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Manger de l’ail cru permettrait de protéger la mémoire chez les seniors en agissant sur leur flore intestinale
©JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

Flore intestinale

Manger de l’ail cru permettrait de protéger la mémoire chez les seniors en agissant sur leur flore intestinale

C'est la surprenante conclusion d'une étude menée par des chercheurs de l'université de Louisville aux Etats-Unis.

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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Atlantico : Des chercheurs à l'Université de Louisville ont publié une étude affirmant que la consommation d'ail cru pourrait stimuler la croissance de bonnes bactéries dans la flore intestinale et ainsi aider à la préservation de la mémoire. Concrètement comment expliquer ce lien fait entre intestins et cerveau ?

Stéphane Gayet : Nos intestins (intestin grêle et gros intestin ou côlon) comportent de nombreux neurones (de l'ordre de 200 millions : les cellules de l'influx nerveux) qui y sont disséminés. Ce système nerveux intestinal fait partie du système nerveux dit végétatif (par opposition au système nerveux volontaire). Il est connecté au système nerveux central ou SNC (cerveau, cervelet, tronc cérébral, moelle épinière) par des voies efférentes (vers le SNC) et des voies à l'inverse afférentes (vers l'intestin). Le nerf vague (anciennement pneumogastrique) est en réalité double (paire : un de chaque côté). C'est la Xe paire de nerfs crâniens. Il est efférent-afférent, c'est-à-dire sensitivo-moteur. Le nerf vague est la principale voie nerveuse qui relie l'intestin au système nerveux central et dans les deux sens. C'est donc la première partie de la réponse.
La deuxième partie de la réponse fait intervenir le microbiote intestinal (ensemble des bactéries de l'intestin qui forment une masse importante d'un à deux kilos). Ce microbiote produit des molécules qui se comportent comme des médiateurs chimiques du système nerveux (neuromédiateurs ou neurotransmetteurs). Ces molécules peuvent agir sur les formations nerveuses de l'intestin (voie nerveuse). Elles peuvent également gagner le SNC intracrânien plus directement par la voie sanguine (circulation porto-hépatique puis artères cérébrales : voie sanguine directe). Elles peuvent aussi agir cette fois sur les cellules endocrines (hormonales) de l'intestin et les amener à secréter des neuropeptides (petites protéines actives sur les cellules nerveuses) qui vont gagner le cerveau par voie sanguine (voie endocrine). Par ailleurs, le microbiote peut également libérer des molécules actives sur le système immunitaire de l'intestin (ce sont généralement des constituants des bactéries). Les cellules immunitaires de l'intestin sont alors stimulées et produisent en réaction des cytokines qui sont des facteurs régulateurs peptidiques de l'inflammation (petites protéines) ; ce sont en règle générale des cytokines dites pro-inflammatoires, car favorisant l'inflammation : après avoir gagné le cerveau, elles peuvent y stimuler des processus inflammatoires (ces processus sont à l'origine de la plupart des maladies dites neurodégénératives).
On voit que les liens entre l'intestin et le cerveau sont diversifiés. On qualifie parfois le microbiote intestinal de deuxième cerveau, ce qui est exagéré étant donné qu'il ne produit pas de pensée. Il peut en revanche moduler la pensée produite par le cerveau. C'est le lien entre le microbiote digestif et l'autisme qui a été le plus étudié. On étudie également celui qui est présumé avec l'état dépressif, les perturbations des conduites alimentaires ainsi que d'autres névroses courantes. En fait, il ne faut pas dissocier le microbiote intestinal des formations nerveuses et endocrines de l'intestin : c'est un ensemble qui a des interactions avec le cerveau, favorables ou défavorables.

Quelles autres aliments sont bons pour la flore intestinale ?

