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Bonnes feuilles

Steve Bannon, l’homme qui avait eu les yeux plus gros que le ventre sur sa capacité à imposer une organisation à l'avantage de Donald Trump à la Maison Blanche

Jean-Bernard Cadier publie "Néron à la Maison Blanche" (ed. de l’Archipel). Donald Trump voit sa cote de popularité se maintenir. L’économie américaine affiche une santé insolente. Donald Trump aborde même la présidentielle de 2020 en position de force. Cette enquête tente d’élucider ce mystère en dressant un premier bilan de son action, sans parti pris ni préjugés. Extrait 1/2.

Jean-Bernard Cadier

Jean-Bernard Cadier

Jean-Bernard Cadier est correspondant de BFM TV à Washington, spécialiste de la Maison Blanche et de Donald Trump. Ancien grand reporter, ancien correspondant d'Europe 1 à Washington, Bruxelles et Londres, ancien chroniqueur à France 24, c'est un très bon connaisseur de la politique américaine.

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Nul ne personnifie le chaos à la Maison Blanche mieux que Stephen Kevin Bannon. Personnage complexe, brillant à sa façon, qui a touché à tout, n’a jamais vraiment rien réussi dans sa vie – sauf peut-être à faire élire Donald Trump, ce qui n’est pas rien. Mal rasé, mal habillé (il porte d’improbables vestes de chasse par-dessus plusieurs chemises superposées), il détonne complètement dans la galaxie Trump, cultivant avec désinvolture son image de Raspoutine des temps modernes. 

Bannon naît dans un milieu modeste de Virginie, fils d’un petit employé des télécoms ; sa famille est farouchement démocrate. Touche-à-tout, il sera banquier d’affaires chez Goldman Sachs, producteur à Hollywood et même directeur éphémère du projet de système écologique artificiel clos Biosphere 2 dans l’Arizona. Il se met surtout à produire des documentaires de plus en plus marqués politiquement à la droite de la droite. Quoique banquier d’affaires, après un échec retentissant dans le domaine des jeux vidéo, il commence à se retourner publiquement contre le monde de la finance et se rapproche d’un site Internet d’information ultraconservateur, Breitbart News. Il en prend le contrôle en 2012, pour en faire la plateforme du mouvement alt-right. 

Alt-right comme alternative right : la droite alternative, l’autre droite. En août 2017, Donald Trump prend à partie un journaliste qui l’interroge sur l’alt-right : « Je vous mets au défi  de définir ce qu’est l’alt-right, allez, allez-y… », lance le président. Si Donald Trump est si sensible sur la question, c’est que la définition de l’alt-right est peut-être la recette secrète du trumpisme. L’alt-right, comme avant elle le Tea Party, n’est ni un parti, ni une tendance, pas même un mouvement, mais tout au plus une nébuleuse aux contours idéologiques plus que mouvants. D’extrême droite oui, mais avec une tendance libertaire, anarchiste de droite, qui n’a pas d’équivalent en Europe. Ses adeptes sont en général jeunes, nationalistes, regrettant, tout en se défendant d’être racistes, la perte d’influence des Blancs. Beaucoup sont violemment hostiles à l’intervention de l’État, tous en veulent à l’establishment politique et financier qui aurait dénaturé la droite. Leur méfiance de l’immigré est bien réelle mais elle vient après leur haine de l’establishment, ses politiciens, ses banquiers, ses journalistes. À l’image d’un Steve Bannon, être alt-right c’est être contre. On ne se souvient pas toujours pourquoi, mais on est contre. Un systématisme destructeur qui finira chez Bannon par l’emporter lui aussi. 

Il n’empêche que ce personnage toujours à court d’argent, marié et divorcé trois fois, a contribué à faire élire Donald Trump à la Maison Blanche. Il pense, non sans raison, que son arrivée dans la campagne a permis au candidat de décrocher le 8 novembre les soixante-dix-sept mille voix dans trois États (Pennsylvanie, Michigan, Wisconsin) qui lui ont permis d’arracher au final la présidence. Fort de cet exploit, Bannon arrive à la Maison Blanche avec un statut de grand sorcier qui le met immédiatement en conflit avec tous les autres conseillers. Dès le premier jour, ils n’auront de cesse d’essayer de contrer cet homme qui susurre les idées les plus sombres à l’oreille du président. 

Bannon utilise les journalistes autant qu’il les méprise et les alimente copieusement, pour leurs articles ou leurs livres, en fuites diverses. Ses bêtes noires ? Reince Priebus, qui représente pour lui toute l’horreur de l’establishment républicain. Et surtout les « Jarvanka », Jared Kushner et Ivanka Trump, qu’il considère comme des poids plumes centristes et naïfs. En multipliant les fuites dans la presse contre le couple, il franchit la ligne rouge. On ne touche pas à la famille. Bannon finira par être banni. 

Le 18 août 2017, Donald Trump se sépare de celui que beaucoup considèrent comme son mauvais génie.

Séparés mais pas fâchés, les deux hommes sont toujours en contact.

Extrait du livre de Jean-Bernard Cadier, "Néron à la Maison Blanche, le vrai bilan", publié aux éditions de l’Archipel.

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