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La Suède est tellement bonne en recyclage qu'elle est obligée d'importer des déchets : les leçons pour nous
©Flickr/ editor B

Atlantico Green

La Suède est tellement bonne en recyclage qu'elle est obligée d'importer des déchets : les leçons pour nous

Les 9 millions et demi de Suédois produisent environ deux millions de tonnes de déchets utilisés comme source d’énergie, ce qui a permis au pays de devenir le leader mondial dans cette pratique.

Myriam Maestroni

Myriam Maestroni

Myriam Maestroni est présidente d'Economie d'Energie et de la Fondation E5T. Elle a remporté le Women's Award de La Tribune dans la catégorie "Green Business". Elle a accompli toute sa carrière dans le secteur de l'énergie. Après huit années à la tête de Primagaz France, elle a crée Ede, la société Economie d'énergie. 

Elle est l'auteure de plusieurs ouvrages majeurs: Intelligence émotionnelle (2008, Maxima), Mutations énergétiques (Gallimard, 2008) ou Comprendre le nouveau monde de l'énergie (Maxima, 2013), Understanding the new energy World 2.0 (Dow éditions). 

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Atlantico : La Suède, de par le fort développement de sa filière de recyclage, se retrouve aujourd'hui poussée à "importer" des déchets depuis la Norvège à hauteur de 80 000 tonnes chaque année. Comment expliquer une telle "pénurie" des déchets dans une économie post-industrielle ?

Myriam Maestroni: En l’occurrence il me semble beaucoup plus adéquat de parler d’une “surefficacité de l’économie circulaire”, au sens où la Suède, qui a fait le choix de produire de l’énergie sous forme de chaleur ou d’électricité à partir des déchets ménagers, a une capacité de production supérieure à la disponibilité de déchets ménagers produits localement à l’échelle du pays.  Les 9 millions et demi de Suédois produisent environ deux millions de tonnes de déchets utilisés comme source d’énergie, ce qui a permis au pays de devenir le leader mondial dans cette pratique, mais  ce succès est paradoxal au sens où il y a un manque de déchets combustibles. En effet, cet hiver, on sait que la Suède risque de manquer de combustible à hauteur de 80.000 tonnes, qui sont nécessaires pour préserver les foyers du très dur hiver. La Suède sera donc contrainte d’importer massivement des déchets, notamment  depuis la Norvège, pour alimenter sa filière. Cette pratique est en train de faire émerger une filière export-export qui fait que la Suède est susceptible d’importer des déchets des pays insuffisamment équipés en matière de traitement, comme le voisin norvégien, mais également de pays comme l’Italie, la Bulgarie, la Roumanie, parfois prêts à payer pour ce service qui leur permet de se débarrasser de déchets excédentaires, bien qu’ils doivent récupérer les sous-produits de combustion (spc). Dans cette logique, l’empreinte écologique et le mix énergétique pour la Suède sont optimisés. On voit ici que la question du mix énergétique pose toujours le problème sous-jacent de la sécurité des approvisionnements au sens où le transport, la collecte, et le stockage de ces déchets restent néanmoins une question sensible.

Le développement de cette énergie à partir de la filière biomasse fait de la Suède un des pays développés qui affiche un des taux d’émission de CO2 les plus bas (environ 5 tonnes de Co2 par habitant) bien qu’étant également un pays fortement consommateur d’énergie à cause de son climat et de son industrie assez développée. 

Atlantico : Si l'on imagine que d'autres sources d'énergies resteront nécessaires, celles que produisent le recyclage peuvent-elles être amenées à occuper une part importante du mix énergétique d'un pays ? 

Il est bien évident que la production électrique suédoise est significativement décarbonée grâce, il est vrai, en partie, à la biomasse, mais pas seulement, puisque le pays a également recours en grande partie à l’énergie hydraulique, nucléaire, et éolienne, qui représentent plus de 80 % de sa production électrique. A comparer aux moins de 10 % que représente la biomasse. Par ailleurs, le pays a fortement parié sur des systèmes de chauffage urbain fondés sur des réseaux de chaleur produits par des centrales de co-génération qui, pour leur part, utilisent plus de 80 % d’énergie renouvelable : biomasse, dont le retraitement des déchets, et géothermie. 

Atlantico : Cet exemple doit-il être compris comme un cas spécifique au contexte suédois ou peut-il être porteur de leçons pour la France ?

A l’heure de la transition énergétique, le cas de la Suède est, en termes de diversité du mix énergétique, un exemple très intéressant puisque le pays est allé largement au-delà de l’objectif fixé par la Directive européenne sur les renouvelables qui, pour mémoire, est de 20 % quand la Suède l’a porté à 50 %, et atteignait déjà 48 % d’énergies renouvelables en 2010, grâce, notamment, à l’utilisation accrue de la biomasse pour la production d’électricité et de chaleur dans les centrales de co-génération qui alimentent les réseaux de chaleur. Au-delà des déchets, la Suède utilise également pour sa biomasse, du bois. La réduction de la part des énergies fossiles dans le mix énergétique s’est beaucoup appuyé sur un système de fiscalité articulé sur une taxe sur l’énergie semblable à ce qui existe en France (TICPE) et sur une taxe carbone. Une des illustrations est la réduction de moitié de la consommation de pétrole de la Suède en 40 ans. La France, qui reste un champion du recyclage, avec des exemples de sociétés en avance comme Véolia, Suez environnement, qui dispose de technologies exclusives pour produire de l’électricité à partir de biomasse avec des sociétés exemplaires telles qu’Albioma (production d’électricité à partir des résidus de canne à sucre notamment dans les DOM TOM), a un grand avenir devant elle si la part du nucléaire, qui est l’une des plus élevées au monde en matière de production d’électricité, se réduit comme le prévoit le gouvernement actuel, et si elle continue à bien poursuivre le programme d’économie d’énergie et d’efficacité énergétique entrepris depuis 2006 avec beaucoup de succès.  

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