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L’attraction du Christ : ces musulmans qui deviennent catholiques
©CHARLY TRIBALLEAU / AFP

Bonnes feuilles

L’attraction du Christ : ces musulmans qui deviennent catholiques

Jean-François Chemain publie "Ils ont choisi le Christ : Ces convertis de l'islam dont on ne parle pas" aux éditions Artège. L'évangélisation des musulmans, est-ce du prosélytisme, un tabou ou un commandement évangélique ? Les témoignages réunis dans ce livre ouvrent les yeux. Extrait 1/2.

Jean-François Chemain

Jean-François Chemain

Diplômé de l'IEP de Paris, agrégé d'Histoire, docteur en Droit et docteur en Histoire, JFC, après avoir été consultant dans des cabinets anglo-saxons, puis cadre dirigeant dans un grand groupe industriel, a choisi il y a près de 10 ans de devenir enseignant dans un collège de Zone d'Education Prioritaire. Il est l'auteur de plusieurs livres, tous publiés chez Via Romana : La Vocation chrétienne de la France (2010), Kiffe la France (2011), Une autre Histoire de la Laïcité (2013) et L'Argent des Autres (2015).

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Qui sont ces musulmans qui deviennent catholiques ? En existe-t-il un profil type ? Présentent-ils des prédispositions ? Il ne semble pas. Des évènements de la vie viennent en revanche presque toujours déstabiliser une personne, lui faire quitter ses repères, tremblements de terre venant tout à coup détruire un monde connu, plonger dans l’incertitude, dans l’inconnu. Alors, et c’est un cas quasi universel, le réflexe de quelqu’un qui a conservé, comme la plupart des musulmans, le sens de Dieu, de son évidence, est de crier vers Lui.

Des musulmans « lambda »

Les convertis sont, avant leur conversion, des gens aussi divers qu’ordinaires. Pas de « profil type ». J’ai interviewé à peu près autant d’hommes que de femmes. Ils sont d’origine algérienne, marocaine, égyptienne, jordanienne, kosovare, malienne, nés en France ou à l’étranger, mais j’ai aussi croisé, ou lu des témoignages de Libanais, Irakiens, Ivoiriens, Turcs, Iraniens, Guinéens.… Si beaucoup vivent en France, certains y sont nés, d’autres y sont venus à diverses époques de la vie. 

La conversion a lieu à tout âge, certains étant touchés dans leur prime jeunesse, à l’âge où la personnalité se construit dans le questionnement, d’autres ne se déclarant que sur leur lit de mort. 

Ils sont ouvrier d’usine, magasinier, banquier, institutrice, directrice d’école, étudiant en droit, petit commerçant, assistante sociale, mère au foyer, éducateur, militaire, professeur de mathématiques ou d’éducation physique, certains issus de familles éduquées et aisées, voire aristocratiques (Joseph Fadelle, Nahed Mahmoud Metwally), d’autres de milieux plus populaires. J’ai vu des célibataires, des gens mariés, beaucoup de divorcés aussi, tant les souffrances liées à l’explosion d’un couple sont parfois, comme on le verra, à l’origine d’une évolution. Des hétérosexuels et des homosexuels. 

La relation des convertis à leur religion d’origine, notamment, est très variable. Entre un jeune surnommé dès son enfance le « petit imam », parce qu’il récitait le Coran par cœur, ou encore un salafiste, et une intellectuelle issue d’une famille libérale, on rencontre tout un dégradé de la foi dont le centre, le « marais », est constitué par des musulmans de tradition, se limitant aux interdits alimentaires et à la pratique du Ramadan, plus dans un souci d’appartenance communautaire que dans une forte adhésion personnelle. « Je suis née en région parisienne de parents marocains. J’étais musulmane par éducation et j’acceptais ce qu’on m’enseignait », raconte une convertie « type ». On se pose peu de questions, emporté par la cohésion du groupe, le souci de ne pas se démarquer. Ainsi Joseph Fadelle, qui s’avoue « musulman observant », mais « pas très croyant » : « Il s’agit surtout de jouer à la prière, de faire semblant. » Il fait écho à ce médecin tunisien : « Je n’ai jamais eu la foi musulmane, mais je m’employais en apparence à respecter la sensibilité de mes parents et celle de ma famille. Les rituels et les interdits, je les vivais comme une construction identitaire. » Souvent, toutefois, le questionnement est déjà présent : « Née en France, d’une famille algérienne, depuis mon plus jeune âge je refuse l’islam qu’on veut m’inculquer. »

