Valérie Pécresse : « La France a besoin d’un président qui défende vraiment ses intérêts, pas qui donne des leçons au monde entier » | Atlantico.fr
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Valérie Pecresse, lors d'un meeting à Clamart, près de Paris, le 15 octobre 2021.
Valérie Pecresse, lors d'un meeting à Clamart, près de Paris, le 15 octobre 2021.
©GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

GRAND ENTRETIEN

Valérie Pécresse : « La France a besoin d’un président qui défende vraiment ses intérêts, pas qui donne des leçons au monde entier »

La présidente LR de la région Ile-de-France le répète, sa volonté de réforme du pays est « extrêmement puissante » et on peut compter sur elle pour incarner une droite des solutions mais aussi une droite qui réunisse toutes ses sensibilités.

Valérie Pécresse

Valérie Pécresse

Ancienne ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche puis du Budget, Valérie Pécresse est députée de la deuxième circonscription des Yvelines.

Diplômée de HEC et de l'ENA, elle est aussi présidente du Labo des idées, un collectif de réflexion républicain, social et écologique réunissant toutes les sensibilités de la droite.

 

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Jean-Sébastien Ferjou

Jean-Sébastien Ferjou

Jean-Sébastien Ferjou est l'un des fondateurs d'Atlantico dont il est aussi le directeur de la publication. Il a notamment travaillé à LCI, pour TF1 et fait de la production télévisuelle.

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Jean-Sébastien Ferjou : Nouveau variant en Afrique australe, 5è vague, l’actualité est encore fortement marquée le Covid et le gouvernement a présenté de nouvelles mesures sanitaires cette semaine. Que vous inspirent-elles ? Et surtout, que vous inspire globalement la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement, notamment du point de vue des libertés publiques ?

Valérie Pécresse : Je ressens et je comprends l'immense lassitude des Français face à cette crise à répétition. Chaque vague donne l'impression d'un éternel recommencement et il quand même assez préoccupant de voir qu’on n'arrive pas à alléger les contraintes sur les Français. 

Emmanuel Macron nous avait promis des milliers de lits de réanimation supplémentaires. Autant, dans ma région, j'ai commandé 500 respirateurs supplémentaires et j'ai pu équiper de respirateurs et de moniteurs des lits normaux pour renforcer les services de soins critiques et essayer de soulager l'hôpital, autant j'ai l'impression que du côté du ministère de la Santé, ces milliers de lits de réanimation supplémentaires nécessaires n’ont toujours pas été déployés. 

Maintenant, à partir du moment où l'hôpital se retrouve sous tension, il faut tout faire pour éviter un nouveau confinement. Et j'ajoute que pour éviter le confinement, la seule chose qui sauve ce sont les vaccins. Donc moi, en tant que présidente de région, j’ai remis en place depuis quelques semaines « l’aller vers », c'est à dire les camions vaccinaux qui vont au plus près des populations les plus fragiles, les plus âgées, les plus isolées, notamment dans le rural, pour les convaincre de se faire vacciner et de se protéger.

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JSF : L'opposition, toutes les oppositions, sont restées relativement en retrait sur la gestion de la crise, alors qu'il y avait un certain nombre de choses à dire sur ce qui était peu ou pas du tout fait, comme le traçage, l'aération, les purificateurs d'air, l'analyse des eaux usées, etc. Si on peut évidemment comprendre les mesures de restrictions lorsqu'on est dans une situation d'urgence, on les comprend moins quand d’autres actions tout aussi utiles ne sont pas mises en œuvre et que les restrictions ne sont pas corrélées à une véritable efficacité sanitaire…

VP : Dans ma région, nous finançons tous les purificateurs d'air à la demande, notamment pour toutes les structures qui accueillent des enfants, crèches, écoles, collèges, lycées. Nous faisons de même pour les capteurs de capteurs de CO2 lorsqu’il s’agit de lieux difficiles à aérer.

Mais pour répondre à votre question, ma principale critique sur la gestion de la crise a été la défiance que l'Etat, et Emmanuel Macron spécifiquement, a eu vis-à-vis des corps intermédiaires, des élus et plus largement de tous ceux dans la société civile qui étaient pourtant en situation d’agir. Je critique aussi l'absence de décentralisation des réponses. En mars 2020, j'avais plaidé pour la régionalisation du confinement. A l'époque, le virus était dans le Grand Est, dans le Nord, en Ile de France et dans le Rhône. Tout l'Ouest ne l'a pas vu et a malgré tout été confiné deux mois. Je pense que l'absence de réponses vraiment adaptées et territorialisées a coûté très cher à l'économie française. D'ailleurs, le Conseil d'analyse économique a dit que nous avions été 26e sur 38 dans l'OCDE en termes de coût de la crise Covid pour l'Etat. Malheureusement, Emmanuel Macron ne veut voir qu'une seule tête, la sienne.

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Ma deuxième critique porte sur la campagne vaccinale. Même tropisme autoritaire, il a fallu que la campagne vaccinale soit menée de l'Elysée. Je suis persuadé qu'il y a des tiers de confiance dans la société. Ce sont les maires, cela peut être les présidents de région, mais ce sont surtout les maires, les médecins de famille, les influenceurs dans la société. Il y a des personnes dans un village, dans une ville, qui ont de l'influence. Si on avait fait partir la campagne vaccinale par le bas avec une logique de « on va vous convaincre », avec des personnes en qui les Français ont confiance, on aurait suscité beaucoup moins de résistance antivaccin. Car cette résistance des anti-vax est devenue, finalement, une résistance contre le pouvoir central. 

JSF : J'entends donc que vous, présidente, vous auriez une gouvernance moins verticale, plus collective, plus décentralisée ?

