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Sexe : pourquoi la première fois suscite autant de questions et de fantasmes chez les adolescents

Selon l’auteur, chaque adolescent emprunte transitoirement la voie de la dépression. C’est une crise nécessaire, un passage obligé pour devenir adulte. Mais une crise qui peut, si elle est mal évaluée ou gérée, avoir des conséquences graves. À partir de cas réels, ce livre indique ce qui fait partie de la crise ordinaire, et ce qui doit être considéré comme inquiétant, justifiant des soins. Un livre indispensable aux parents afin qu’ils puissent aider leurs enfants à devenir des adultes. Extrait de "Adolescents, la crise nécessaire", de Stéphane Clerget, aux éditions Pluriel 2/2

Stéphane Clerget

Stéphane Clerget

Stéphane Clerget est médecin pédopsychiatre. Il partage son activité entre les consultations et la recherche clinique. Ses champs d’étude concernent notamment l’adolescence, les troubles émotionnels et les questions d’identité. Il a mis en place à l’hôpital l’une des premières consultations d’aide à la parentalité. Il est l'auteur de Nos garçons en danger (Flammarion) et Les vampires psychiques (Fayard).

Les vampires psychiques de Stéphane Clerget

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Se faire un monde du sexe

Les craintes autour de la sexualité sont multiples. L'une d'elles, chez le garçon, est de faire mal à sa partenaire. L'adolescent opère difficilement le tri entre ses pulsions sexuelles actives et ses pulsions agressives. À l'inverse, chez les filles, la crainte est d'avoir mal, quand elles imaginent un déchirement. Les garçons redoutent, plus ou moins consciemment, une morsure ou une altération de leur membre à l'occasion de sa nichée. Ces fantasmes de douleurs ou de blessures se sont mis en place dans la toute petite enfance, quand l'enfant imaginait la relation sexuelle entre ses parents comme un combat. Un fantasme également courant dans l'inconscient des jeunes gens et bien décrit par Freud est celui du « vagin denté ». Ce fantasme semble universel. Verrier Elwin rapporte, en effet, dans les années quarante, une légende de la tribu aborigène des Murias qui dit que le vagin était dans le passé une entité autonome pourvue de dents. Il sortait du corps à sa guise et partait dans les champs dévorer du maïs et des concombres, au grand dam de tous. Le dieu Bhimul mit fin à cela en plaçant un morceau de son long pénis dans le vagin et en lui disant que dorénavant cela suffirait à le combler...

Parmi les autres inquiétudes fleurit également la peur d'être raillé et que l'intimité ne soit livrée aux copains; la peur de décevoir, de ne pas être à la hauteur mais aussi d'être déçu, de se dire: « Ainsi, ce n'est que ça! »

Lors du premier rapport, les craintes nombreuses se manifestent parfois physiquement par des incapacités circonstancielles: impuissance transitoire, éjaculation précoce, frigidité, douleur à la pénétration, contraction vaginale empêchent l'accomplissement d'une relation autant souhaitée qu'appréhendée. Ces troubles, quoique en grande partie liés à des blocages psychologiques, inquiètent l'adolescent. Mais celui-ci reste seul avec son tourment et ne consulte que rarement pour ses difficultés qui lui donnent une mauvaise image de lui-même.

Quand j'ai reçu Jean-Philippe, 18 ans, il pensait au suicide car son éjaculation précoce l'empêchait d'avoir des relations satisfaisantes. En fait, cette difficulté n'était que la cristallisation de difficultés plus profondes, notamment l'incapacité d'engager une relation d'attachement élaborée.

Le risque, avec ces problèmes physiques, est qu'ils s'installent jusqu'à l'âge adulte, quand enfin celui qui en souffre osera en parler.

La crainte du premier rapport, quand elle est verbalisée, utilise d'ailleurs la voie de la somatisation pour se dire. L'adolescent va demander si ça fait mal ou s'inquiéter que le préservatif gêne son érection.

Les craintes relatives à la masturbation sont mineures par rapport à ce qu'elles ont été à partir du XVIIIe siècle et jusqu'à la première moitié du XXe siècle. Le discours religieux condamnant la masturbation a été relayé par le discours des éducateurs d'enfants et des médecins. La masturbation était à la fois péché, maladie et perversion. La semence perdue pour les religieux était l'équivalent d'un homicide. Les adolescents se sont retrouvés cernés par un système pervers et sadique. Les adultes jouissaient de s'attaquer à la sexualité naissante. Les médecins, au XIXe siècle, recommandaient l'ablation ou la brûlure du clitoris pour éviter aux jeunes filles de s'adonner à ce « vice ». Heureusement, de nos jours en France la culpabilité n'est plus dictée par le corps social. Neuf adolescents sur dix ne considèrent pas la masturbation comme anormale. De 50 à 60 % des filles reconnaissent se masturber, 90 % des garçons.

Elle est utilisée comme un moyen de soulagement tensionnel. Elle permet également la mise en place d'une élaboration fantasmatique qui pourra être réutilisé lors des rapports sexuels avec autrui. L'existence de relations sexuelles ne la fait pas disparaître. Le plaisir masturbatoire est ressenti comme différent.

Extrait de Adolescents, la crise nécessaire, de Stéphane Clerget, aux éditions Pluriel, juin 2016. Pour acheter ce livre, cliquez ici

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