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Economie sociale et solidaire
Refuser le profit est une utopie néfaste
Publié le 18 juin 2011
Les Etats généraux de l’économie sociale et solidaire s’ouvrent le 17 juin à Paris. Pour ses organisateurs, l’économie ne peut tourner pas autour du seul profit. Une erreur, selon Patrick Nodé-Langlois, un ancien dirigeant de Lafarge pour qui ajouter les adjectifs sociale et solidaire à économie ne suffit pas à promettre des lendemains qui chantent
Patrick Nodé-Langlois est un ancien haut dirigeant d'un grand groupe industriel.Il est administrateur de la chaîne KTO.
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Les Etats généraux de l’économie sociale et solidaire s’ouvrent le 17 juin à Paris. Pour ses organisateurs, l’économie ne peut tourner pas autour du seul profit. Une erreur, selon Patrick Nodé-Langlois, un ancien dirigeant de Lafarge pour qui ajouter les adjectifs sociale et solidaire à économie ne suffit pas à promettre des lendemains qui chantent

Atlantico : Les Etats généraux sur l'économie sociale et solidaire vise trois objectifs : « Mobiliser les acteurs de l’économie sociale et solidaire, amener le public à agir, et influencer les décideurs pour favoriser un autre mode de développement économique à l’horizon de l’élection présidentielle de 2012. » Que vous inspire cet événement ?

Patrick Nodé-Langlois : Les objectifs de ces Etats généraux me mettent mal à l’aise. On a l’impression que rien n’a été fait ces dernières années et qu’il suffit d’ajouter à économie les adjectifs « social » et « solidaire » pour changer le monde et lui offrir des lendemains qui chantent. Les organisateurs ont-ils seulement regardé les progrès de l’économie mondiale depuis la dernière guerre ? Personne ne peut contester que nous vivons beaucoup mieux que nos aînés. L’augmentation de l’espérance de vie, le déclin de la famine sont là pour le prouver. Aurait-on pu obtenir les mêmes résultats par les seuls moyens que nous proposent les tenants de l’économie sociale et solidaire ? J’en doute.

Vouloir refouler le profit comme le proposent l’initiateur de ces Etats généraux, Claude Alphandéry et son comparse Hessel relève de l’utopie, pour ne pas dire du mensonge. Alphandéry cite Edgard Morin qui écrit : «  L’économie sociale et solidaire refoule progressivement et systématiquement l’ère économique par le seul profit. » Et Alphandéry ajoute : « La question est comment la refouler ? Dans quels délais ? Dans quel espace ?  » Peut-on être aveuglé par l’idéologie à ce point pour ne pas comprendre le rôle positif qu’ont joué des entreprises capitalistes multinationales dans la nouvelle croissance mondiale et dans l’atténuation, et parfois l’éradication de la pauvreté, dans les pays aujourd’hui émergents. Certes, il reste beaucoup à faire, mais les acteurs de l’économie sociale et solidaire n’y suffiront pas.

Il est vrai que la recherche effrénée du profit par les spéculateurs et que l’accumulation des bonus par les traders ont pu donner une fausse image du profit. Il n’en reste pas moins qu’il est l’indicateur ultime de la performance économique à condition qu’elle ne se fasse pas au détriment de l’intérêt général.

Me vient à l’esprit une question à poser aux associations, membres actifs de l’économie sociale et solidaire, financées par la générosité du public : « Supprimer le profit, soit, mais comment vivrez-vous s’il n’y a plus de généreux mécènes pour vous donner ? » En fait, tout le monde profite du profit.

Y a-t-il une économie non sociale et non solidaire? Est-ce vraiment utile d'ajouter des adjectifs à « économie » ?

Les entreprises, acteurs de l’économie de marché, sont autant solidaires et sociales que celles participant aux Etats généraux, et je m’étonne qu’aucune n’y participe ; du moins elles n’apparaissent pas sur le programme que j’ai pu lire.

Aujourd’hui, on parle beaucoup du développement durable. Ce concept n’est pas nouveau. Il est issu du rapport Brundtland commandité par les Nations Unies et publié en 1986. Il dit que le développement durable repose sur trois piliers : la croissance économique, le respect de l’environnement et la responsabilité sociale. Si l’un de ces piliers craque, tout le reste s’effondre et adieu, le développement durable. Après la conférence de Rio, tenue en 1992 sur ce sujet, une cinquantaine d’entreprises internationales, suivant l’initiative de l’industriel suisse Thomas Schmidheiny, ont créé une association, The World Business Council for Sustainable Development.

J’ai représenté le groupe français Lafarge, leader mondial du ciment, dans plusieurs instances de cette association, et je peux témoigner de l’efficacité des actions menées par ses entreprises ; elles sont aujourd’hui 180.

