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Fin de quinquennat en soins palliatifs : Hollande face à la fuite de ses conseillers et amis (et à un Michel Rocard très sévère) ; Karim Benzema : caillera ou bouc émissaire ? ; Luc Ferry pense que nous allons vivre 300 ans
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Revue de presse des hebdos

Fin de quinquennat en soins palliatifs : Hollande face à la fuite de ses conseillers et amis (et à un Michel Rocard très sévère) ; Karim Benzema : caillera ou bouc émissaire ? ; Luc Ferry pense que nous allons vivre 300 ans

« Panama Papers » ! Vous en avez entendu parler cette semaine ? Mais oui ! C’est l’affaire sur laquelle Le Monde a travaillé pendant des mois avec de nombreux médias internationaux et qui vient d’exploser au grand jour. C’est cette affaire de paradis fiscaux qui met en cause une foultitude de personnalités dans le monde entier. Et bien, sachez, que dans vos hebdos, la nouvelle ne s’impose pas comme « l’affaire du siècle ». Pas encore, en tous cas.

Sandra Freeman

Sandra Freeman

Sandra Freeman est journaliste et productrice.

 

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(Une autre) affaire d’Etat : Karim Benzema… Caillera ou bouc émissaire ?

C’est une autre affaire qui fait la Une de « L’Obs » ! « L’affaire Benzema ». L’hebdo s’interroge sur ce qu’elle « cache ». Alliant tous les ingrédients à succès populaire (politique + football + sexe), cette histoire de chantage à la sextape à l'encontre de son camarade de l'équipe de France Mathieu Valbuena, est entrain de devenir « Une affaire d'État » explique « L’Obs ».

D’accord, Karim Benzema a, rappelle-t-on, été mis en examen « pour complicité de tentative de chantage », mais la question est aujourd’hui d’un autre ordre : va-t-il pouvoir jouer pour la France lors de l’euro de Foot, en juin prochain ?

Le magazine raconte que Noël Le Graët (74 ans), le président la fédération française de football,« joue le match de sa vie » et« tient entre ses mains un des plus difficiles dossiers de sa longue  carrière ». Comment va trancher cet ami de trente ans de François Hollande ? Benzi : « sélectionnable sous le maillot tricolore ou pas ? »… Un « terrible dilemme » !

Pas seulement pour Noël Le Graët, explique « L’Obs : « Toute la France du football tremble d'effroi ». Même, « au plus haut sommet de l'État, cette décision est attendue avec appréhension ». Aujourd'hui, « ça sent le soufre »… et« le bulletin de vote », aussi.

Car, on comprend bien à lire ce papier, que les pressions sont lourdes. Depuis plusieurs mois, Noël Le Graët « reçoit des lettres d'insulte, racistes, xénophobes, lui enjoignant de pointer son pouce vers le bas, tel un emprunt romain et de jeter Benzema dans la fosse aux lions. » Sauf que dans le même temps, « Karim Benzema est le meilleur buteur français en exercice. Il n'a pas toujours brillé en équipe de France ? Il ne chante pas la marseillaise ? Il n'a pas que des disciples chez les bleus ? Sans doute. Mais peut-on se passer vraiment d'un joueur mondial pour le championnat de Europe qui se déroule en France à partir du 10 juin ? »

« Panama Papers » : Une affaire de « terrorisme fiscal »

Il y a bien « Charlie hebdo » qui réagit au scandale « Panama Papers » en Une. Le fanzine prend le contre-pied en titrant (sans retenue) sur le « terrorisme fiscal ». Vuillemin dessine une manifestation de gros personnages,en chapeauté,ou cigares en bouche,  scandant des slogans tels que « Je suis Panama », ou « Même pas peur », ou encore « Ils ne changeront pas notre de vie ».

« Panama Papers », « loi El Khomri », ou réforme du collège : Réactions et « come-back citoyen ».

Des vrais mouvements citoyens qui descendent dans la rue pour signifier qu’ils ne sont pas contents… il y en a par ailleurs, « pour de vrai » cette semaine. Et « Les Inrockuptibles » décrivent à ce sujet un« come-back citoyen ». En cause, plusieurs facteurs, que ce soit contre « Panama Papers », contre la loi El Khomeri », ou contre la réforme du collège. Le magazine interroge le sociologue (de gauche, devenu anarchiste) Philippe Corcuff. Il perçoit les manifestations comme des représentations « visibles de la réactivation d'une pensée libertaire et anarchiste ».

