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Le parti de Marine Le Pen va présenter 597 listes dans les villes de plus de 1 000 habitants.

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Ce que les listes FN aux municipales révèlent de l'implantation militante et de l'audience électorale du parti

Record battu pour le Front national. Au terme du délai imparti pour le dépôt en préfecture des listes aux municipales, jeudi 6 mars, le parti de Marine Le Pen va présenter 597 listes dans les villes de plus de 1 000 habitants.

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Le Front National présentera aux élections municipales des listes dans 596 communes dont 422 dans des villes (ou arrondissements) de plus de 9 000 habitants. Si le parti de Marine Le Pen ne sera présent que dans environ un tiers des communes de plus de 9 000 habitants (et dans la moitié de celles de plus de 10 000 habitants), cela constitue néanmoins une assez belle performance. Il faut en effet remonter aux élections municipales de 1995 pour retrouver une couverture du territoire à peu près équivalente : 444 listes à l’époque dans des communes de plus de 9 000 habitants et près de 500 listes au total. En 2001, le parti frontiste avait été très affaibli localement par la scission avec les "mégrétistes", de nombreux cadres de terrain l’ayant quitté pour le MNR rival.

En 2008, ce sont les difficultés financières, occasionnées par les très mauvais résultats des législatives de 2007 (où Nicolas Sarkozy et l’UMP avaient "siphonné" une part significative de l’électorat frontiste) qui avaient lourdement obéré la capacité du FN à multiplier les listes.

Une géographie de l’implantation militante

Comme on peut le voir sur les cartes réalisées en partenariat avec le Figaro, et d’une manière assez logique, c’est dans les régions où il est électoralement le mieux implanté que le FN présente le plus de listes (Paca, Languedoc-Roussillon, Nord-Pas-de-Calais).

Toutefois, signe d’un maillage militant encore imparfait, certaines communes de plus de 10 000 habitants, où Marine Le Pen avait pourtant obtenu plus de 30% lors de l’élection présidentielle, ne verront pas se présenter de listes FN. C’est notamment le cas notamment à Freyming-Merlebach, Stiring-Wendel et Amnéville en Moselle ou bien encore Rognac ou Châteauneuf-les-Martigues dans les Bouches-du-Rhône (1).

Par-delà le potentiel électoral propre aux différents territoires, la présence militante et le dynamisme des dirigeants des fédérations départementales ont également beaucoup joué. Ainsi, on ne compte pas moins de 36 listes dans le Var (dont certaines dans des très petites communes : Callas, 1823 habitants ou bien encore La Celle, 1317 habitants) contre seulement respectivement 20 et 23 dans les départements voisins des Alpes-Maritimes et des Bouches-du-Rhône, qui avaient pourtant voté dans les mêmes proportions pour Marine Le Pen en 2012. La présence de Nicolas Bay en Seine-Maritime explique sans doute en partie la forte progression du nombre de listes présentées : 20 cette année contre 7 en 1995. De la même façon, le nombre de listes a considérablement augmenté dans la Pas-de-Calais (26 contre 8), fédération dirigée par Steeve Briois, alors qu’il restait stable dans le Nord voisin (28 contre 29 à l’époque).

Dans les terres de mission de l’ouest, monter des listes semble toujours très difficile, le parti lepéniste ne présentant que 9 listes sur l’ensemble de la Bretagne par exemple. De la même façon, le FN sera absent à Montluçon, Brive, Périgueux, Auch ou bien encore Cherbourg. Néanmoins, on observe, à l’instar de ce qui avait été constaté aux cantonales de 2011, puis de la présidentielle de 2012, que le FN parvient à commencer à s’implanter dans certains terroirs de l’Ouest. Le parti frontiste sera ainsi représenté dans des petites communes comme Paimboeuf en Loire-Atlantique.

(3217 habitants), Valognes ou Bréhal dans la Manche (7057 et 3073 habitants) ou bien encore à Talmont-Saint-Hilaire en Vendée (7125 habitants).

Des évolutions assez sensibles par rapport à 1995

Si les deux cartes présentent d’assez grandes similarités, des bouleversements très importants sont à noter. Guillaume Tabard pointe ainsi le fait que "le nombre de listes présentées par le FN dans les villes de plus de 10 000 habitants augmente dans 39 départements. Cette progression est particulièrement remarquable dans ses zones de force du littoral méditerranéen : + 8 listes dans le Var et dans les Bouches-du-Rhône".

On constate à l’inverse un effondrement dans les communes de banlieue et notamment en Seine-Saint-Denis. Le FN avait présenté 30 listes dans ce département en 1995 et y avait enregistré parmi ses meilleurs scores nationaux : 31,6% à Clichy-sous-Bois, 28,4% à Bondy, 26,4% à Pierrefitte-sur-Seine ou 26,1% à Stains par exemple. Mais 20 ans plus tard, il n’est plus désormais en capacité de se présenter que dans deux villes de ce département : Noisy-le-Grand et Rosny-sous-Bois. Si la fédération du 93 a été durablement affectée par la scission avec le MNR, le leader Franck Timmermans ayant rejoint Bruno Mégret, ce sont les profonds changements démographiques qu’a connu ce département qui expliquent principalement  comment en vingt ans, le "93" est passé du statut de bastion à celui de "terra incognita" pour le FN.

On retrouve le même phénomène dans d’autres communes de banlieues, où le vote FN prospérait jadis sur fond d’insécurité et de tensions communautaires et où ce parti est désormais en incapacité d’y monter des listes. Toujours dans la région parisienne, on pourra citer Evry (18,2% en 1995), Grigny (19%) ou Nanterre (où est pourtant situé le siège du parti… !). Il n’y aura pas non plus de liste frontiste dans la banlieue lyonnaise à Vaulx-en-Velin (où le FN avait atteint 31% des voix en 1995), à Vénissieux (27,5%) ou à Saint-Fons (28%). A Creil, dans l’Oise, où en 1989, l’affaire "du foulard" avait éclaté dans un des collèges de la ville, le FN réalisa également 19,2% au premier tour des municipales de 1995 mais le parti ne s’y présentera pas cette année. Des listes frontistes se monteront en revanche pour la première fois dans les communes voisines de Senlis et de Pont-Sainte-Maxence, où la population issue de l’immigration est beaucoup moins nombreuse qu’à Creil.
   
Cette incapacité à présenter des listes dans ces communes de banlieue ayant connu une forte pression migratoire au cours des 20 dernières années renvoie également à une perte d’influence électorale croissante du FN comme le montre l’érosion très nette de son score aux élections présidentielles successives.

A l’inverse, l’augmentation du nombre de listes présentées dans le Pas-de-Calais signalée précédemment est à relier à la fois au dynamisme insufflé par Steeve Briois dans cette fédération mais aussi à l’audience électorale grandissante du parti dans le département et notamment dans le bassin minier comme le montre le tableau ci-dessous.

(1) Guillaume Tabard du Figaro indique à ce propos que "le FN n’aura pas de liste dans 10 des 29 villes de plus de 10 000 habitants où Marine Le Pen a dépassé les 30 % à la présidentielle et dans 17 des 42 communes où elle avait obtenu entre 27 et 30 % des voix".

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