Je sais qu’on va m’objecter que si ces entreprises s’intéressent au développement durable, c’est  pour améliorer leur image et  leur profit. Et alors ! Qu’y a-t-il de mauvais si cette dynamique débouche sur un progrès pour l’humanité ?

J’ai pu constater tout au long de ma carrière chez Lafarge (depuis 1963) que les dirigeants, les cadres, le personnel de cette entreprise n’étaient pas uniquement motivés par l’argent. Par l’altruisme,  aussi. Peut-être parce que ses dirigeants étaient, et sont encore, imprégnées de valeurs humanistes judéo-chrétiennes.

Je pourrais citer quelques exemples de ce qu’on appelle aujourd’hui la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE).  

En 2004, à l’occasion du tsunami, la région d’Aceh de Sumatra, proche de l’épicentre, était noyée sous les eaux et complètement ravagée. L’usine de Lafarge, qui s’y trouvait, fut en grande partie détruite. Immédiatement, le personnel de Lafarge, présent dans 70 pays, manifestèrent leur solidarité avec leurs camarades indonésiens qui travaillaient dans l’usine et avec la population de la région. Ce n’était pas seulement une question d’argent à donner, c’était aussi une expression de l’amour du prochain.

En Afrique, Lafarge participe activement à la lutte contre le sida. Ce n’est pas uniquement pour avoir des travailleurs en bonne santé, c’est aussi pour aider les populations vivant autour des usines.

Par ailleurs, Daher a mis en place, il y a quelques années, un système d’intéressement pour son personnel. Plusieurs années de suite, le montant de l’intéressement, payé au personnel, a été supérieur au dividende versé aux actionnaires familiaux. Crise oblige, il n’y a pas eu d’intéressement l’an dernier. Par solidarité, les actionnaires familiaux ont décidé de ne pas se verser de dividende, alors qu’ils auraient pu le prendre sur les réserves.

Pourquoi devrait-on exclure ces entreprises de l’économie sociale et solidaire ? Parce qu’elles sont dans une logique de profit ?

Milton Friedman, un économiste libéral, a critiqué l’économie solidaire, estimant que créer une entreprise vise seulement à « faire du profit » et pas autre chose. S’il n’y a aucune recherche de profit, cela pourrait engendrer de la pauvreté. Partagez-vous ce point de vue ?

Non. Point n’est besoin du seul profit pour motiver les hommes. Permettez-moi de citer deux personnages que je considère comme des géants de l’Histoire. Dans son encyclique Centesimus Annus, Jean-Paul II reconnait au profit un rôle pertinent comme un indicateur du bon fonctionnement de l’entreprise. Benoît XVI, aussi, reconnait l’utilité du profit dans sa dernière encyclique, Veritas in Caritate. Mais si le profit ne tient pas compte de l’intérêt général, il « risque, dit-il, de détruire la richesse et d’engendrer la pauvreté. »

On ne peut pas s’en remettre à la seule main invisible d’Adam Smith pour réguler l’économie de marché. On ne peut pas non plus affirmer, comme Milton Friedmann, que « la seule responsabilité sociale de l’entreprise c’est faire du profit. »

Dans le monde qui s’ouvre devant nous, l’économie mixte sera, sans doute, la règle. C’est un système dans lequel devraient vivre en parfaite osmose l’entreprise capitaliste, le secteur associatif, le secteur mutualiste, le secteur coopératif et l’Etat régulateur qui régule, coopère, et impulse, tout en laissant aux corps intermédiaires une autonomie dont ils ont besoin pour être efficaces. Dans cette économie mixte, le don, comme le profit, doit avoir sa place. C’est ce que propose Benoît XVI dans son encyclique : « …Dans les relations marchandes, le principe de gratuité et la logique du don, comme expression de la fraternité, peuvent et doivent trouver leur place à l’intérieur de l’activité économique normale. »

 

 

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Commentaires (19)
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Achille Supertramp
- 19/06/2011 - 19:04
(Suite)
J'espère qu'il ne faut pas forcément être à gauche pour s'en rendre compte. Tout comme j'espère qu'il ne faut pas être obligatoirement de gauche pour se rendre compte du rôle prépondérant des associations dans le bon fonctionnement de la démocratie et donc dans le maintient des libertés.
Achille Supertramp
- 19/06/2011 - 19:04
(Suite)
J'espère qu'il ne faut pas forcément être à gauche pour s'en rendre compte. Tout comme j'espère qu'il ne faut pas être obligatoirement de gauche pour se rendre compte du rôle prépondérant des associations dans le bon fonctionnement de la démocratie et donc dans le maintient des libertés.
Achille Supertramp
- 19/06/2011 - 19:03
@brennec
Il est possible d'être égaux et libre. Bien sur l'égalité absolu reste une utopie mais il me parait évident qu'il est nécessaire d'aller en sont sens.