VP : Oui, mais ça n'empêche pas de décider et ça n'empêche pas de tenir, d'avoir des relais et des capteurs sur le terrain. Diriger une équipe, ce n'est pas être faible, c'est au contraire jouer collectif.

JSF : Le Parlement a été, comme souvent dans la vie politique française, assez absent de la gestion du contrôle de la crise sanitaire. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

VP : Sur le Parlement, il faut quand même tirer un coup de chapeau au Sénat qui est quand même une vraie vigie de la République et une vraie vigie des libertés publiques. On l'a vu pendant la crise Covid quand ils ont tenté de réduire l'état d'urgence au strict nécessaire. Les sénateurs ont toujours essayé de faire en sorte que les restrictions de libertés restent proportionnées aux résultats qu'on pouvait en attendre. On voit bien en revanche que l'Assemblée nationale est une assemblée de godillots, une simple chambre d'enregistrement.

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JSF : On peut être un godillot pour des raisons politiques mais l’Assemblée nationale est aussi cette simple chambre d’enregistrement pour des raisons institutionnelles. Elle manque par exemple souvent d’informations tant l'administration est assez opaque. Au Sénat quand les sénateurs, notamment Républicains à l'heure actuelle, regardent le projet de loi de Finances, ils ont beaucoup de difficultés à obtenir les documents nécessaires pour contrôler l'exécution des lois votées et comprendre si les budgets sont sincères. Etes-vous prête à vous engager à ce que le Parlement ne soit plus comme la cinquième roue du carrosse des institutions si vous êtes élue ?

VP : Oui ! Il faut totalement repenser le rôle du Parlement. Dans un quinquennat, l'Assemblée nationale est élue juste après l'élection du président pour lui donner une majorité et c'est nécessaire. Nécessaire parce la France a besoin d’être réformée de manière extrêmement puissante, le pays a besoin que soient enfin mises en œuvre ces fameuses réformes que la droite voulait faire depuis longtemps et que nous ne nous pouvons plus différer tant nous sommes au pied du mur. Le mur de la dette, le mur des impôts, nous sommes champions du monde des impôts. C’est aussi le mur des déficits, celui du budget, mais aussi celui de la balance commerciale. La France a 85 milliards de déficit de la balance commerciale, et personne n'en parle alors que c'est le symbole de notre désindustrialisation et de la perte de puissance de l'agriculture française. Parce que si on enlève les vins et spiritueux, on est déficitaire alors que tous les pays qui nous entourent sont excédentaires. 

Donc il nous faut un Parlement, une majorité solide pour porter les réformes. Mais moi, je changerai complètement le rôle du Parlement. Aujourd'hui, la loi est trop bavarde et trop précise, trop tatillonne. C'est de la loi que part l'hyper bureaucratisation, il faut revenir à la lettre de l'article 34 de la Constitution : « la loi fixe les grands principes ». Donc, moi, je mettrai au Parlement une commission de l'article 34 et on fera des lois qui fixeront les principes et ce seront les décrets, article 37, qui fixeront les détails parce que sinon, on se retrouve avec des circulaires de sept pages qui précisent la couleur des boutons de guêtres. Or ce n’est pas ça, un service public qui fonctionne. Un service public qui fonctionne, ce sont des résultats sonnants et trébuchants. Ce n'est pas un service public qui invente des procédures hallucinantes de complexité pour toutes les personnes qui vont participer à une politique publique.

JSF : Réduire les lois, allonger les décrets, n’est-ce pas prendre le risque de donner beaucoup de pouvoir à l'administration qui les rédige ?

VP : Avec moi, il y aura des professionnels à la tête des administrations. Je changerai tous les directeurs d’administration centrale. Je l'ai fait à la région. C'est absolument indispensable. On ne peut pas prendre un directeur qui a fait une politique et lui demander le lendemain de faire la politique inverse. Ce n’est pas possible, il ne sait pas faire et ce n'est pas humain. Moi, je veux des directeurs d'administration centrale qui soient aussi, et je l'assume, des managers du service public. Je pense que le gros sujet sur les services publics, c'est aujourd'hui leur efficacité, leurs résultats. 

Ça veut dire quoi ? Ça veut dire simplification, débureaucratisation, fin des gaspillages. Et ça veut dire aussi simplification de toutes ces structures administratives. La fin de l'agenciarisation de l'Etat, la fin des doublons, etc. Je pense que la réforme de l'Etat est certainement la mère des réformes. Et je suis d'ailleurs surprise de voir que cette priorité n’est pas toujours celles des Républicains. Nous sommes champions du monde des impôts mais plus du tout des services publics. L'école ne va pas bien. La justice est totalement noyée et l'hôpital est en grande souffrance. Protéger, soigner et éduquer, ces trois grandes missions de la sphère publique ne sont plus assurées. Donc, les administrateurs, les directeurs changeront quand je serai élu, ils seront remplacés par des personnels qui seront aussi des managers, jugés sur leurs résultats. Et les ministres dirigeront leurs administrations. 

JSF : Ces dernières années, on a souvent fait preuve de démagogie en matière de réduction des coûts imputables à un gouvernement avec des mesures gadgets visant surtout à masquer l’inaction sur le reste…

VP : Peut-être mais nous avons aussi la démagogie inverse. On a Anne Hidalgo qui a 165 collaborateurs à son cabinet pour ses 36 adjoints. Je demanderais à mon premier ministre d'être le chef d'une équipe ministérielle qui, elle aussi, devra rendre des comptes. C'est dire que chaque ministre aura sa feuille de route, ses résultats à atteindre, ses lois à faire voter, ses réformes à porter. Et chaque année, nous ferons une revue générale des politiques publiques avec le Premier ministre.

