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Bonnes feuilles

L'art complexe et pointilleux du baiser sous le règne de Louis XIV

(Extrait de "L'Étiquette à la cour de Versailles : Le manuel du parfait courtisan" de Daria Galateria, publié aux Editions Flammarion 1/2)

Daria Galateria

Daria Galateria

Daria Galateria enseigne la littérature française à la Sapienza, l'université de Rome.

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Le baisemain

CE FUT UNE NOUVEAUTÉ, en 1739 ; à Versailles, l’ambassadeur d’Espagne dit en badinant à Madame Infante – la Dauphine de France, qui venait d’épouser, à distance, un Infant d’Espagne –, qu’elle arrivait en terre espagnole et devait donner sa main à baiser. C’était l’usage pour les Grands d’Espagne, et l’ambassadeur en avait demandé l’autorisation au premier ministre le cardinal Fleury, qui n’y avait pas vu d’inconvénients. Mais tandis que l’ambassadrice d’Espagne Madame de la Mina s’était dépêchée de baiser la main de Madame Infante, les princesses françaises s’y refusèrent et Madame la maréchale de Villars envoya mander un ordre du roi ou du cardinal, qui était dans la maison. Le 30 août 1739, le roi passa en revue les équipages prêts pour le départ de Madame Infante ; entre les escortes, les carrosses, les gondoles, les berlines, les chaises et les surtouts – les calèches pour le trans- port du trousseau – l’on ne comptait pas moins de 900 chevaux. Le roi accompagna Madame Infante jusqu’au pont Colbert et dit, quand elle monta dans son carrosse : « À Madrid. » Les maîtres de cérémonie ne considéraient pas cette étiquette comme nécessaire, mais le roi se souvenait fort bien d’avoir dit au cocher, au départ de Madame de Modène : « À Modène. » C’est le roi qui avait raison. Seul le Régent, le duc d’Orléans, désacralisa un peu la cérémonie ; envoyant sa fille fraîchement mariée au prince des Asturies, fils aîné du roi d’Espagne, il l’accompagna jusqu’à Bourg-la-Reine, puis la salua et revint à Paris dans une chaise de poste.

Le baiser

LES PRÉSENTATIONS aux filles de France avaient lieu durant leur toilette ; la dame présentée à la reine ou aux filles de France, si elle n’était pas titrée (c’est- à-dire si elle n’avait pas de tabouret) baisait le bas de leur robe. Le Roi-Soleil faisait d’ordinaire à toutes les dames de qualité qu’on lui présentait l’honneur de les baiser. Au tournant du siècle cependant, et sans en faire une règle précise, il cessa subitement. Il disait, comme par galanterie, qu’il était désormais trop vieux pour baiser des dames. Pourtant, le comte de Breteuil l’avait vu, les jours où il partait pour aller à l’armée ou qu’il en revenait, baiser toutes les femmes et filles présentes, sans aucune distinction ; et même toutes les chanoinesses, une fois qu’il était allé à l’abbaye de Maubeuge. « Ce qui a fait interrompre au roi l’usage du baiser en allant et en revenant de l’armée, c’est le nombre infini de femmes qui se rendaient exprès de Paris à Saint-Germain ou à Versailles ces jours-là. » Le roi continua cependant de baiser les épouses des ambassadeurs ; et si elles se présentaient en cérémonie, faisant la révérence, au souper du roi, il leur adressait même la parole durant le repas. À une époque, les reines baisaient les princes du sang, les ducs et tous les officiers de la couronne, ainsi que leurs femmes. Mais Marie de Médicis, qui venait d’épouser Henri IV, lui demanda d’adopter l’usage italien, qui interdisait non seulement aux reines, mais également à toutes les dames, de baiser un homme pour le saluer ; Henri IV répondit que c’était une grâce qu’il ne pouvait pas refuser à son épouse. Anne d’Autriche, venant d’épouser Louis XIII, suivit l’exemple de sa belle-mère et ne baisa que Monsieur, le frère du roi, et ses filles. Marie-Thérèse d’Autriche, venant à Saint-Jean-de-Luz pour épouser le roi, refusa de baiser jusqu’aux petites-filles de France. Mademoiselle « fit du bruit » et ne se présenta pas, disant qu’elle lui avait déjà fait sa révérence l’année d’avant sur l’île des Faisans, sur la Bidassoa, où avait été conclue la paix des Pyrénées. Ses demi-sœurs, qui devaient porter la robe de la reine le jour de son mariage, furent obligées de baiser sa robe sans être baisées en retour. Mais Madame, veuve de Gaston, le frère du défunt Louis XIII, avec l'excuse du deuil, resta à Paris et se présenta un jour avec ses trois filles à sa suite ;  la reine n'osa pas s'abstenir des les baiser toutes trois et c'est ainsi que l'usage du baiser ft rétabli pour les petites-filles de France.

Extrait de "L'Étiquette à la cour de Versailles : Le manuel du parfait courtisan" de Daria Galateria, publié aux Editions Flammarion

 

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