« Être libertaire en 2016 », qu’est ce que ça veut dire ? Sa réponse : « Aujourd'hui, il existe un retour d'une sensibilité libertaire, de manière disséminée, dans une diversité de mouvements sociaux, de lieux alternatifs et de résistances individuelles (…). Cette sensibilité a été perceptible dans le mouvement altermondialiste puis dans le mouvement « Occupy » ou dans les ZAD » Et à lui de poursuivre un peu plus loin sur le scandale financier « Panama Papers » : ça« montre que les forces traditionnelles de droite (promesses de Nicolas Sarkozy à la suite de la crise de 2008) comme de gauche (discours du Bourget de François Hollande) sont dans l'incapacité de maintenir un minimum de règles éthiques dans le cadre du capitalisme international. Elles attisent même le fantasme du retour à la bonne nation protectrice et participe par là à l'extrême droitisation », affirme le sociologue interrogé par « Les Inrocks ».

Ces « indignés de la République » =« indignados » de Madrid en 2011 ?

A lire « l’Obs », la mobilisation citoyenne de ces « indignés de la République », est loin d’être structurée. Au magazine de rappeler que, « depuis le 31 mars, des centaines de personnes occupent chaque soir la Place de la République à Paris ». C’est le mouvement « Nuit debout qui veut tout changer ». « Mais changer quoi ? », s’interroge le magazine avant d’être allé à la cueillette aux infos. « Dans ce forum à ciel ouvert, tous les sujets sont sur la table ». Pèle mêle, en voici quelques graines : « L’Etat Policier », « l’islamophobie ambiante », « le traitement inhumain des réfugiés », « les mal logés », « les SDF », « les prostituées », « le renoncement aux principes écologiques », « l'abandon de la jeunesse », « la sédition des puissants face a la mondialisation », « la corruption des élites », « l'aliénation dans le travail », « les médias qui racontent n'importe quoi », mais encore la nécessité de « désobéissance civile », ou pour « la création d'une couverture sociale et salariale à vie ». A « L’obs » de conclure : « Pas facile de structurer un discours commun ».

Mais doit on y voir les prémices d’un mouvement plus important comme les indignados de Madrid en 2011 ? Il semblerait que là, en terme de « taille de la mobilisation : Plusieurs milliers de personnes en Espagne. Quelques centaines à la république », on est pas dans le même registre. D’autant qu’on n’a pas non plus en France « le soutien de l'opinion publique ».

« Réforme du collège » : « les profs font de la résistance »

Vus de haut. Quelques ados regroupés. Cette photo est en couverture de « Télérama » qui, lui, préfère cibler une mobilisation bien claire, nette et précise, celle de la « réforme du collège » contre laquelle« les profs font de la résistance ». Et au magazine de rappeler qu’elle « vise la réussite pour tous », mais que« pourtant elle ne passe pas »…

Et les raisons ?On lit (toujours les mêmes constats depuis des décennies) : « augmentation du nombre de décrocheurs », « dégradation de l'égalité des chances ». Seulement voilà, «  Le ministère parle de mieux apprendre pour mieux réussir : qui ne serait pas d'accord ? » dit l’un, sauf que «  ce projet est mal ficelé, impraticable. Sa communication agressive cache plein de failles » déclare l’autre.

Les critiques vont dans tous les sens. Ici, un proviseur aurait « espéré une réforme plus profonde et plus ambitieuse ». Là, « des profs conservateurs »,« accrochés à leurs privilèges et opposés par principe à tout changement ».

« Télérama » rappelle qu’en juin 2015, « 74 % des enseignants s’y sont opposés » et que « près d'un quart d'entre eux ont participé au dernier mouvement de grève, le 26 janvier ».

La cause réelle, se trouve hors des murs du collège. On la trouve un peu plus loin dans l’interview faite par le journal à André D. Robert, qui est enseignant-chercheur : « L'école est de plus en plus assignée à réparer les mots que la société ne parvient pas à résoudre. » En cause donc, la société (on y revient) et le politique (on y va).

Fin de quinquennat : les derniers jours… « En soins palliatifs ».

Car le sommet de l’Etat n’est pas au Top. On le sait. Mais la presse hebdo ne manque pas de le rappeler. « L’Express », dans l’édito de son directeur de la rédaction, Christophe Barbier se concentre sur « Hollande : cinq raisons de ne pas se représenter ». Un édito qui fait écho à celui qu’il avait gratté à destination de Nicolas Sarkozy il y a quelques jours. Un partout.Balle au centre, donc.

De son côté « Le Point » décrit de l’intérieur les « derniers jours du quinquennat », ses « sombres mines à l’Élysée », « l'ambiance qui n'est pas à la blague », après le « cuisant échec » de la déchéance de nationalité. On est le 1er avril : « En enterrant la révision constitutionnelle, le président pense éviter le pire : Éviter un vote sanction au congrès. Mais il ne peut empêcher que (…) soit remis en question sa capacité à incarner l’unité de la nation ».

« Le Point » décrit, dans son papier, qu’Hollande est désormais assez seul. « Les grands fâchés » ? On les retrouve visiblement « chez les fidèles ». Un de ses proches : « il est en soins palliatifs ». « Les frondeurs du PS exultent(…) : ils avaient raison depuis le début ».

