleure sur les années de d’insouciance de son couple (l’affaire Markovic est passée par là). Sa santé psychologique en sera quelque peu affectée. Georges Pompidou s’inquiétait d’ailleurs souvent de la fragilité de Claude à cette période.

Anne-Aymone Giscard d’Estaing, elle, est entrée en politique comme on va à Canossa. Avec la mine contrite d’une pénitente. Lorsqu’elle épouse Valéry en 1952, il est polytechnicien et énarque et s’apprête à intégrer l’Inspection générale des finances, l’un des corps les plus prestigieux de l’État. L’intitulé n’est pas sexy mais pour l’héritière d’une grande famille de l’aristocratie française (elle est née Sauvage de Brantes) c’est l’assurance d’une existence conforme à son rang. Peu intéressée par les affaires publiques, elle doit néanmoins composer avec l’hypernarcissisme de son mari. « Auquel s’ajoute un égoïsme porté à la puissance maximale », ajoute un observateur. Giscard est un homme qui se plaît énormément. De ce fait, il entend plaire. Non pour séduire mais pour satisfaire l’image qu’il a de lui-même. Effacée, discrète, totalement inhibée, « transparente », ajoutent les mauvaises langues, Anne-Aymone ne peut contenir longtemps cet époux à l’ego si boursouflé. Pour ne rien arranger, elle est dotée d’une voix de canard assez peu musicale. Très vite, il vit sa vie à côté de sa famille. Et rapidement l’existence corsetée et austère d’un haut fonctionnaire lui pèse. Sans la consulter, il se lance dans une existence beaucoup plus amusante, la politique, en entrant en 1954 au cabinet d’Edgar Faure alors président du Conseil. Et se persuade de son destin politique. L’enfer que vivra son épouse est un sujet de plaisanteries récurrentes chez les observateurs tant la souffrance de cette femme se lisait sur son visage. Mal à l’aise, blackboulée dans un monde dont elle n’a pas les codes (et qui n’a pas les siens) c’est peu dire qu’elle vécut cette immersion comme une douche froide. Femme de devoir, elle acceptera bon gré mal gré ces servitudes nécessaires à l’accomplissement du destin giscardien. Habituée aux salons feutrés des hôtels particuliers du 16e arrondissement, elle suit, son mari sur les routes cabossées du Puy-de-Dôme lorsqu’il se présente aux élections de 1956. Malgré sa gaucherie, chacun salue la gentillesse et l’absence totale d’afféterie, contrairement à son époux tout entier tourné vers lui-même et inapte à créer une relation équilibrée avec autrui.

En 1974, quand il est élu président, elle déclarera en arrivant à l’Élysée « ce soir, comme ma soeur Marguerite, j’entre dans les ordres ». (Sa soeur cadette fut abbesse).

Les Français se souviennent de son embarras quand Giscard la jette malgré elle dans l’arène. Qui n’a pas eu l’occasion de visionner les vœux laborieux qu’elle adressa, aux côtés de son mari, à la télévision en 1975 ne saisit pas ce qu’être embarrassée veut dire. « Et si on faisait ça ensemble, cette année ? » avait suggéré le président. Elle accepta avec cette audace propre aux timides. Et le paya cher en sarcasmes et moqueries. « Se trouver à table à côté d’elle c’était une épreuve, elle ne parlait pas du tout », se souvient Catherine Nay. Mère d’enfants encore jeunes en 1974 (les deux derniers, Louis et Jacinte ont respectivement 16 et 14 ans quand leur père accède à l’Élysée), elle fait montre d’un caractère plus farouche et d’une volonté de fer pour les préserver de la cruauté de cet univers dont elle garde un souvenir amer. Terrifiée par « l’extrême violence des attaques auxquelles on ne peut pas répondre », elle fera tout pour protéger ses enfants des attaques qui les « ont fait tant souffrir » relate-t-elle pudiquement. « Elle est la seule à avoir su tenir ses enfants à l’écart de la politique, relève la journaliste Ghislaine Ottenheimer. Jacinte par exemple continuait à aller en scooter au lycée Sainte-Marie de Neuillly quand son père était président. Les enfants étaient équilibrés, voyaient plein d’amis. Mais si les enfants s’en sont bien sortis c’est parce que le couple vivait quasiment séparé quand Giscard a été élu. » L’exploit est d’autant plus remarquable que la plupart des hommes politiques ont des familles dévastées par la politique. Bien des enfants ont été détruits et laminés. Rares sont ceux qui n’en ont pas gardé de séquelles. Nous y reviendrons.