JSF : Politiquement, vos ministres devront-ils vous rendre des comptes ou en rendre au Parlement ?

VP : Vis à vis du Premier ministre d'abord. Il sera leur chef d'équipe et leur demandera des budgets base zéro, c'est-à-dire de revoir chaque dépense du ministère pour savoir s'il elle est vraiment utile. Ministre, ce n’est pas juste un strapontin qu'on donne à quelqu'un. C'est une charge : diriger son administration, la simplifier, la débureaucratiser, obtenir des résultats. Vous pouvez compter sur moi pour remettre sous tension toute la chaîne administrative afin d’obtenir vraiment des résultats. 

Pour en venir au Parlement, je le repositionne sur deux missions : des lois très simples et le contrôle de l'action du gouvernement. Parce que les ministres doivent être contrôlés par les députés et c'est ça qui les fera réagir. Et j'ajoute qu'il faut que nous reprenions tous les rapports de la Cour des comptes pour voir s'ils ont été vraiment exécutés ou pas. Certaines préconisations de la Cour des comptes ne sont pas forcément les mieux adaptées, les magistrats de la Cour des comptes ne sont pas forcément des administrateurs, mais il est essentiel de voir où on en est. 

JSF : Est-il sain d’avoir des présidents ou des candidats qui se soucient peu voire pas du tout de reconstruire des partis alors qu’ils sont absolument nécessaires dans une démocratie représentative ? Pouvons-nous continuer à avoir une démocratie représentative avec des partis en état de coma avancé qui ne jouent plus leur rôle de creuset sociologique ?

VP : J'ai une vraie expérience de la proportionnelle. Parce que dans ma région, tous les partis sont représentés : du Rassemblement national jusqu'à la France insoumise. Donc, je sais ce que c'est que de devoir concerter une politique avec des personnes qui ne pensent absolument pas la même chose. Et je suis quelqu'un qui arrive à créer du consensus, un consensus minimum, mais un consensus. 

Un exemple : la sécurité. Souvent, on considère que la sécurité est un sujet de polémique idéologique. En Ile de France, j'ai été élue sur la sécurité au lendemain du Bataclan et je me suis retrouvée face à la France insoumise et au Rassemblement national. La gauche et le Rassemblement national ont refusé de voter toutes les politiques en matière de sécurité pendant six ans. Pourquoi ? Le Rassemblement national, parce que ce n'était soi-disant pas les compétences de la région. En réalité, parce que j’allais régler les problèmes et que s'il n’y a plus de problèmes, il y a plus de RN. Et la France insoumise et la gauche parce qu'ils étaient dans l'angélisme et dans la négation des problèmes. Ça, c'était il y a six ans. 

J’ai tenu ma ligne et j’ai mis rapidement en place une brigade régionale de sécurité pour sécuriser les lycées. Il y a 6 ans, les uns les assimilaient à des vigiles de supermarché, les autres à un total hors sujet. A l’arrivée, lors de la dernière campagne régionale, la gauche voulait doubler les effectifs de ces mêmes brigades, le RN les tripler !

Débattre avec tous les partis, ça enrichit. Moi, je suis une femme de droite, je l'assume et je l’ai toujours assumé : quand on me choisit, on sait ce que l’on obtient. Ce que je dis, je le fais, ce que je fais, je le dis. Mais on peut être résolument de droite et s’enrichir du débat avec les communistes ou avec le Rassemblement national. 

JS : Comment faire revenir des adhérents, des militants dans des partis ?

VP : D'abord avec des enjeux. Chez Les Républicains, nous sommes parvenus à doubler le nombre des adhérents en l'espace de deux mois et je suis sûr que si on avait eu un petit peu plus de temps encore, on aurait ramené encore beaucoup plus. Parce qu’il y avait un enjeu : choisir le meilleur candidat à la présidentielle. Mais il est vrai que les Français n'ont plus confiance dans les partis pour produire des idées neuves.

JSF : Ont-ils fondamentalement tort... ?

VP : Pas vraiment en effet. Ma conviction, c’est que les partis doivent s’élargir pour pouvoir redevenir attractifs. C’est ce que j'avais reproché à une époque aux Républicains, cette incapacité à faire vivre en leur sein toutes les sensibilités. C'est ce que j'avais dit à l'époque à Laurent Wauquiez. Il y a plusieurs droites mais elles sont réconciliables dans le même parti. Je n'ai pas été écoutée à l'époque et c'est ce qui m'avait conduit d'ailleurs à m'éloigner du parti.

JSF : On se souvient surtout de votre critique sr la dérive droitière du parti…

VP : Ce n'est pas une question de dérive droitière parce que le parti n'était pas à droite sur l'économie, il ne l’était plus. C'est là qu'il y a une erreur. Ce n'est pas une dérive droitière, c'était une dérive centrée sur une seule sensibilité de la droite, plutôt conservatrice. Cette sensibilité existe, je la respecte ! J'ai soutenu François-Xavier Bellamy dans sa campagne européenne. Mais une sensibilité ne fait pas l'ensemble. On avait une doctrine économique qui s'était éloignée des idées de réforme et de libéralisme. Souvenez-vous, c’était la grande époque de Guillaume Peltier.

JSF : C’était aussi, celle de Virginie Calmels qui était numéro 2 du parti et qui incarnait le pôle libéral

VP : Pas quand j’ai décidé de partir. Elle n’était déjà plus là car elle avait fait le même constat que moi. Quand je parlais de réformes libérales, on m’expliquait qu’on ne pouvait pas les faire. Cette ligne-là est d’ailleurs encore perceptible dans le congrès de la droite, vous avez entendu comme moi plusieurs candidats dire qu’ils ne supprimeront pas de postes de fonctionnaires.

