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Une liberté factice?
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Birmanie

Une liberté factice?

Aung San Suu Kyi a quitté sa résidence surveillée, mais elle n'en est peut-être pas plus libre pour autant.

La "Dame de Rangoun" a délivré dimanche son premier discours politique après sept ans de silence imposé par la junte militaire au pouvoir. Elle a appelé l'opposition à s'unir pour écouter les attentes du peuple avant de décider d'une stratégie politique. Elle a défendu la liberté d'expression et s'est dite prête au dialogue avec les militaires envers lesquels elle n'éprouve aucune rancune. Cela dit, ses partisans ont-il raison de placer de si grands espoirs en sa libération et de croire en des lendemains meilleurs?

"Non", répond sans ambages Jean-Claude Pomonti sur Slate. L'ancien correpondant du Monde qui vit aujourd'hui à Bangkok considère que la résidence surveillée reste une épée de Damoclès au-dessus de la tête d'Aung San Suu Kyi, qui pourrait tout aussi bien être assassinée. Le journaliste explique également que la junte a eu tout loisir d'accroître sa main-mise sur le pays en contrôlant 80% du Parlement et en tirant un large bénéfice des investissements venus de l'étranger. Autant d'éléments qui lui font écrire: "[La] liberté [d'Aung San Suu Kyi] ne peut être que fausse. Le cadre dans lequel elle devrait évoluer est complètement verrouillé. Son parti, la LND n’a plus d’existence légale, sauf à tenter une reconversion en ONG. La nomenclature militaire tire toutes les ficelles. Et les affaires vont bon train".

Dans le Bangkok Post, Pavin Chachavalpongpun, chercheur à l’Institut des études sud-est asiatiques de Singapour, pense également que la Prix Nobel de la paix 1991 aura fort à faire. Il rappelle qu'Aung San Suu Kyi, privée de liberté pendant 14 des 20 dernières années, doit d'abord tenter de comprendre la société birmane et les enjeux de la transition politique: "Assignée à résidence, Mme Suu Kyi a été placée sur un piédestal pour devenir le symbole de la démocratie ; son visage angélique a incarné la lutte contre la dictature. Ce rayonnement a certes nourri l'opposition à la junte à l'intérieur et à l'extérieur du pays. Mais ce fut un lourd tribut à payer pour Aung San Suu Kyi. Cet isolement l'a également coupée des réalités politiques".

Si le contexte lui semble toutefois favorable grâce à l'émergence de nombreux civils sur la scène publique, Aung San Suu Kyi aura la lourde tâche de rassembler l'opposition et les minorités ethniques, ce qui n'est pas une mince affaire. Son parti, la Ligue Nationale pour la Démocratie, manque de cadres et reste divisé entre ceux qui ont pris part aux élections et ceux qui les ont boycottées.

L'unité de l'opposition reste pourtant le préalable à toute discussion avec les militaires qui pourraient tirer avantage d'un parti divisé. Aung San Suu Kyi risque donc de devoir se départir de son intransigeance et de faire davantage de compromis si elle veut peser sur l'avenir de son pays.

Lu sur le Bangkok Post via Courrier International

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