Il faut commencer par parler de cette étude. On savait déjà et ce n'est pas une surprise, que le microbiote intestinal qui est à peu près mature vers l'âge de cinq ans avait tendance à se détériorer chez les personnes âgées. Il devient à la fois moins diversifié et moins abondant. Par ailleurs, on sait parfaitement que les facultés dites cognitives (les fonctions supérieures du cerveau : raisonnement, mémoire…) s'émoussent en règle générale après 70 ans. D'où l'idée de chercher un possible lien entre les deux, connaissant l'existence d'effets du microbiote sur le cerveau. L'aspect le plus visible du déclin cognitif des personnes âgées est la diminution de la mémoire surtout antérograde (mémorisation).
Des scientifiques de l'Université de Louisville (USA, Kentucky) ont constaté que des souris âgées nourries avec une mixture à base d'ail cru avaient un microbiote de meilleure qualité et une meilleure mémoire à court et long terme. La molécule de l'ail active semble être un composé soufré, le sulfure d'allyle. Il est proche du sulfure d'alkyle de l'oignon. Ils seraient l'un comme l'autre anti-cancérigènes par ailleurs. Le sulfure d'allyle de l'ail agirait à deux niveaux. Premièrement, il aurait une action bénéfique sur le microbiote intestinal, lui-même favorable à la bonne santé cérébrale (effet à la fois prébiotique et stimulant pour les bactéries utiles ; les prébiotiques sont des substances végétales qui favorisent la multiplication dans l'intestin des bactéries). Deuxièmement, il stimulerait la production cérébrale d'un facteur neurotrophique (facteur qui favorise la bonne santé des neurones) particulièrement utile au bon fonctionnement de la mémoire. Un autre dérivé de type soufré aurait de plus une action anti-inflammatoire.
Cette équipe de recherche laisse entrevoir une possibilité de prévention ou d'atténuation de la maladie d'Alzheimer et de la maladie de Parkinson, bien que les troubles de cette dernière soient de nature très différente.
Pour revenir à la question posée, les aliments bénéfiques au microbiote intestinal sont les aliments végétaux crus ou peu cuits. Il s'agit donc des fruits pulpeux, des fruits secs, des légumes consommés crus (concombres, radis, carottes, salades… et tomates, mais qui sont pour les puristes des fruits). Tous les végétaux crus ou très peu cuits apportent des bactéries en grand nombre et diversifiées. De plus, les végétaux ont une action prébiotique : ils sont des substrats (supports) dont les bactéries intestinales se nourrissent et ils favorisent donc le microbiote digestif.

 

Et les yaourts ?

Les yaourts et autres laitages fermentés non pasteurisés sont à la mode. Le terme de probiotiques est largement connu et beaucoup de personnes sont persuadées que ces probiotiques vont améliorer le fonctionnement de leurs intestins. Leur intérêt est en réalité très exagéré. Car dans ces probiotiques, on trouve des bactéries lactiques ou ferments lactiques : ce sont des bactéries non pathogènes qui fermentent les sucres simples ou doubles avec production d'acide lactique. Dans un yaourt, il n'y a presque plus de lactose qui a été transformé en glucose et galactose. Mais ces bactéries appartiennent à une, deux ou trois espèces différentes, guère plus. C'est-à-dire que l'ensemencement bactérien qu'elles constituent est pauvre, pratiquement monomorphe. Au contraire, les végétaux crus apportent des centaines d'espèces bactériennes différentes. Certaines vont s'implanter, d'autres non. Mais au moins il y du choix et il est possible que, à la différence des probiotiques, l'intestin trouve dans cette flore végétale alimentaire des espèces bactériennes qui lui manquaient.
Car nous avons vu que le microbiote digestif était pratiquement constitué vers l'âge de 5 ans. Il est alors à maturité et il ne va presque plus changer ; il devient une sorte de carte d'identité bactérienne. Cependant, il est en permanence menacé d'appauvrissement (antibiotiques, conservateurs et désinfectants alimentaires ou ménagers, diarrhée virale, troubles du transit d'autre origine, nourriture pasteurisée ou cuite, vieillissement) : il n'est pas éternel et doit être entretenu par des apports prébiotiques et de bactéries (mais pas uniquement des bactéries probiotiques, on l'aura compris).
Ce qu'il faut retenir de tout cela, c'est que la nourriture pasteurisée ou cuite ne permet pas d'atteindre ni de retrouver un équilibre microbiotique intestinal. Il est absolument indispensable d'ingérer chaque jour des végétaux crus et parmi eux l'ail cru ou très peu cuit semble bénéfique à la mémoire, particulièrement quand elle a tendance à défaillir chez les sujets âgés ou atteints de maladie neurodégénérative touchant les fonctions cognitives.

 

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