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©CHARLY TRIBALLEAU / POOL / AFP

Le point de vue de Dov Zerah

Nucléaire : la nouvelle provocation de l’Iran

L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a demandé des éclaircissements à l'Iran, jugeant "non crédibles techniquement" les informations fournies sur un site suspect, selon un rapport consulté mercredi 11 novembre par l'AFP. Le président Hassan Rohani a récemment demandé après l’annonce de la victoire de Joe Biden, de "saisir cette occasion pour corriger les erreurs passées".

Dov Zerah

Dov Zerah

Ancien élève de l’École nationale d’administration (ENA), Dov ZERAH a été directeur des Monnaies et médailles. Ancien directeur général de l'Agence française de développement (AFD), il a également été président de Proparco, filiale de l’AFD spécialisée dans le financement du secteur privé et censeur d'OSEO.

Auteur de sept livres et de très nombreux articles, Dov ZERAH a enseigné à l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po), à l’ENA, ainsi qu’à l’École des hautes études commerciales de Paris (HEC). Conseiller municipal de Neuilly-sur-Seine de 2008 à 2014, et à nouveau depuis 2020. Administrateur du Consistoire de Paris de 1998 à 2006 et de 2010 à 2018, il en a été le président en 2010.

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Il y a une semaine, le programme nucléaire iranien a pris une nouvelle actualité, avec l’annonce par la République islamique d’Iran (RII) de la mise en route de nouvelles centrifugeuses avancées susceptibles d’augmenter son stock d’uranium enrichi. De son côté, l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) a déclaré que l’Iran disposerait d’un stock douze fois supérieur à la limite autorisée de 300 kg, avec un taux d’enrichissement de 4,5 au lieu de 3,67 autorisé.

Depuis bien longtemps, l’AIEA demande à Téhéran des éclaircissements sur des informations communiquées par les autorités iraniennes et relatives à un site suspect ; elle renouvèle régulièrement des demandes d’informations concernant certains matériels, et notamment sur certaines centrifugeuses. De même, elle réitère régulièrement son souhait de voir ses inspecteurs visiter certains sites.

Est ainsi, une nouvelle fois, confirmé le fait que la RII continue son programme d’enrichissement d’uranium, en contravention de l’accord de 2015.

C’est le 14 juillet 2015 que les États-Unis, l’Allemagne, la Chine, la France, le Royaume Uni, la Russie et l’Union européenne ont signé à Vienne, avec l’Iran un accord dénommé Plan d’action globale commun (PAGC), en anglais « Joint comprehensive plan of action » (JCPA). Le principe fondateur de l’accord est : « contrôle du programme nucléaire contre levée des sanctions ».

En mai 2018, le président Donald TRUMP décide de retirer les États-Unis de l’accord, et de remettre en place les sanctions. S’est alors engagé un bras de fer entre les deux pays. Les Iraniens ont attaqué des intérêts américains. De leur côté, les Américains ont accentué les sanctions et n’ont pas hésité à éliminer le patron des gardiens de la révolution, le général Quassem SOLEIMANI.

Les sanctions visent près de 1 000 cibles, personnes, entités, avions et navires iraniens ou liés à la RII ; 50 banques et filiales, plus de 200 personnes et navires, la compagnie aérienne publique Iran Air et plus de 65 de ses avions. Tous les avoirs dans les juridictions américaines des personnes concernées sont gelés. Les entreprises et citoyens américains ainsi que les firmes non américaines ne peuvent faire affaire avec des entités iraniennes, sous peine de mesure de rétorsion ; cela ne concerne pas seulement les éventuelles transactions en dollar, mais également celles dans d’autres devises internationales. Même si le caractère extraterritorial de mesures décidées unilatéralement par Washington interpelle, elles ont conduit de nombreuses entreprises, notamment européennes, à quitter le pays. Les précédents des sanctions imposées à BNPPARIBAS, UBS ou HSBC ont refroidi les ardeurs de beaucoup d’opérateurs.

Ces sanctions ainsi que l’embargo imposé au pétrole iranien ainsi qu’aux produits sidérurgiques et pétrochimiques ont plongé l’économie iranienne dans de graves difficultés. La RII ne peut exporter plus de 300 000 bl/j alors qu’elle peut produire jusqu’à 4 Mbl/j, nonobstant des installations obsolètes. Cela va entrainer de nombreuses conséquences :

  • Une chute des entrées de devises, ce qui va réduire les capacités d’importations du pays, notamment pour certains équipements ou produits médicaux. Les réserves de change du pays seraient de moins de 100 Md$.

  • Une baisse des recettes budgétaires de l’État, ce qui va conduire à une réduction des dépenses publiques, notamment dans les secteurs sociaux.

  • L’effondrement du système bancaire, et la généralisation de circuits parallèles de financement et de la corruption.