Danielle Gouze, devenue Mitterrand, sera elle aussi jetée dans la politique comme un chat dans la mer. Elle non plus n’avait pas imaginé cela. Quand elle rencontre François en 1944 par l’entremise de sa sœur Christine, il est résistant et cultive le secret comme une seconde nature. Sous la posture du jeune homme romantique, elle décèle néanmoins une personnalité hors-norme, l’étoffe d’un héros. De quoi alimenter les émois d’une jeune femme en fleur. Mais le héros, pressé d’embrasser son destin, ira vite défricher d’autres terres et d’autres cœurs que le sien. Elle non plus ne voyait pas sa vie ainsi. Pourtant deux ans plus tard, il se lance dans la campagne législative pour se faire élire député de la Nièvre. Bon petit soldat, cette grande timide encore amoureuse l’accompagne et le suit sur les routes et les chemins de Bourgogne. Première plongée dans une campagne électorale, premiers coups, et grandes désillusions. Mais la politique est une maîtresse insatiable. Elle ne tarde pas à le happer tout entier. Il n’y a pas de place pour les femmes en campagne. Elles dérangent et ne servent que pour la photo à laquelle le candidat consent pour le journal local. Les serments et les promesses s’envolent en même temps que le mari s’échappe. Délaissée très jeune, malheureuse, longtemps elle attendra et espérera le retour du héros. En vain. Elle en gardera une vraie souffrance. À celle de devoir élever seule leurs deux fils, Jean-Christophe et Gilbert, s’ajoute celle de perdre un homme qui se révélera piètre père et piètre mari, mais un séducteur impénitent. Elle apprend à vivre avec un fantôme et à accepter les absences. Pendant qu’il s’égaie dans une vie mondaine et se rend chaque année à Cannes, elle dépérit en éduquant comme elle peut ses enfants. Le couple tanguera souvent, sans rompre. Danielle essuiera de plein fouet toutes les attaques dont Mitterrand fut l’objet durant sa longue marche vers le pouvoir. Le moins que l’on puisse dire étant qu’il ne s’est pas beaucoup préoccupé de la préserver. Cette vie décousue débouchera sur le double foyer que l’on sait. Mais avant cela, l’ex-première dame a dû mettre bien des mouchoirs sur ses blessures d’amour-propre et ses plaies intimes. Avant de se faire une raison et d’y trouver à son tour un équilibre précaire… Une chose semble avérée, elle fut extrêmement déboussolée au début de leur vie commune. Sonnée, brinquebalée comme un vulgaire paquet par un mari qui ne pensait qu’à lui. Ces meurtrissures ont mis des années à cicatriser, tant elle endura péniblement le donjuanisme, l’indélicatesse de son mari et la violence de ce monde auquel elle n’était pas préparée. Cette vie délirante a eu de lourdes conséquences. Danielle a été détruite dans sa jeunesse et « les enfants Mitterrand n’ont pas eu de vie de famille. Ils ont tous été gâchés. Y compris Mazarine. », conclut Ghislaine Ottenheimer.

« Je n’ai eu qu’une solution… m’accrocher au rocher. Je me suis constamment ajustée… J’ai trop vu de ménages en politique qui ont explosé. C’est tellement lourd. » Qu’en termes mesurés ces choses-là sont dites ! Les plaies intimes et les souffrances infligées par la politique, Bernadette Chirac mieux qu’une autre en connaît l’amertume. Née Chodron de Courcel, elle offre au futur chef de l’État un mariage valorisant lorsqu’elle lui dit oui en 1956. Elle descend d’une famille anoblie sous le Second Empire et d’une lignée de serviteurs de l’État (un de ses aïeux, Alphonse, fut sénateur et ambassadeur de France et son oncle, Geoffroy Chodron de Courcel, fut secrétaire général de l’Élysée sous de Gaulle). Alors que lui est issu d’une famille d’instituteurs. Déjà bulldozer,il ne faut pas être grand clerc pour supposer qu’avec lui la vie ne sera pas un long fleuve tranquille. Contraste des opposés. Autant il est jovial et plein d’allant, autant elle est effacée et renfermée. Sur les photos de leur jeunesse, sur son visage gracile se dessinent une inquiétude et une indicible fébrilité. Dès le début du mariage, il est absent et des filles se pressent autour de lui, telles des abeilles agglutinées sur du miel. Chirac a un charisme électrique. Une énergie et un sourire à faire chavirer une procession de nonnes en prière. De facto, quand il embrasse la politique, l’univers de Bernadette chavire. Sa décision lui fait l’effet « d’une douche froide » raconte-t-elle. D’autant qu’il la prend bien sûr de façon unilatérale. Et voilà comment un futur magistrat à la Cour des comptes jette ses oripeaux de haut fonctionnaire pour enfiler avec délices le costume d’un jeune loup aux dents longues. D’abord comme conseiller à Matignon puis comme député de Corrèze et ainsi de suite… Commence alors à s’égrener le chapelet des heures solitaires. Elle comprend qu’en s’engageant son mari va lui échapper. Après Claude, Danielle… D’une femme l’autre, de droite ou de gauche, le destin se répète, la rengaine est la même pour toutes. De fait, la voilà délaissée du jour au lendemain, et elle se retrouve seule pour élever ses filles. Elle ne compte plus les soirées au cours desquelles elle les fait dîner en solitaire. Moult fois, il promet de rentrer tôt. Moult fois, il prévient au dernier moment pour expliquer qu’il a mieux à faire. Mieux à faire que voir grandir ses filles et jouer avec elles ? Le destin scélérat leur enverra une addition salée. L’une tombera malade et l’autre, comme pour conjurer le mauvais sort et rattraper les années perdues choisira de travailler avec son père. Les chemins du pouvoir sont ainsi souvent pavés de sang et de larmes pour les entourages. Soyons justes, Chirac aussi ravala ses larmes. Du jour, où la maladie de sa fille se déclara, anéanti de chagrin, il ne cessera de marcher avec une pierre au cou.