JSF : Ne pas vouloir supprimer de postes de fonctionnaires ne veut pas pour autant dire ne pas vouloir faire de réformes…

VP : Effectivement mais je refuse que nous soyons le parti de la démagogie. Lorsqu’on a déjà 2800 milliards de dettes, lorsqu’on propose de nouvelles dépenses, il faut bien faire des économies à côté. Dans l'ADN de la droite, il y a la réduction et la maîtrise de la dette et celle des impôts. 

Mais je ne veux pas pour autant réduire LR à une ligne libérale. Ce que je veux, pour que le parti redevienne attractif, c’est que toutes les sensibilités soient représentées : la sensibilité sociale, la sensibilité libérale, la sensibilité régalienne, la sensibilité conservatrice. D'ailleurs, la sensibilité conservatrice n'est pas la sensibilité régalienne. Je revendique d'avoir été toujours extrêmement puissante sur le régalien. 

JSF : Puissante sur le régalien mais donc moins conservatrice si je vous entends bien ? 

VP : Moi je revendique d'avoir porté des sujets comme l'écologie, comme l'égalité femmes hommes, qui étaient des sujets pas forcément les plus portés à droite. Comme d’avoir porté la nécessité de la réforme. Maintenant, le conservatisme et la réforme, on peut parfaitement réussir à mettre les deux dans le même parti. Moi, je suis une réformatrice et je sais accompagner le changement. Et la France a besoin de changement. Elle a besoin de croire à nouveau au progrès, à la science, à l'innovation, pour arrêter d'être une société de précautions excessive. 

Je respecte toutes les sensibilités. Je suis conservatrice sur certains sujets. Je suis pour une politique familiale, pour la transmission, pour les fondamentaux en éducation. Mais sur d'autres, et notamment sur les sujets économiques, je revendique d'être extrêmement réformatrice.

JSF : Donc, quand vous lisez les confidences de Laurent Wauquiez dans Le Figaro, qui parle de la nécessité d'avoir une colonne vertébrale, de la constance dans les idées et qui fait référence à des girouettes, vous ne vous sentez pas concernée ?

VP : Moi, je n'ai pas changé de langage depuis six ans. Tout ce que je propose aujourd'hui, je le proposais déjà il y a six ans. Je n'ai absolument pas changé de langage, donc…

JSF : Laurent Wauquiez, dans les mêmes confidences, dit qu'il a été heurté à l'époque par l'image qui a été dressée de lui. Aujourd’hui Edouard Philippe dénonce la course droitière de LR, Renaud Muselier claque la porte en parlant d'extrême droitisation du parti. Comprenez-vous les sentiments froissés de Laurent Wauquiez puisque finalement, vous êtes –collectivement- la cible des mêmes critiques aujourd'hui que celles dont il faisait l'objet à l’époque ?

Moi, je ne sais qu'une seule chose, c'est que la droite est le vrai rempart contre l’extrême-droite. Edouard Philippe essaie désespérément de ramener des électeurs de droite à Emmanuel Macron. J'espère une seule chose, c'est que les électeurs de droite voient qu'Emmanuel Macron est un leurre, qu'Emmanuel Macron est un caméléon, qu'Emmanuel Macron leur dit ce qu'ils ont envie d'entendre, mais qu’il a fait zéro réforme, qu'il a plongé le pays dans la dette et dans les déficits et en plus, qu'il a fait s'évaporer l'autorité dont ont besoin nos institutions. Donc qu'Edouard Philippe essaie de faire la voiture balai du macronisme, ça le regarde. 

Mais la droite, pour moi, n'a pas changé de discours. Absolument pas. Et ceux qui disent qu'elle a changé de discours ne nous ont pas écoutés depuis 5 ans. Moi, je n'ai pas changé de discours, Xavier Bertrand et Éric Ciotti non plus. On est toujours dans la même famille de droite, une droite assumée qui assume ses idées. Quand Macron monte, l'extrême droite monte. Il n'y a pas de mystère. Ceux qui dénoncent l'extrême droitisation dénoncent en réalité une droite des solutions aux problèmes d'insécurité, de l'immigration incontrôlée. Une droite qui a les solutions en matière d'emploi et en matière de bonne gestion du pays. C'est ça leur problème. Nous avons les solutions et ils le savent. Et ils savent qu'aujourd'hui, si on arrive à avoir le bon leader, celui qui a l'autorité, l'énergie, la créativité et la ténacité, on peut élargir l'espace qu'il y a entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. 

Pourquoi l'élargir ? Parce que je considère que j'ai plus d'autorité que Marine Le Pen, avec toutes les difficultés, les embûches que j'ai dû gérer, une région minée par la violence, par l'islamisme et le terrorisme. J'ai plus d'autorité qu'elle, plus d'expérience. Et je suis plus réformatrice qu'Emmanuel Macron. Dans ma région, j'ai fait 2 milliards d'euros d'économies. J'ai baissé les dépenses 6 années de suite. Je suis la seule région à l'avoir fait. Cet argent, je l'ai remis dans les priorités. Protéger, éduquer, soigner, ce sont mes trois priorités. Nous ne pourrons pas les financer si nous ne faisons pas des économies par ailleurs. 

JSF : Pour en revenir à ce sujet de la droite, on voit bien qu'il n'y a pas d'ambiguïté dans les têtes, dans les appareils ou dans la tête des dirigeants sur les frontières avec l’extrême-droite. En revanche, ce n’est pas toujours très clair en qui concerne les électeurs. La frontière entre la droite et le macronisme d’une part et celle entre la droite et l’extrême droite d’autre part, vous les définissez comment ?

