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Primaires assassines : un leader de la droite française pourrait-il connaître le même sort que le chef de la majorité républicaine au Congrès américain ?

Publié le 13 juin 2014
Mardi 10 juin, un des leaders du parti Républicain aux États-Unis a connu une défaite lors d'une élection primaire dans l’État de Virginie face à son challenger, David Brat, un quasi-inconnu soutenu par le Tea Party, la frange plus conservatrice. Un vote principalement motivé par des questions d'immigration.
Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.
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Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.
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Mardi 10 juin, un des leaders du parti Républicain aux États-Unis a connu une défaite lors d'une élection primaire dans l’État de Virginie face à son challenger, David Brat, un quasi-inconnu soutenu par le Tea Party, la frange plus conservatrice. Un vote principalement motivé par des questions d'immigration.

Atlantico : Mardi 10 juin, un des leaders du parti Républicain aux Etats-Unis a essuyé une défaite lors d'une élection primaire dans sa circonscription de l'Etat de Virginie face à son challenger, David Brat, un quasi-inconnu  soutenu par le Tea Party. Peut-on imaginer aujourd'hui qu'un ténor de la droite française connaisse le même sort face à candidat plus à droite de l'échiquier politique que lui ?

Christophe Bouillaud : Si l’on se situe dans le cadre de "primaires", comme celles que prévoient les statuts de l’UMP pour son candidat à l’élection présidentielle, il est vraiment très peu probable, voire impossible, qu’un inconnu l’emporte, quelle que soit sa ligne politique par ailleurs. Dans une telle primaire de l’UMP, il n’est pas dit par ailleurs que ce soit le candidat qui sera perçu comme le plus à droite qui l’emporte, il est aussi probable que ce soit le candidat que les électeurs à ces primaires verront comme le plus susceptible de gagner l’élection présidentielle de 2017 : comme au sein de l’électorat des "primaires" du PS en 2011, l’effet "présidentiable" désigné par les sondages peut jouer à plein.  Au niveau local, les primaires organisées pour les élections municipales (comme à Lyon par exemple) ont d’ailleurs plutôt donné l’avantage aux candidats les plus modérés, ou en tout cas, ayant une possibilité réelle de gagner l’élection locale en question. Sans doute, il faut ajouter que des candidats "indépendants", lors d’une élection municipale en particulier, ont toujours quelque petite chance de l’emporter sur le candidat investi au départ par l’UMP ou par l’UDI. L’actuel maire de Neuilly, Jean-Christophe Fromentin, pourrait représenter l’illustration parfaite du maintien dans la compétition politique des challengers non alignés au départ sur un parti dominant à droite. Ces "divers droites" sont les lointains héritiers des "notables" de la IIIème République pour lesquels la notion de "parti" au sens actuel n’avait pas de sens ni d’importance pour l’élection et la réélection. Ces challengers "divers droite" ne se situent pas nécessairement à la droite de la droite. Au contraire, ils auraient plutôt tendance à donner d’eux-mêmes une image modérée pour s’attirer des sympathies.

L'UMP est elle aussi traversée par différents courants allant de la Droite forte de Guillaume Peltier et Geoffroy Didier à des courants plus modérés comme celui duquel se revendique Luc Chatel. Nicolas Sarkozy a lui-même opéré un recentrage et pris ses distances avec la ligne Buisson. La situation est-elle comparable ?

L’UMP a été conçu comme une machine à gagner l’élection présidentielle, du coup, puisqu’il s’agit d’avoir au final plus de 51% des suffrages,  il est normal qu’il y ait des avis divergents sur la ligne à suivre, et les moyens d’y parvenir, il est normal aussi que l’UMP soit plus large qu’une seule filiation politique historique. Du coup, l’UMP ressemble beaucoup désormais au parti Républicain, lui aussi divisé en divers courants, factions, groupes, etc. La différence entre les deux rives de l’Atlantique tient toutefois au rôle extraordinaire de l’argent privé dans les campagnes américaines : aux Etats-Unis, tout aspirant politique a en fait deux publics à séduire : les électeurs d’une part, les donateurs de l’autre. Cela ne va pas sans compliquer la donne : l’argent des donateurs vous permet de faire massivement campagne pour séduire les électeurs, mais sur une ligne qui n’est pas nécessairement celle qu’attendent ces derniers. 