Les sanctions américaines ont durement frappé l'économie de la RII dont le PIB s'est contracté de 4,6 % sur l'exercice fiscal 2019-2020 et la baisse devrait s’accentuer à 9,5 % en 2020-2021, à cause des effets économiques de la COVID.

L’Iran est le pays proche oriental le plus touché par la pandémie. Après avoir nié être concerné, les autorités ont fini par prendre des mesures. Á ce jour, le pays compterait plus de 40 000 morts pour une population de plus de 84 millions d’habitants, enregistrerait journellement près de 12 000 contaminés pour un total depuis le début de près de 750 000 personnes. Après beaucoup de dénégations et d’hésitations, les autorités ont fini par confiner la population, ce qui a aggravé la crise économique.

La récession se manifeste par :

  • Une augmentation du chômage à 17 % et touche de plus en plus les diplômés.

  •  Une inflation serait supérieure à 40 %. Le doublement, voire le triplement des prix des produits alimentaires a entrainé un appauvrissement de la population.

  • Une dépréciation monétaire. Le rial dont le nom vient du français royal côte aujourd’hui 0,00002 € ; cela se traduit par une inflation des signes monétaires et une course à la possession de dollars.

  • Une explosion de la pauvreté. Elle est de plus en plus mal acceptée et les Iraniens en sont arrivés à contester cette couteuse politique d’interventions extérieures. De même ils acceptent de plus en plus difficilement l’oligarchie des pasdarans, des gardiens de la révolution, qui accaparent les principales ressources du pays et la généralisation de la corruption. État dans l’État, cette milice au service du guide suprême contrôle les principaux secteurs d’activité économiques.

Depuis maintenant 30 ans, les manifestations de l’expansionnisme iranien sont nombreuses. Après la décennie quatre-vingts marquée par les huit années de la guerre avec l’Irak, les mollahs ont décidé d’exporter leur révolution théologique et sont intervenus directement et indirectement dans de nombreux pays :

  • Le Liban où tout est contrôlé par le Hezbollah. Le mouvement chiite aurait un énorme arsenal de missiles et aurait eu récemment livraison de missiles Fateh 110, ainsi que d’autres missiles dits de croisière.

  • La Syrie où les Iraniens directement et indirectement avec le Hezbollah ont sauvé avec les Russes le régime de Bachar El ASSAD

  • Le Yémen où l’Iran entretient la guerre civile avec son soutien aux rebelles chiites Houtis.

  • L’Irak où les milices chiites armées par les Iraniens ont, à l’image du Hezbollah, un rôle de plus en plus important dans la gestion des affaires du pays

  • Gaza avec un soutien actif au Hama et au Djihad islamique

Pour atteindre ses fins, Téhéran n’hésite pas à bombarder des tankers japonais, abattre un drone américain, des installations pétrolières saoudiennes…

La situation économico-sociale explique le slogan des manifestants « L’ennemi n’est pas l’Amérique, notre ennemi est juste ici ». On peut comprendre le désenchantement du peuple iranien ; Deux ans avant le retour de KHOMEINI à Téhéran, l’Iran était la 18ème économie au Monde, devant la Turquie, 20ème, et la Corée du Sud, 28ème. En 2018, l’Iran était au 28ème rang alors que la Turquie était au 19ème et que la Corée du Sud s’était hissée au 12ème !

La répression policière a terrible et semble avoir maté toute velléité de contestation. Même si régulièrement parviennent des informations sur des actions d’opposants, la théocratie est encore solidement installée.

Dans ces conditions, comment trouver une solution ? La difficulté de l’exercice auquel est maintenant confronté Joe BIDEN tient à deux faits :

  • Il sera difficile de revenir au seul principe « contrôle du programme nucléaire contre levée des sanctions ». En effet, en mai dernier, le secrétaire d’État Mike POMPÉO a présenté 12 exigences. Au-delà du contrôle du programme d’enrichissement d’uranium, les Iraniens devront également abandonner celui concernant les missiles, point faible de l’accord de 2015. Mais, ces demandes vont au-delà du nucléaire ; ils devront cesser de soutenir les groupes terroristes proche-orientaux, notamment le Hezbollah libanais ainsi que les groupes palestiniens Hamas et Djihad islamique, se retirer de Syrie, démobiliser les milices chiites en Irak…

  • Alors qu’en 2015, seul Israël s’opposait à tout accord, aujourd’hui, c’est tout le monde sunnite qui a peur de l’Iran et serait opposé à tout nouvel accord au rabais.

Le chemin de crête est dangereux pour Joe BIDEN, et la dernière provocation des Iraniens démontre qu’ils ne sont pas disposés à n’importe quelle concession quelles que soient leur situation économique et les souffrances de leur peuple.

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