VP : Il y a un fossé entre nous et Macron. Premièrement sur l'autorité parce que le en même temps sur l'autorité, ça ne marche pas. La godille sur l'autorité, ça ne marche pas. L'Autorité, ça se choisit à 100%, pas à moitié. Emmanuel Macron est en permanence sur ces sujets dans la godille, dans la culture de l'excuse. Il voit des jeunes, il parle de violences policières, ce qui est totalement scandaleux de la part d'un président de la République qui est celui qui a le monopole de l'usage de la violence légitime. On a un président de la République qui a un problème avec l’autorité et avec la sanction, ça se voit. Il a été élevé dans la culture de l'excuse. Et c'est étonnant parce qu’il est quand même autoritaire de caractère. 

Aujourd'hui, le vrai maillon faible de la chaîne d'autorité, c'est la justice pour laquelle je veux un plan ORSEC, pour lesquels je veux recruter 5.000 magistrats au tour extérieur, notamment venant des professions du droit, mais aussi de la police, de la gendarmerie, pour qu'on ait des professionnels de la sécurité qui puissent juger. 5 000 magistrats, 3000 greffiers et des milliers d'assistants juridiques pour pouvoir désengorger une justice qui a entre 18 mois et 2 ans de stock. Cela bloque évidemment la chaîne pénale, développant le sentiment d'impunité totale des voyous, mais ça bloque aussi la chaîne civile avec les loyers impayés, les pensions alimentaires impayées, etc. Ca bloque enfin la chaîne administrative, c'est-à-dire tous les grands projets d'infrastructures, tous les projets de construction ou d'urbanisme. Une justice embolisée c'est un pays bloqué. 

Il faut aussi être créatif sur les sanctions. Il faut des sanctions, si je peux paraphraser Pompidou qui emmerdent plus le délinquant qu'ils n’emmerdent la société. Cela ne sert à rien de mettre des peines de prison de vingt ans que personne ne fait jamais. Il faut mettre des sanctions qui sont vraiment les sanctions efficaces. Sur le travail d'intérêt général, il faut mettre toute la société autour pour que les TIG soient exécutés dans les trois mois. Tu casses, tu répares tout de suite, pas dans 2 ans. 

Et donc, il y a un fossé entre nous et Macron sur les questions d'autorité et ce fossé n'a cessé de s'élargir malgré une prise de conscience tardive sur les questions de l'islamisme et assez opportuniste je pense. En 2007, Emmanuel Macron disait cette phrase : « Quand un homme refuse de serrer la main à une femme, ce n'est pas une question de religion, c'est une question de culture ». 

Et ensuite, quand Borloo est allé lui présenter son plan, qui n'avait pas toutes les qualités, mais qui avait le mérite d'exister sur l'éradication des ghettos. Il a dit : « ce n'est pas deux mâles blancs qui vont régler la question des banlieues », il a racisé la question des banlieues et délégitimé 90% des élus de banlieue qui sont des mâles blancs. Moi, en tant que femelle blanche, je peux vous dire que j'ai reçu ça encore plus durement parce qu’il faut réussir à imposer son autorité. Moi, je veux éradiquer les quartiers ghettos en disant j'ai un plan très structuré pour le faire avec un plafond anti-ghetto de 30% de logements très sociaux dans ces quartiers. Et une stratégie de peuplement pour que dans chaque quartier, les classes moyennes soient majoritaires.

JSF : Peut-on forcer les gens à vivre ensemble s’ils n’en ont pas envie ?

VP : Pas les forcer. Mais si on construit des beaux quartiers où il y a de la sécurité, de l'ascenseur social et de la mixité sociale ; compte tenu de la pression aujourd'hui qui s'exerce sur le logement et de la puissance du mal logement, vous verrez arriver des familles. C'est ce qui se passe en Île de France. Dans toutes les villes que j'ai fait basculer à droite, on reconstruit des quartiers entiers de mixité sociale, des beaux quartiers, de beaux logements, avec des services de qualité. Vous faites ensuite des opérations à tiroirs. Vous mettez 30% de logement social et vous faites revenir les familles et vous refaites nation avec de l'intégration, de l'assimilation et de l’ascenseur social. Si vous n'y croyez pas, c'est fini, tout est foutu.

JSF : On voit bien que la progression de l'islamisme n'est uniquement liée à l'urbanisme ou à l'état de délabrement des quartiers. Peut-être est-elle liée aussi à autre chose, à la faiblesse d'un modèle et d'une identité française. Qu’est-ce que l’on fait justement là-dessus ?

VP : D'abord, il faut remettre de l'ordre, dans nos frontières, dans la rue, dans les écoles. Donc, ça fait beaucoup d'autorité à déployer. Remettre de l'ordre à nos frontières, c’est ma loi constitutionnelle, avec des quotas migratoires choisis chaque année. C’est avoir le courage de dire que tous les pays ne doivent pas être traités de la même façon et qu'il faut traiter différemment les pays qui posent un problème. C'est quoi un pays qui pose problème ? C'est un pays qui refuse de reprendre ses clandestins. Donc moi, je renégocie tous les accords migratoires avec les pays d'origine. Ils reprennent leurs clandestins, ils ont droit à des visas, ils ne les reprennent pas, ils n’y ont pas droit. Dans mon système, c'est l'immigration zéro pour un pays qui ne joue pas le jeu. Zéro étudiants, zéro regroupement familial, zéro immigration de travail.

Je suis une femme de terrain et de tempérament. Je vois les choses et je résous les problèmes non pas avec des idéologies, mais avec des solutions qui sont liées à ma connaissance de ces sujets. Sur l’immigration, on ne peut pas avoir des réponses théoriques. Ce n'est ni courageux, ni efficace.

