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Accueil des migrants en Europe : 60% des Français continuent à y être opposés
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Accueil des migrants en Europe : 60% des Français continuent à y être opposés

Le fait d'adhérer ou non à l'accueil des migrants correspond au clivage droite/gauche traditionnel. Par ailleurs, les catholiques pratiquants y sont beaucoup plus favorables que les autres, selon un sondage Ifop exclusif pour Atlantico.

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Atlantico : quels enseignements peut-on tirer de ce sondage, dans quel contexte a-t-il été réalisé ?

Jérôme Fourquet : On observe que l'état de l’opinion sur la question de l'accueil des réfugiés en France est tout à fait stable par rapport à une précédent mesure, effectuée juste au lendemain des attentats de Paris.

Depuis le mois d'avril, il y a eu trois périodes : une période à la fin de l’été 2015, où nous avions des opinions publiques majoritairement réfractaires à l’accueil, alors que la question des migrants gagnait en puissance dans les médias, et que le problème de posait de manière plus intense sur les côtes européennes. Durant toute cette période, un tiers seulement des Français étaient favorables à leur accueil. Une deuxième période s’ouvre au lendemain de la publication des photos du petit Aylan, qui provoque un basculement très net de l’opinion publique, avec un rapport de un Français sur deux favorable.  Même après le choc émotionnel très intense qui a marqué les esprits, l’autre moitié était opposée à l’accueil et à la répartition.

Cette situation a  perduré deux mois environ, jusqu’aux attentats de novembre 2015, et la découverte de deux passeports syriens sur les cadavres des kamikazes du stade de France. Un évènement qui a amené de l’eau au moulin de ceux qui s’inquiétaient d’une possible infiltration des flux de migrants par les terroristes. On retombe alors à un niveau d’adhésion à peu près équivalent à ce qui prévalait avant la photo du petit Aylan.

Il y a quelques jours, nous avons essayé d’évaluer quelle était la situation aujourd’hui, deux mois après les attentats de novembre. L’avancée de l’enquête ayant montré qu’il y avait un problème de porosité des frontières et d’infiltration possible des djihadistes. Après ces révélations, et suite aux évènements de Cologne, On a également appris que l’assaillant de la Goutte d’or résidait dans un foyer de migrants en Allemagne, qu’il avait séjourné dans plusieurs pays européens et avait à chaque fois commis un certain nombre de délits. Si cette série d'actualités n’ont donc pas eu de véritable impact, on peut aussi voir les choses autrement : deux mois après les attentats l'adhésion à l'accueil aurait pu augmenter, or la menace inhérente à l’infiltration de terroristes dans les groupes de migrants est encore ressentie par la population, ce qui a pu stabiliser ces résultats. 

Dans ce contexte-là, l’opinion publique française est à 60 % opposée à l’accueil des migrants.

Observe-t-on des différences en fonction des différents groupes qui composent la société française ?

Il y a bien entendu un deuxième niveau d’analyse : comment se structure l’opinion dans ses différentes composantes sur cette question. Il y a un clivage politique extrêmement marqué, avec quasiment 6 électeurs de Front de gauche sur 10 qui sont favorables à l'accueil, chiffre qui monte à 7 sur 10 parmi les sympathisants du PS. Et inversement, il y a une asymétrie absolue et parfaite entre les sympathisants Républicains et les sympathisants du PS : 71%-29 % contre sont contre chez les premiers et 29-71 au PS. L’électorat de droite est très massivement opposé. On peut comprendre un certain nombre de propositions qui ont été faites notamment par le candidat Juppé, par exemple.

L’électorat frontiste est quant à lui quasiment en totalité opposé à cela. Quand on regarde dans le détail, on constate qu’il n’y a pas uniquement un clivage politique et partisan sur ces questions. Et en premier lieu un clivage sociologique : la question de l’ouverture à l’autre, de la mondialisation, du rapport à des identités différentes. On sait que ce point de vue-là est bien plus en vogue parmi les CSP+ qu'au sein des milieux populaires. Et ici effectivement : 55% des professions libérales sont favorables à ce que la France accueille une partie du fardeau des migrants. Les professions intermédiaires sont minoritaires mais en restant relativement équilibrées à 46/54, et on chute ensuite à 26 % chez les employés-ouvriers. La fracture sociologique classique se retrouve ici de manière très marquée. 

On note également des différences liées au rapport à l'altérité et à la diversité et où la région parisienne apparaît plus ouverte à 45% pour, et moins dans les communes rurales où cette idée ne convainc que 33% des habitants.

Dans la région Nord-Est, on trouve le plus faible niveau d'adhésion (34%). De même, le quart nord-est de la France comprenant l'Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne, mais aussi le Nord-Pas-De-Calais-Picardie ont un niveau d'adhésion de 6 points inférieurs à la moyenne, et même 10 points si on les compare à l'Ile-de-France.

Enfin, un point intéressant à souligner : nous savons que les catholiques se sont davantage mobilisés en faveur de l'accueil, le Pape ayant pris position pour que chaque famille accueille une famille de migrants. Nos catholiques pratiquants sont malgré tout divisés sur la question (47% pour et 53% contre), un niveau stable par rapport à une mesure de septembre. Les non-pratiquants sont eux très majoritairement hostiles (67% opposés). Le score de 54% de personnes pratiquantes mais non catholiques se compose principalement des musulmans et des protestants sont les plus nombreux à vouloir les accueillir : d'autres enquêtes avaient montré une propension plus forte chez les protestants à les accueillir du fait de leur passé de groupe minoritaire, et les musulmans se montrent quant à eux plus sensibles à la misère de ces migrants par solidarité confessionnelle.

publié par Atlantico

 

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