Dans le gouvernement, il y a le ministre de l'agriculture, Stéphane le Foll. « Aujourd'hui il ne contrôle plus rien ». Dans ses rangs : « Ce n'est pas encore l'hémorragie mais, à unan de la présidentielle, les conseillers de François Hollande pensent déjà à prendre le large et se recasent sans attendre. Et d'ailleurs, le secrétaire général de l'Élysée, Jean-Pierre Jouyet, qui a toujours aimé jouer au DRH de la République, laisse faire avec bienveillance ». Et parmi les députés ? « Sur les 287 députés PS, une petite poignée défendra l'étendard de la Hollandie » écrit « Le Point ».

Michel Rocard : « La gauche n'est pas à la hauteur de sa mission réformatrice ».

Michel Rocard, qui est interviewé cette semaine par « L’Obs », analyse cette décrépitude : « La gauche n'est pas à la hauteur de sa mission réformatrice » et de poursuivre : « Ce qui est sûr c'est que nos frondeurs veulent un signe « d'identité socialiste ». Ils réclament des coups de pied politiques donc bureaucratiques dans le marché pour se rapprocher de ce qu'ils pensent être l’égalité matérielle. Or le marché prend mal les coups de poing administratifs qui fausse les règles ».

Et puis, restant fidèle à sa « vision sociale-démocrate », Michel Rocard apporte sa petite remarque sur la façon de faire de la politique : « les vraies réformes sont contractuelles. Toute annonce tombant d’en haut, angoisse ».

Trop d’annonces donc. Pas assez de vraies réformes.

Le « nouvel » Iran : « l’heure du changement a sonné ».

Le monde change. En couverture du « Point », cette semaine, on le prouve avec «  le nouvel Iran », qui a été longtemps isolé sur la scène internationale. Aujourd’hui, après les années sombres de l'ère Ahmadinejad, « l’heure du changement a sonné ». « La perse millénaire renaît de ses cendres » depuis l'élection surprise du président modéré Hassan Rohani en 2013, et « l'image de la république islamique dans le monde est en train de changer »

Le magazine propose un long dossier décrivant, ce qu’implique le fait que la République Islamique soit reconnu par l'Occident, après trois décennies d'isolement sur la scène internationale (« le message implicite contenu dans l'accord historique sur le nucléaire iranien conclu en 2015 »). Mais, selon l’hebdomadaire, « la levée des sanctions internationales contre Téhéran enchante autant qu'elle inquiète ». Car oui, « le voile tombe un peu plus chaque jour », mais « il y existe encore au pouvoir des conservateurs puissants qui ne veulent pas dialoguer avec le reste du monde ».

Luc Ferry : « Il sera possible de vivre 300 ans » !

Le Monde change aussi en Une « L’Express ». Le magazine offre ainsi sa couverture à Luc Ferry qui n’a pas peur d’aller loin : « il sera possible de vivre 300 ans » ! (« On ne l'attendait pas sur ce terrain là, a priori ». Le philosophe parle comme un scientifique parce qu’il s’est penché sur le sujet de l’éternité et du transhumanisme, sur leurs « progrès » et les « périls qui s'annoncent ».

Car aujourd’hui, c’est inéluctable, la machine est en route, portée par des scientifiques, des financiers ou des penseurs. On veut « combattre le vieillissement ». On corrige certaines données génétiques. On avance vers l’« augmentation du potentiel humain ».

Seulement, le transhumanisme prône également, rappelle « L’Express »,« un eugénisme décomplexé ». Alors « pourquoi accepter ce tri de l'humain » ? Luc Ferry donne des clés : « Dès qu'on dit chez nous, eugénisme, on pense aussitôt au nazisme ». Mais, « pour les transhumanistes, souvent issus de la gauche libertaire, c'est tout l'inverse. Il s’agit de corriger les inégalités génétiques dans une optique foncièrement égalitariste. On peut ne pas être d'accord, mais cessonsl’hypocrisie : l'eugénisme  éliminateur se pratique déjà chez nous » déclare Luc Ferry avant de poursuivre : « 97 % des femmes qui découvrent lors de l'amniocentèse qu'elles portent un enfant trisomique recourent à l'avortement ».

Lier avortement et eugénisme est un débat de société en soi, et pourrait faire l’objet d’un long sujet de philo, mais poursuivons sur le transhumanisme selon la pensée de Luc Ferry : « La plupart ne perçoivent pas queleur logique peut finir par nous faire sortir de l'humanité. En bons utilitaristes, ils s'imaginent que l'augmentation de l'être humain apportera forcément le bonheur, alors que donner plus de liberté à l'individu a aussi pour conséquence de provoquer chez lui davantage d'angoisse, parce qu'il doit sans cesse s’assurer de faire les bons choix ».

Donc, nous n’avons pas fini de nous inquiéter… Mais peut-être qu’en étant un peu moins humain, on pourra être – par la même - un peu moins angoissé, non ?

 

 

 

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