JSF : Comment rendre la France moins attractive ? Le drame que nous avons connu cette semaine dans la Manche a une nouvelle fois souligné que le Royaume-Uni reste attractif…

VP : Les migrants vont au Royaume-Uni parce qu’ils parlent anglais et parce qu'il y a du travail. On vient en France parce qu'on parle français, souvent, et aussi parce qu'on a le système social le plus généreux, y compris pour les clandestins. Il n'y a pas que l'aide médicale d'Etat qui est en cause, elle devrait d’ailleurs être centrée sur une aide médicale d'urgence. Mais il y a des aides aux clandestins qu’on ne supprime pas. Exemple, les 50 % de réduction dans les transports en commun contre lesquels je me bats. Cela fait 20 ans que ça existe et ça a coûté en Ile de France 800 millions d'euros pour 135.000 clandestins. Cet argent n'a pas à être dépensé pour des clandestins. C’est du subventionnement du travail clandestin puisque ceux qui prennent des Pass Navigo annuel sont des gens qui vont travailler. Il faut supprimer ces aides aux clandestins. En Allemagne, il n'y a pas d'aide juridictionnelle gratuite pour les clandestins. On paye son avocat. Quand on est en situation illégale, on paye tout. Il y a moins de recours, bizarrement. 

Donc, le sujet, c'est juste de ne pas avoir des primes à l'illégalité. C'est pour ça que dans ma loi constitutionnelle, je dis qu’il faut 5 ans de résidence régulière en France pour toucher des prestations sociales non contributives. Si on ne vient pas pour travailler, on n'a le droit à rien. Pareil sur le droit du sol. Michel Barnier a tout à fait justement dit qu'il ne fallait plus de droit du sol à Mayotte et en Guyane. Moi, je vais plus loin. Les enfants de parents étrangers, à 18 ans, il faut qu’ils choisissent la France. 

La nationalité ne doit pas être obtenue de manière automatique, il faut vérifier l'assimilation de ces jeunes et ça veut dire pas de casier judiciaire. Et leur maîtrise du français. Si on vient sans parler français, on ne peut pas s'intégrer, on ne peut pas travailler et on ne peut pas élever ses enfants. Les professeurs et notamment un, à Clermont, dans l'Oise, m’ont dit : « Dans ma classe, j'ai des enfants qui parlent le français six heures par jour, quatre jours par semaine ». Je n'avais jamais vu les choses comme ça. Comment voulez-vous qu'on leur apprenne la langue ? Avant, les enfants immigrés apprenaient le français à l'école et en regardant la télé. Aujourd'hui, c'est uniquement l'école car chez eux ils regardent les chaînes du câble. Cela fait peser un poids indû sur les enseignants. Donc je veux un examen de Français réussi, comme chez les Allemands. 100 heures de cours et la preuve qu'on est allé en cours. Sinon, pas de titre de séjour, pas de nationalité.

JSF : Pour en revenir aux frontières de la droite, si je vous résume, ce qui la distingue du macronisme c'est l'autorité et la question du l’identité, empreinte de multiculturalisme chez Emmanuel Macron, soucieuse d’assimilation à droite. Qu’en est-il de la frontière avec l’extrême droite ?

VP : Quand une chose existe, je le dis, Il y a un lien entre immigration et terrorisme. Oui, il y a un lien. Il y a un lien entre immigration et délinquance. Il y a 27 % des prisonniers qui sont étrangers dans les prisons françaises. Je ne nierai jamais des réalités. Nous pouvons bien sûr partager certains constats avec le Rassemblement national. Mais je pense que l’arrivée à la tête du pays de Marine Le Pen conduirait le pays à la faillite et au chaos. 

Comme le disait le Général de Gaulle, la France est une couverture patchwork. Et bien sur cette couverture, le président caméléon Emmanuel Macron explose parce qu'il veut dire à tout le monde ce qu'il a envie d'entendre. Marine Le Pen, elle, déchirerait la couverture parce qu'il y aurait d'un côté les bons Français et de l'autre, des mauvais. Il y a plein de mesures qu'elle veut mettre en œuvre, où on sent cette déchirure. Et puis, il y a un autre sujet, c'est qu'elle mènerait le pays à la faillite, avec la retraite à 60 ans par exemple. Son programme économique est un programme qui est celui de Jean-Luc Mélenchon. Comment souhaiter appliquer le programme de Mélenchon en y ajoutant la division des Français si on est de droite ? Et j'ajoute qu'elle a derrière elle des personnes qui sont quand même assez peu recommandables. Quand j'ai fait l'étude des comptes Twitter des candidats Front national aux élections régionales, on a trouvé des gens qui étaient quand même singulièrement xénophobes, racistes, antisémites.

JSF : En 1958, il y a eu le plan Pinay-Rueff rendu possible par une dévaluation. La Suède, pour se réformer dans les années 1990 a dévalué sa monnaie. La plupart des pays qui ont réussi à le faire l'ont fait en se donnant une forme d'oxygène monétaire. Est-il réaliste d'imaginer qu'on ferait des programmes de réformes ambitieux sans avoir un ballon d'oxygène, à parité de l’euro et à politique de la BCE égales ?

VP : Je crois qu'aujourd'hui, l'essentiel des réformes que nous avons à faire sont des réformes qui consistent à vraiment revaloriser le travail.

JSF : Mais il y a la fameuse courbe en J. La réforme commence par avoir un effet récessif et dans l’intervalle, il y a un effet social à gérer.