Le candidat du Tea Party, David Brat, avait centré sa campagne sur l'immigration alors que le Républicain s'était engagé depuis un certain temps sur un recentrage du parti. Quels parallèles peut-on dresser avec la situation que connait l'UMP ?

Il me semble que les deux partis, le Parti républicain et l’UMP, se heurtent effectivement à une contradiction dans la coalition électorale qu’ils veulent bâtir. Du point de vue de la liberté économique qu’ils défendent tous deux, et  aussi du réalisme démographique, ils doivent reconnaître que l’immigration de travail sert en réalité le pays industrialisé qu’ils entendent gouverner. Mais, du point de vue des groupes conservateurs d’une identité, américaine ou française, immuable qu’ils veulent aussi représenter, l’immigration représente le mal absolu. Aux Etats-Unis, il faut souligner que les problèmes de régularisation d’immigrés concernent énormément de ressortissants mexicains dans des Etats qui furent un jour des parties intégrantes du Mexique. Il est alors facile de fantasmer sur la reconquête pacifique de la part des Mexicains de ce qui fut le Mexique avant les années 1840. Les partis libéraux-conservateurs du monde développé sont toujours face à ce dilemme sur l’immigration : économiquement utile pour assurer l’occupation de postes de travail devenus sans grand intérêt pour les nationaux ; rejetée idéologiquement par leur base populaire traditionnelle de nationaux.  Le Japon connait sur ce point le même dilemme que les Etats-Unis ou l’Europe, mais il l’a résolu autrement en bloquant de fait l’immigration et en acceptant les conséquences qui en découlent en termes de démographie par exemple. Aux Etats-Unis ou en Europe, la contradiction est parfois symbolisée de manière caricaturale par un homme ou une femme politique qui prêche publiquement contre l’immigration illégale, tout en employant lui-même ou elle-même, bien sûr  faute d’avoir trouvé mieux sur le marché du travail légal, un(e)  immigré(e) illégal(e) pour des tâches domestiques. Les critiques de gauche soulignent que les partis libéraux-conservateurs se mettent exprès dans une telle situation pour créer une main d’œuvre peu chère, privée de droits économiques, politiques et sociaux, sur le territoire national. Pour ma part, je soulignerais plutôt qu’il s’agit d’une contradiction réelle, liée au stade de développement de nos économies, que ces partis ne savent pas résoudre.

Certains analystes estiment qu'il faut voir dans cette défaite, une sanction quant au manque de cohérence au sein du parti Républicain. L'UMP pourrait-elle subir le même sort ? 

Ce n’est pas un manque de cohérence, c’est bien plutôt l’existence d’une contradiction de fond : il n’est pas possible parfois de séduire tous les électeurs visés à droite  en assumant une seule ligne claire sur l’immigration. Aussi bien le parti républicain doit choisir celle qui lui rapporte le plus de voix, il n’est pas sûr que l’inconnu qui vient de gagner les primaires gagne aussi à la fin le siège de représentant visé. De fait, l’UMP doit faire le même genre de calcul, et peut encore éviter ce genre de déconvenues. Alain Juppé, pourtant identifié à l’aile la plus libérale du parti sur ce point, parlait cette semaine sur France-Inter de mettre en avant le concept d’identité française. On peut trouver un autre exemple en Allemagne où la CDU-CSU oscille depuis des décennies entre refus de l’immigration et acceptation pleine et entière de celle-ci pour les besoins de l’économie allemande.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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quesako
- 12/06/2014 - 21:18
Le pb : savoir s'il faut un candidat "tea party" pour gagner ?
Si la répartition des européennes se généralise à la présidentielle, nous ne sommes plus dans un bipartisme mais dans un tripartisme. Dans ce cas ne faut il pas un candidat "tea party" pour assurer d' être au 2ème tour ? (je n'ai pas la réponse bien sûr !)
Hugues001001
- 12/06/2014 - 18:00
À corriger
Cantor n'est pas le chef de la majorité républicaine au Congrès, mais à la Chambre des Représentants. Le Congrès inclut aussi le Sénat, qui est à majorité démocrate. Donc merci de corriger le titre de l'article qui constitue une erreur.