Bernadette relate aussi une anecdote révélatrice. Vers la fin des années 1960, lasse de sa solitude et lasse d’attendre, elle informe son mari de sa décision de retourner à la fac et de préparer une licence d’archéologie. La réaction de Chirac ne se fait pas attendre : il trouve cette initiative « ridicule ». En outre, il craint que ce temps accordé aux études le prive des attentions qu’il s’estime en droit de recevoir, lui qui en accorde si peu. Un égocentrisme propre à tous les animaux politiques qui ne supportent pas qu’un seul regard se détourne d’eux. Aplomb d’un fils unique, idolâtré par sa mère ? Sa femme ne lui sera plus tout à fait acquise si elle se disperse dans d’autres activités. Bref, s’il juge normal de n’être jamais là, happé par ses joutes politiciennes, il déplore que Bernadette s’octroie une activité propre. Comme si la politique n’autorisait pas ces fantaisies. Comme si elle interdisait aux épouses toute possibilité d’épanouissement. Il la laissera quand même agir à sa guise.

La « corrosivité » du milieu, Bernadette s’y blessera plus souvent qu’à son tour. Inexorablement la distance entre elle et ce mari vagabond et volage se creuse. Elle sera confrontée au ballet des maîtresses et à la ronde des favoris, aux indélicatesses et aux petites trahisons. Dans cette arène autour de laquelle les électeurs tantôt lèvent, tantôt baissent le pouce, elle survivra tant bien que mal. Piégée par une existence dont elle ne voulait pas, mais dont elle n’a paradoxalement jamais voulu s’extraire. Indéfectiblement liée à son geôlier et à son enfer. Et tant pis si l’histoire a viré plus souvent qu’à son tour au roman noir. Tant pis si elle fut niée et absente de la photo, quand elle était jugée ringarde ou mémère. Catherine Nay se souvient parfaitement de cette interview pour Europe 1, que Bernadette Chirac lui accorde peu de temps après la première élection de Chirac à l’Élysée. Le rendez-vous est organisé avec le secrétariat de la présidence pour un entretien d’une heure avec « Mme Chirac ». Le jour dit, la journaliste se présente devant les grilles de l’Élysée. À sa grande surprise, l’huissier chargé de la conduire dans le bureau de l’épouse du chef de l’État, l’amène dans celui de… Claude Chirac ! Une fois le quiproquo élucidé, elle rejoint Bernadette dans ses bureaux. Et lui relate la confusion de l’huissier. « Mais enfin, lance Bernadette accablée, vous ne saviez pas que le président était veuf ? » Et la journaliste de conclure : « Au fond, elle l’a toujours emmerdé. » Jugement lapidaire mais clair, venant d’une observatrice à l’œil aiguisé qui sait quand il le faut tremper sa plume dans l’acier.

Bien sûr, les années lui ont tanné le cuir et Chirac a atteint son but. La victoire panse les plaies des combattants. Mais tout de même, le contrat n’était pas celui-là. « Si je réussis mon concours de sortie, un jour, vous serez peut-être la femme du préfet (de Corrèze) », lui avait-il lancé alors qu’il était encore étudiant à l’ENA. La vie aurait-elle été pour autant un fleuve plus tranquille ?