VP : Aucune de mes réformes n’aura un effet récessif. Au contraire, elles vont nous permettre de produire plus. Que ce soit la réforme de l'assurance chômage qui permet de remettre tout le monde au travail, il y a un million d'emplois à pourvoir à Pôle emploi. La réforme des retraites qui demandera aux Français de travailler plus longtemps. La réforme de la décentralisation qui permettra d'être plus efficace. Le dénormage n’a pas d’effet récessif. Ça a un effet, au contraire, de croissance. Toutes mes réformes libèrent de l'énergie. Même la réforme sur la suppression des postes. Je veux supprimer 200 000 postes de fonctionnaires dans l'administration administrante et en recréer 50 000 pour, protéger, éduquer, soigner. Je ne remplace pas un fonctionnaire sur trois qui part à la retraite. Il n'y a pas d'effet récessif à cela. Mes réformes me permettront de travailler plus, de produire plus…

Je ne vais pas faire un grand plan de relance, je vais faire des réformes ! 

Ce que je veux, c'est que chaque euro soit mieux dépensé. Ça n'aura pas d'effet récessif. Sur ma région, toutes les économies faites ont plutôt eu un effet de relance. 

JSF : L’Europe est enfermée dans une croissance faible depuis 15 ans, avec une tendance un peu déflationniste. Qu'est-ce que vous pouvez faire puisque cela passe par des rapports de force européens ?

VP : C'est une très bonne question. Ce que je crois, c'est qu'aujourd'hui, la France n'est plus respectée. On a un président qui est un formidable acteur de théâtre et qui a un discours assez donneur de leçons, qui donne des leçons un peu au monde entier. Mais la France n'est plus vraiment respectée. D’abord par les pays du nord de l'Europe parce qu'on ne sait pas gérer notre déficit et notre dette. Et nous ne sommes n'est pas respectés non plus par la Russie, ni par la Chine, ni par les Etats-Unis. Pourquoi ? Parce que nous ne sommes plus une grande puissance économique ou en tout cas plus au même titre que les Allemands. Alors certes, la France a toujours un message à envoyer au monde. Certes, la France, ce n’est pas seulement une économie, ce sont aussi des principes et des valeurs. 

Mais les principes et les valeurs, on les défend d'autant mieux qu'on est puissant. Je suis persuadée que notre force extérieure, notamment notre force de négociation au niveau européen, dépend de notre force intérieure, c'est-à-dire notre capacité à remettre de l'ordre dans la rue et dans les comptes. Et d'ailleurs, Vladimir Poutine nous l'a dit avec des mots cinglants quand on a commencé à l'accuser de dérive autoritaire vis-à-vis des manifestants russe : “vous avez les gilets jaunes et vous n'arrivez pas à les maîtriser”. 

Donc, on a un vrai sujet aujourd'hui qui est de remettre de l'ordre dans notre propre pays et c'est ça qui nous fera respecter. C'est ça qui nous donnera du poids. Vous voyez bien que la prochaine présidente de la République va être obligée, en mai d'aller à Berlin pour demander qu'on prolonge la suspension du Pacte de stabilité. Ça nous met forcément dans une situation d'infériorité dès le départ. On est obligé d'aller demander une indulgence aux États européens.

La vérité, c'est que Mme Merkel, depuis 17 ans, défend les intérêts allemands systématiquement, partout. Dans la taxonomie européenne, dans les grands projets européens industriels et nous, à chaque fois, nous cédons ou ne sommes pas présents. Le dernier règlement ferroviaire, c’étaient les normes Siemens, pas les normes Alstom-Bombardier. Quand on regarde le plan de relance écologique, il y a les centrales au gaz qui produisent du carbone mais il n'y a pas les centrales nucléaires qui sont zéro carbone. Donc il y a un vrai problème de défense des intérêts de la France au niveau européen. 

Ça se fait au sommet, bien sûr, mais ça se fait aussi en amenant à Bruxelles les ministres et les fonctionnaires. Le dernier président de la République qui, je crois, a demandé à ses ministres de rendre des comptes sur leurs activités bruxelloises, c’était Nicolas Sarkozy. Toutes les semaines, nous devions rendre des comptes pour dire si on était allé à Bruxelles défendre nos intérêts au Conseil européen. Donc chacun de mes ministres aura à ses côtés un secrétaire d'Etat qui sera chargé d'aller défendre les intérêts de son ministère à Bruxelles. Et nous aurons des fonctionnaires dans l'appareil parce que ce sont les chefs de bureau qui font la taxonomie. 

On a vraiment aujourd'hui besoin de défendre nos intérêts et pas de donner des leçons au monde entier. 

Moi, ma priorité stratégique, si je peux le dire comme ça, ce sera la France. Défendre la France parce que le sujet, c'est ça. On parle d’un avion et d’un char de défense européens. Le char ce devait être les Allemands, l’avion, les Français. Les Allemands demandent aussi l'avion. On ne peut pas perdre systématiquement notre rapport de force avec les Allemands ! A un moment donné, il faut qu'on aille se défendre nous-mêmes. Et c'est pareil pour nos agriculteurs. Il n’est pas possible que dans la loi climat, la République en marche, ajoute des sur-normes sur l'agriculture biologique qui ne s'appliquent pas à l'Espagne ou à l'Allemagne. On surinterprète tout le temps les directives, à un point où on se demande si on n'est pas influencé par quelqu’un qui veut nous mettre des boulets aux pieds.

JSF : Vous êtes très claire dans votre projet, vous voulez que le travail rapporte plus que l'assistance…

VP : J’ai la mesure sociale la plus forte : une augmentation de 10% des revenus du travail pour les salaires de 1 SMIC à 2,2 SMIC. 

Mais je refuse de promettre ce que je ne sais pas payer. On a vraiment besoin de creuser l’écart entre les revenus du travail et ceux de l’assistance. Ça fait 15 ans que la droite le dit et qu'elle ne le fait pas. C'est aussi pour ça que ma réforme des retraites, c'est à 65 ans et pas 64. Parce qu'avec les 65, je peux tenir compte de la pénibilité, des carrières longues et je peux réévaluer les petites retraites au niveau du SMIC net pour tous ceux qui ont travaillé et cotisé toute leur vie, qui ont eu des carrières complètes, ce qui permet de donner dignité à la fois aux salariés et aussi aux retraités qui ont vu leur pouvoir d'achat s'effriter, évidemment de manière constante sous Macron, avec des retraites complémentaires qui ne sont pas revalorisées selon l'inflation.