Rien de bien différent, il faut le souligner, de ce que l’on peut observer chez les convertis issus d’autres religions que l’islam. Ainsi Phuong, vietnamienne venue du bouddhisme, a-t-elle baigné toute sa jeunesse dans une forte religiosité familiale centrée sur le culte des ancêtres, et dont sa grand-mère était le pilier. Quelle raison aurait-elle eue de remettre ce confort en question ? 

Jean-Marie Élie Setbon constitue sans doute un cas à part, lui qui, né dans une famille juive, s’est trouvé dès sa petite enfance irrésistiblement attiré par le symbole de la croix : « Je deviens complètement obsédé par cette croix qui m’attire comme un aimant. […] C’est plus fort que moi. […] Je suis subjugué ! Alors en cachette, après le déjeuner, pendant que les autres font la sieste, je vais me promener pour rencontrer l’homme sur la croix. » 

On ne peut donc trouver dans la situation des convertis un facteur explicatif principal, ni même plusieurs. Ce sont pour la plupart des gens parfaitement ordinaires, des croyants « lambda », répartis sur toute l’échelle de la piété. « Ils ont tous les âges, […] ils viennent de partout, […] ils rejoignent toutes les Églises », conclut le père Jean-Marie Gaudeul. 

Peut-être peut-on cependant leur trouver un point commun : une recherche de la vérité, à tout prix… « L’important pour moi, c’était de connaître la vérité. » Jamel Attar rejoint là les démarches, que nous découvrirons plus tard, du Père Mansour (qui, élève de philosophie, s’interroge : « Il n’y a qu’une vérité, qui doit être la même pour tous. Quelle est-elle ? »), d’Abdallah (musulman particulièrement pieux, il est peu à peu assailli de doutes au point de se demander : « Est-ce que ma religion est la vraie ? ») et de tant d’autres, que les « c’est comme ça, ne cherche pas à comprendre, car c’est le début de l’apostasie », ou encore les réponses vaseuses de certains « savants » ne satisfont pas, ou plus. Constitue en revanche une particularité très fréquente le fait qu’un jour, brutalement, les convertis ont été confrontés à une épreuve de la vie qui les a mis en chemin.

Soudain, un choc…

La conversion au christianisme est toujours un chemin semé d’embûches, souvent même un chemin de croix à l’imitation de Celui que l’on a choisi de suivre. Elle remet tout en question, quelle que soit la religion d’origine. Pour le musulman, « le prix à payer » est souvent très lourd. Ainsi perd-il des certitudes confortables, comme celle d’appartenir à « la meilleure communauté qu’on ait fait surgir pour les hommes » (Coran 3,110). Ou encore la chaleur de l’Oumma, la communauté musulmane, qui le considère désormais comme un traître, à commencer par sa propre famille. Parfois même sa sécurité est menacée, y compris en France, patrie de la « liberté religieuse ». Il ne s’agit pas d’un acte anodin, et il faut les meilleures raisons pour le commettre. 

L’attraction exercée par le Christ est alors, comme on le verra, puissante, de même parfois que le rejet qu’inspire alors la religion qu’on quitte. Souvent, pourtant, ces forces motrices sont précédées d’un événement violent qui met la personne en mouvement, brise sa carapace, le désarme, l’ouvre à l’irruption de la Lumière. Nous avons trouvé maint exemple de ces accidents de la vie, en soi très banals, mais dont les conséquences se révèlent ici incalculables.

Extrait du livre de Jean-François Chemain, "Ils ont choisi le Christ : Ces convertis de l'islam dont on ne parle pas", publié aux éditions Artège.

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