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©REUTERS/Phil Noble

Royaume-désuni

Référendum sur le Brexit : mais au fait, de Londres la cosmopolite à l'Angleterre des villes moyennes en passant par l'Ecosse ou l'Ulster, combien de pays différents vont voter ce jeudi ?

Après plusieurs mois de débats et de déclarations, le jour-J est arrivé. Ce jeudi 23 juin 2016, le peuple britannique doit se prononcer sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l'Union européenne.

Sophie Loussouarn

Sophie Loussouarn

Sophie Loussouarn est spécialiste de l’histoire politique et économique du Royaume-Uni et proche du monde politique anglo-saxon.

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Atlantico : Ce jeudi 23 juin se tient le référendum tant attendu sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne. Mais en réalité, plusieurs "pays" bien différents ne sont-ils pas ainsi invités à se prononcer sur le sujet ? Le Royaume-Uni n'est-il pas une entité plurielle, tant du point de vue politique que sociologique ou économique ? De quelles données dispose-t-on pour illustrer cette réalité ?

Sophie Loussouarn : Le référendum du 23 juin sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l’Union européenne est un vote historique. C’est le vote d’une génération qui déterminera l’avenir du Royaume-Uni pour plusieurs décennies. Le Royaume-Uni est composé de l’Angleterre, du Pays de Galles, de l’Ecosse et de l’Irlande du Nord. Le Pays de Galles et l’Angleterre ont été unifiés politiquement, administrativement et juridiquement en 1536 et 1542. L’Acte de l’Union de 1707 a uni l’Ecosse à l’Angleterre et au Pays de Galles en créant un seul Parlement pour la Grande-Bretagne. En 1801, une loi a créé le Royaume-Uni de Grande Bretagne et d’Irlande du Nord. Le processus de dévolution lancé par le Premier ministre Tony Blair lors du référendum de septembre 1997 a conduit à la création d’un nouveau Parlement à Edinbourg en Ecosse, d’une Assemblée galloise à Cardiff et d’une Assemblée pour l’Irlande du Nord à Belfast. Tandis que Londres et le Sud Est de l’Angleterre ont des revenus élevés pour ceux qui travaillent dans l’industrie des services ou dans la finance, le Nord de l’Angleterre, les Midlands, l’Ecosse et le Pays de Galles ont souffert du déclin des industries manufacturières. Au Royaume-Uni, il existe un clivage entre ceux qui bénéficient de la mondialisation et ceux qui en sont exclus, les populations urbaines et les populations rurales, les jeunes favorables au maintien dans l’Union européenne et les personnes âgées hostiles à l’Union Européenne, à la bureaucratie de Bruxelles et aux flux migratoires. 

Source : Daily Mail 

Quelles sont les différences les plus significatives entre les multiples "pays" qui composent le Royaume-Uni : l'Angleterre cossue du sud, la très populaire Angleterre du Nord, "l’exception" londonienne, l'Ecosse, l'Irlande du Nord et le Pays de Galle ?  

Le Sud Est de l’Angleterre connaît une prospérité économique forte et un chômage inférieur à 5% grâce au développement des services qui constituent 80% de l’économie britannique aujourd’hui. Londres, qui est la capitale politique, économique et culturelle du Royaume-Uni, votera majoritairement pour le maintien dans l’Union européenne, comme l’a réaffirmé son nouveau Maire travailliste Sadiq Khan, élu le 5 mai 2016. En effet, Londres bénéficie de l’appartenance au marché unique et de la libre circulation des capitaux et des personnes. Le monde des affaires, la finance, les scientifiques et les artistes, qui sont majoritairement représentés dans la capitale britannique, ont réaffirmé leur attachement à l’Union européenne au cours de la campagne. Le gouverneur de la Banque d’Angleterre Mark Carney a souligné que le Brexit présenterait des dangers pour l’économie britannique.

Cependant, les chômeurs et 58% des agriculteurs qui bénéficient pourtant des subventions de la Politique Agricole Commune s’apprêtent à voter pour un retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne, illusionnés par les promesses d’un contrôle des frontières et d’un avenir meilleur que leur laissent miroiter le chef de file des eurosceptiques, l’ancien maire de Londres Boris Johnson, le ministre de la Justice Michael Gove et Nigel Farage le chef du parti souverainiste UK Independence Party. Les syndicats, quant à eux, ont appelé leurs membres à voter pour le maintien et 77% des travaillistes sont favorables à l’Union européenne.

A la différence du référendum de 1975, en 2016, le parti conservateur est divisé et 130 députés conservateurs sont favorables à un retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne. Les Anglais sont 47,5% à souhaiter le maintien dans l’Union européenne, tandis que 76% des Ecossais veulent rester dans l’UE, selon un sondage mené par Survation. Le vote de l’Ecosse sera donc déterminant le 23 juin. En effet, le parti nationaliste écossais (SNP) dominant en Ecosse a fait campagne pour le maintien dans l’UE, tout comme les travaillistes, les Libéraux Démocrates et la plupart des conservateurs, notamment leur chef Ruth Davidson. En Irlande du Nord, l’opinion publique est très favorable au maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne qui a joué un rôle important dans le processus de paix au cours des années 1990. Au Pays de Galles, la population est dans l’ensemble favorable au maintien dans l’Union européenne.

Comment ces disparités géographiques joueront-elles sur le résultat du référendum ? Quels sont les "pays" du Royaume-Uni qui ont le plus à gagner ou à perdre d'une sortie de l'UE et pourquoi ? Dans l'hypothèse d'un Brexit, comment évolueraient les relations entre certains de ces "pays" ?

Comme l’a affirmé le ministre des Finances George Osborne, les populations les plus vulnérables ont le plus à perdre d’une sortie de l’Union européenne qui aura un impact négatif sur l’économie britannique et induira une perte de pouvoir d’achat de plus de £2,200 par foyer et par an. Le Brexit ouvre une ère d’incertitudes économiques pour les entreprises britanniques comme pour les ménages. Le Brexit présente un risque de récession pour le Royaume-Uni et l’économie britannique peut craindre une période de turbulence financière à court terme, avec une chute de la livre de 20%, une hausse de l’inflation de 4% en 2017 en cas de scénario adverse au lieu de 1,9% prévu en cas de Bremain. En outre, la croissance économique chuterait de 1% et 500,000 emplois pourraient être supprimés dans le secteur public. Le Brexit rendrait le Royaume-Uni moins attractif pour les investisseurs étrangers, notamment pour les investisseurs asiatiques. L’économie britannique serait moins dynamique, moins ouverte et moins innovante.

En outre, le Brexit créerait une perte de légitimité du système politique britannique et remettrait en cause le leadership de David Cameron. Un retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne risque de conduire l’Ecosse à organiser un second référendum sur l’indépendance et cette fois-ci, à la différence du 18 septembre 2014, les Ecossais voteraient pour l’indépendance car ils souhaitent faire partie de l’Union européenne. Ceci conduirait à un éclatement de l’Union et à une crise constitutionnelle avec la rédaction d’une Constitution écrite.

Par ailleurs, le Brexit aurait des répercussions sur la distribution des pouvoirs entre le Royaume-Uni et l’Union européenne et ouvrirait une période d’incertitudes politiques au Royaume-Uni et en Europe. Cette remise en question du projet européen nourrirait les populismes de toutes natures et présenterait un risque de contagion à d’autres Etats membres.

 

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