JSF : Depuis 20 ou 30 ans, nous sommes passés à une économie de la connaissance. Globalement, le pays a gagné à la mondialisation, mais il y a des gens, une partie des Français ou une partie des citoyens des différents pays occidentaux qui en sont vraiment les perdants. Ces gens-là n'ont pas forcément envie d'être dans l'assistance, simplement il leur est plus difficile, objectivement, de trouver à s'intégrer. Peut-être la colère ou l'angoisse des gilets jaunes s'inscrivait-elle aussi là-dedans. Qu'avez-vous à dire aux électeurs qui se trouvent dans cette situation ?

VP : La première des revendications, c'est de vivre dignement de son salaire et de sa retraite. C'est une revendication de dignité. Moi, j'entends deux grandes revendications chez les Français : une revendication de sécurité et une revendication de dignité. Donc, je veux répondre à ces deux demandes. Plus de sécurité en remettant de l'ordre. Plus de dignité en revalorisant puissamment les salaires, en revalorisant les retraites et en garantissant le pouvoir d'achat des retraités. 

Et puis, il y a la question, effectivement, de tous ceux qui se retrouvent dans des situations qui sont difficiles. Il y a la situation de la ruralité et des villes moyennes où aujourd'hui, on a vraiment besoin de revitaliser les territoires. Et moi, je prends un engagement. C'est que pour un euro qui sera consacré à la politique de la Ville, il y aura un euro qui sera consacré à la ruralité. Pourquoi ? Parce qu'il y a un problème de droit à la fibre. Il y a un problème de développement d'un capitalisme de proximité dans le rural. Moi, je veux faire un dispositif, de type Madelin, de défiscalisation des investissements de proximité dans le rural et dans les villes moyennes, de moins de 20.000 habitants. 20.000 euros d'investissement, dans une entreprise ou une exploitation agricole, dans un commerce, en capital ou en dette, seront défiscalisés à 50% pendant 5 ans, de façon à vraiment dynamiser les territoires qui aujourd'hui sont cette diagonale du vide. 

Car là, effectivement, quand on cherche de l'emploi, on n’en trouve pas et on a besoin aujourd'hui de créer de la dynamique économique. 

Deuxième aspect, il y a les habitants des villes. Là, il y a de l'emploi et même des centaines de milliers d'emplois à pourvoir. Et le vrai sujet, c'est la reconversion. Le problème, c'est d'organiser la transition des demandeurs d'emploi d'un métier vers un métier qui recrute. Et c'est pour ça que je suis contre le RSA jeune qu’a mis en place Emmanuel Macron. Je suis pour un revenu jeune actif. Je veux que les jeunes qui ne sont ni en emploi ni en formation, on les rémunère pour aller se former à plein temps dans les métiers qui recrutent. Et c'est ça que je fais dans ma région parce qu'il y a énormément de branches qui recrutent et avec des bons salaires. Et ce ne sont pas tous des métiers à faible qualification. Si on confiait aujourd'hui aux régions en lien avec les entreprises l'orientation des jeunes et le retour à l'emploi des adultes, en tout cas dans les territoires métropolitains qui sont vraiment très créateurs d'emplois, on arriverait à de très bons résultats. 

JSF : Qu’êtes-vous prête à faire contre cette culture woke qui progresse au sein des Universités ou des médias et qui représente une violence symbolique vis à vis notamment de Français qui ne sont pas tous urbains et cadres supérieurs ?

VP : Moi, je veux ressouder la nation française. Gérard Collomb a déclaré il y a quelques temps : « Nous vivons côte à côte. Je ne veux pas que nous vivions un jour face à face ». Il faut ressouder la nation française autour d'un certain nombre de lois, de valeurs et d'un mode de vie. Donc, le problème de la déconstruction et des études de genre est que cela donne le sentiment que tout est mouvant, qu'il n'y a plus de repères. L'écriture, la langue, c'est un repère. Donner une langue, c'est difficile. La langue française n'est pas maîtrisée par tout le monde. On a 125.000 jeunes qui sortent du système scolaire sans savoir lire, écrire, compter. Donc moi, je pense qu'on doit vraiment tenir bon sur l'apprentissage d'une langue qui nous est transmise et qu'on ne doit pas déconstruire, d’une histoire qui nous est transmise et qu’on ne doit pas déconstruire. Il y a une fierté française qu'il faut qu'on cultive, et pas un autodénigrement et une déconstruction. La déconstruction est anxiogène et c'est la marque d'un peuple qui perd sa confiance en lui.

JSF : Vous, présidente, seriez- vous prête à travailler avec des gens de droite qui, pendant ce quinquennat, ont travaillé avec Emmanuel Macron ?

VP : Je pense qu'il y a un vivier de talents de droite dans les territoires qui est très important. Et ce sont des personnalités qui aujourd'hui sont les deux pieds dans le terrain. Et moi, c'est ça que je veux. Je veux des gens qui sont au contact des réalités du quotidien des Français, de la vraie vie. Ce sont ces personnalités-là, si elles adhèrent à mon projet, que je veux rassembler autour de moi et certainement pas reprendre des personnes qui ont servi leurs ambitions et non pas leurs convictions.

JSF : Donc, pas de repêchage de ministres d’Emmanuel Macron ?

VP : Non, parce qu’avec moi, on sert ses convictions, pas ses ambitions.

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