Finalement la première à ne pas avoir été prise de court par le destin de son mari fut Cécilia. Quand elle rencontre Nicolas, il est déjà maire de Neuilly. Pressentant qu’il a trouvé en elle sa muse, il lui jure d’emblée : « Nous monterons les marches de l’Assemblée nationale ensemble. » En voilà une au moins qui est prévenue. Et pourtant elle fut la première, devant le perron de l’Élysée à se dérober et à refuser l’obstacle. Quel symbole ! Que se passe-t-il de terrible dans une vie politique et dans une ambition partagée pour s’esquiver en vue de la ligne d’arrivée ? Quels tourments et quelles vexations a-t-il fallu endurer pour que le goût de ce pouvoir âprement conquis paraisse soudain si fade ? Tirer sa révérence quand tous les combats ont été gagnés. À l’image de ces soldats mortellement blessés, mais inconscients de leur douleur, qui achèvent les derniers adversaires avant de s’effondrer à leur tour, une fois la victoire remportée. Tout ça pour ça ?

La love story de Nicolas et de Cécilia a été abondamment racontée, il n’est donc pas question ici de la relater à nouveau. Tout a été dit. Ou presque. Le fi lm a été multi-rediffusé jusqu’à l’indécence. Sarkozy a longtemps théorisé sur la nécessité pour un homme public de communiquer sur sa vie privée. Cela répondait affirmait-il à une attente des Français, désireux d’entrer désormais dans la chambre des puissants. Mais à s’exposer, on se fragilise. Et il devient difficile de fermer subitement la porte aux médias quand ces derniers ont été si souvent conviés à festoyer. Bref, les derniers épisodes ont été l’objet d’interminables conjectures et d’une foultitude d’interprétations : elle en rencontre un autre, tombe amoureuse, part, revient, repart… L’amour a ses raisons que la raison… blablabla…

En réalité, avant toutes choses, avant de changer d’objet du désir, de rencontrer Richard Attias et de partir, Cécilia a été victime d’un burn out. Victime expiatoire de la brutalité de cet univers implacable. On la croyait d’airain, elle n’était que papier. Pas si solide finalement pour supporter les avanies, les trahisons, les renoncements imposés par un marathon sans fin.

En 1999, le couple se rend aux obsèques de la mère de Cécilia. Journée de deuil et de recueillement. Un moment de trêve, espère cette dernière. Le téléphone sonne. Chirac informe Sarkozy de la démission de Philippe Seguin de la présidence du RPR. Les élections européennes se profilent. Le président lui demande tout de go de prendre la tête de liste et de partir en campagne dès le lendemain. Consternation de son épouse. Même un jour de chagrin, la politique cogne à la porte pour dicter ses ordres. Tout doit céder et plier devant ses urgences. Elle ne respecte aucune peine, n’accorde aucun répit. Elle dévore et aliène. Pas le temps de s’apitoyer, le lendemain matin à huit heures, les époux Sarkozy montaient ensemble dans un avion et partaient en campagne.

Trop de bruit, trop de fureur, trop d’hystérie. Nicolas se reprochera de ne pas l’avoir assez protégée. Il aurait pu dire, de l’avoir trop maltraitée, de l’avoir essorée pour son seul profit, en masquant son égoïsme et égocentrisme sous de grandes déclarations d’amour. Sans doute était-il sincère. Mais vient un temps où l’on ne paie pas que de mots.

« Il pouvait lui parler comme à un chien, raconte un témoin de leur relation. Il était parfois très agressif avec elle, comme avec ses collaborateurs d’ailleurs. Mais en même temps il avait une vraie dépendance psychologique. » Façon de dire que cette dernière a beaucoup encaissé. Trop ? Hyperexposée pour les besoins de la cause, Cécilia était vulnérable. « Elle n’avait jamais l’air contente, m’explique un journaliste politique qui côtoya le couple. Elle faisait toujours plus ou moins la gueule. Elle traînait une espèce d’insatisfaction. » Ou de désenchantement. Cette mélancolie de Cécilia m’est confirmée par la plupart de mes interlocuteurs. Tempérament insatisfait ? Ou émanation d’un mal-être ? Elle avait toujours rêvé d’une maison de campagne, raconte-t-elle dan son livre, Une envie de vérité (Éditions Flammarion). Elle ressentait la nécessité de souffler et de s’extraire de cette nasse. Sarkozy n’en voyait pas l’utilité. Se reposer ? Pourquoi faire ? Ainsi va l’égoïsme des hommes politiques. Ce qui ne les sert pas ne sert à rien.

Extrait de "Jeux dangereux à l'Elysée", de Catherine Rambert, publié chez First, 2014. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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